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LEUR ORIGINALITÉ GÉOGRAPHIQUE ET LEUR PLACE DANS L^EUROPE OCCIDENTALE

Par leur position, par leur climat et leurs aspects naturels, par leur sol et leur relief, la Belgique et les Pays-Bas, ces deux petits États, ne sont pas des individualités géographiques. Ils appartiennent à cette extrémité méridionale du bassin de la mer du Nord où les deux rivages se rapprochent peu à peu, séparés par un simple bras de mer qui s'achève en un goulet, au détroit du Pas de Calais.

Tant d'affmités géographiques résultent de cette proximité que, des deux côtés, dans l'archipel britannique comme dans les plaines de l'Escaut et du Rhin, les conditions régionales sont partout dominées par de grandes lois communes. Nous suivons en Belgique, dans le massif ardennais, les mêmes lignes directrices du relief que dans les massifs irlandais et gallois. Dans les Pays-Bas, comme en Angleterre sur les bords de la basse Tamise et du Wash, nous observons des chenaux, des estuaires et des baies qui s'ensablent et s'envasent, un front de terres plates qui gagne sur les eaux marines. Sur les rives du Rhin néerlandais, nous retrouvons les moraines des glaciers venus du Nord, comme ceux qui ont couvert de leur boulderclay les plaines anglaises. De chaque côté de la mer du Nord, ce sont les mêmes lois du climat, à peu près la même répartition des températures, les mêmes saisons de pluies et de bourrasques, parfois les mêmes brouillards, les mêmes eaux poissonneuses, les mêmes flots de marée gonflant les estuaires, les mêmes forêts, les mêmes tourbières, les mêmes landes^.

Considérés comme la marge orientale de la mer du Nord, le pays belge et le pays néerlandais ne sauraient être séparés l'un de l'autre. Peu de régions dans l'Europe occidentale offrent moins de limites naturelles. Leur frontière commune coupe en deux la Campine, type de région naturelle aux aspects uniformes. Depuis la Plaine maritime en Flandre jusqu'à la Frise et au Dollart,

1. Aussi, pour l'étude générale des grands aspects du sol, du climat et de la végétation, comme pour l'étude de la mer du Nord, nous prions le lecteur de vouloir bien se reporter aux chapitres i, ii, III du tome premier (Les Iles Britanniques).

OÉocRAPiiiE UNIVERSELLE. — Belgique et Pays-Bas. 1

BELGIQUE ET PAYS-BAS

on traverse les mêmes bas pays, frangés de dunes, hérissés de digues et de défenses, conquis jadis et toujours protégés par le labeur opiniâtre des hommes. La Meuse, le fleuve wallon, se termine en territoire néerlandais. L'Escaut, le grand fleuve belge, achève son cours aussi dans les Pays-Bas. Les bassins houillers de la Campine belge ont même structure que les bassins du Limbourg néerlandais. Une même langue germanique se parle en Hollande et en certaines provinces de Belgique.

La valeur éminente et originale de ces deux pays réside dans leur position géographique. Ils se soudent étroitement à la France qui les relie aux pays de la Méditerranée; ils tiennent aux bassins de la Meuse et du Rhin, qui mènent vers l'Europe centrale et les Alpes; ils font face à la Grande-Bretagne dont les séparent les mers étroites (narrow seas). Rien dans le relief n'arrête la circulation; tout la favorise et invite au commerce, fleuves, rivières, chenaux et estuaires.

Cette vocation commerciale, inscrite sur la carte, demeura d'abord latente. A l'époque romaine, ces régions vivaient à l'écart; le Rhin, limite de la barbarie et de la civilisation, se perdait en des confins sauvages. Le grand chemin de Rome vers la Grande-Bretagne passait alors par la Saône et la Seine. Les Pays-Bas occupaient en Europe une position excentrique.

C'est la colonisation germanique qui renverse leur horizon. Cessant d'être isolés au bout du monde, ils deviennent le centre d'un monde nouveau. Des deux côtés de la mer du Nord, habitent des peuples de même race, de civilisation presque pareille; des relations se nouent d'une rive à l'autre de la « mer germanique ». Dès le viiie siècle on voit des marchands frisons et flamands fréquenter les marchés britanniques, Londres, York. Lorsque la monarchie franque eut placé son centre à Aix-la-Chapelle, ces relations s'intensifièrent. « En reculant jusqu'à l'Elbe, dit Pirenne, les frontières de l'Europe chrétienne, Charlemagne assigna du même coup aux Pays-Bas cette admirable situation centrale en Occident. Au lieu d'être isolés, ils se trouvèrent placés au foyer même de la civilisation médiévale. » C'est par les Pays-Bas que les moines et les évêques anglo-saxons parviennent à la cour impériale; des abbayes se fondent à Gand. Les ports de l'Écluse et de Duurstede trafiquent avec l'Angleterre et la Scandinavie. Entre la Tamise et l'Escaut, un courant d'échanges s'établit; aux relations françaises et allemandes s'ajoutent les relations anglaises. Au xi^ siècle, la Flandre trafique avec Cologne, avec Londres, avec les foires de Champagne, avec la Baltique.

Le pays devient le carrefour des échanges de l'Occident. Par la richesse commerciale, il arrive à la puissance politique. Plusieurs États y naissent, qui puisent leur vie dans l'exploitation d'une route commerciale. La vocation commerciale, issue de la position géographique, devient un principe d'avenir politique. Au moyen âge, des États comme la Flandre, le Brabant et la Hollande grandissent au contact des routes maritimes et continentales. De nos jours, après des vicissitudes séculaires, ils ont pour héritiers la Belgique et les Pays-Bas.

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