CHAPITRE III LA BELGIQUE. L'ÉTAT ET LA NATION
La Belgique est le dernier né des deux États qui se partagent le bassin inférieur du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut. Il ne s'est pas fondé pour répondre aux vœux d'une nationalité. S'il existe maintenant en Belgique un sentiment national, il est le produit d'une formation politique. L'État belge naquit, non pas d'une force interne, mais d'une rencontre de forces extérieures. De grands États, qui avaient pensé absorber tous ses territoires, se mirent d'accord pour former un être politique avec ce qui restait. Fait significatif, presque toutes les provinces belges ont leur homonyme en pays voisin. Il y a une Flandre belge, une Flandre française, une Flandre néerlandaise; un Hainaut belge et un Hainaut français; une Lorraine belge et une Lorraine française; un Luxembourg belge et un Luxembourg grand-ducal; un Brabant belge et un Brabant néerlandais; un Limbourg belge et un Limbourg néerlandais. Le contrôle des bouches de l'Escaut ayant toujours été considéré comme un acte de portée internationale, tous les États voisins ont veillé aux destinées politiques des territoires belges. Le nom même de Belgique remonte loin dans le passé, puisqu'il vient des peuples celtes qui habitaient le pays, mais il n'a vraiment ressuscité, pour prendre un corps, qu'à l'époque moderne. Il s'applique à un État qui couvre 30 441 kilomètres carrés. Ses frontières s'étendent sur 67 kilomètres le long de la mer, 431 kilomètres vers les Pays-Bas, 100 kilomètres vers l'Allemagne, 129 kilomètres vers le Luxembourg et 614 kilomètres vers la France. Elles résultent d'une longue histoire. Elles ne sont pas d'origine naturelle, mais politique.