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CHAPITRE IX

avoir fait tant de portraits, et peint, pour ainsi dire, toute l'Europe, il désirait vivement laisser après lui quelques grands tableaux comparables aux peintures monumentales de Rubens. Il avait proposé àCharlesI" d'illustrer la salle des banquets de Whitehall de grands sujets empruntés à l'histoire de l'ordre de la Jarretière. Il en avait même dressé plusieurs cartons ; mais la situation déjà très-mauvaise de ses affaires et des filîances du roi Charles ne permit pas de réaliser ce projet. Van Dyck, très-contrarié, fit un voyage en Flandre, d'où, apprenant que le roi de France se disposait k faire orner de tableaux la galerie du Louvre, il accourut à Paris pour solliciter cette commande. Mais déjà ce travail était donné à Poussin, mandé tout exprès de Rome.

Van Dyck, fort tristement, repassa le détroit : c'était l'année d'avant sa mort. Peu aprèfs son retour, la dispersion de la famille royale d'Angleterre et le supplice de Strafford, son protecteur et son ami, le frappèrent de nouveaux coups, auxquels son organisation affaiblie ne devait pas résister. Il ne fit plus que languir, et succomba enfin le 9 décembre 4641^ dans sa maison de Black-Friars, âgé de quarante-deux ans» Il fut inhumé dans le chœur de l'ancienne cathédrale de Saint- Paul.

L'œuvre que Van Dyck a laissé est immense, malgré la brièveté de sa vie ; mais on y compte , entre d'innombrables portraits tous admirables , peu de grandes toiles, et des tableaux de chevalet, très-précieux aussi, mais rares. Les besoins qu'il s'était créés par son goût d'aristocratie et de luxe, joints à son extraordinaire aptitude pour le portrait, le confinèrent dans ce genre plus qu'il n'aurait fallu , plus qu'il ne le voulait lui-même. Il était capable des plus grandes choses, et Rubens même, qu'on a accusé fort à tort de l'avoir jalousé, ne montrait pas sans une admiration enthou-^ siaste k ses nombreux visiteurs deux tableaux que Van Dyck lui avait laissés à son départ pour l'Italie , un Ecce homo, et

un Christ au jardin des Olives, peintures qui occupaient la place d*honneur dans la principale pièce de sa maison.

Si Van Dyck eût vécu jusqu'à la vieillesse, et vécu d'une autre façon, il est permis de croire qu'il eût, sinon surpassé, du moins égalé son illustre maître. Il a moins de fougue et de force que lui. Il n'a pas, comme lui, l'art de faire mouvoir et de combiner harmonieusement les personnages par centaines, de remuer le§ grossses machines, de varier les mêmes sujels à l'infini ; mais il a, en revanche, plus de noblesse ; il est plus élevé, plus spiritualiste, plus correct, et n'est pas moins coloriste, sauf cependant que sa peinture ne résiste pas aussi bien que celle de Rubens à l'action du temps; elle noircit un peu.

Gomme Rubens , il travaillait avec une rapidité qui tenait du prodige. Il n'y a pas de grandes familles en Angleterre, comme à Gênes, comme à Turin, à Rome, et même à Florence , qui ne possèdent un ou plusieurs portraits de lui. Sa méthode, pour ce travail habituel, était singulière. Il n'accordait jamais que des séances d'une heure , du moins quand, parvenu k tout l'éclat de sa renommée, il fut maître de dicter ses conditions au lieu de subir celles d'autrui. L'heure expirée, il pittore cavalieresco, comme on l'avait surnommé à Rome , se levait , faisait une gracieuse révérence à son noble modèle, et le reconduisait jusqu'à la porte de son atelier. On introduisait alors, tandis qu'il changeait de palette et que son domestique lui nettoyait ses pinceaux, un autre des nombreux lords ou des pairesses qui avaient brigué d'être peints par lui, SI qui faisaient, pour ainsi dire, antichambre dans la maison de Black-Friars. Il ne voulait jamais laisser voir un portrait «qu'il ne l'eût complètement fini. Alors, mais seulement alors, il permettait au modèle d'en approcher. Il esquissait vivement les habits et la pose, puis les donnait à peindre à ses élèves, Beck, Gandy, et autres, revoyait leur travail, y apposait sa

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