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IV. — LA CAMPINE

Depuis l'Escaut jusqu'à la Meuse, au Nord de la large dépression où s'écoulent le Demer, la Dyle et le Rupel, tout le Nord-Est de la Belgique n'est qu'une vaste région de sables et de graviers; elle se continue sans changer de caractère sur le territoire néerlandais jusqu'aux rives de la Meuse et du Rhin vers Breda, Bois-le-Duc et Nimègue. Seules des frontières politiques ont pu établir des divisions dans cet ensemble uniforme et tracer les limites qui séparent les provinces belges d'Anvers et de Limbourg des provinces néerlandaises de Limbourg et de Xord-Brabant. Le même nom d'origine populaire s'étend, de part et d'autre des frontières, à ces étendues de landes et de bois : la Campine, Kempenland.

Les paysages de la Campine. — La Campine, surtout dans le Limbourg, représente la partie méridionale du grand delta des Pays-Bas. Plaine inclinée du Sud-Est vers le Nord-Ouest, elle atteint près de 100 mètres sur les bords de la Meuse et descend à 5 mètres sur les polders des rives de l'Escaut. De tous les côtés, on monte pour pénétrer en Campine, et surtout quand on vient de l'Est et du Sud-Est. Lorsque de Bilsen à l'Ouest de Maastricht le regard se dirige vers le Nord, on aperçoit un escarpement qui barre l'horizon : c'est le bord de la Campine, la tranche de cette immense terrasse pliocène de la Meuse, superposition de lits de sable et de cailloux, où l'on retrouve des débris

de roches de l'Ardenne et des Vosges. Sur ces surfaces faiblement inclinées, les eaux s'écoulent lentement vers le Demer, vers les Nèthes, vers la Meuse et vers la Dommel néerlandaise; les lignes de partage entre les bassins se marquent à peine; des ruisseaux, tributaires de bassins opposés, viennent chercher leurs eaux de tête dans les mêmes marécages. Les vallées s'ouvrent, s'épanouissent dans ces molles épaisseurs de sable; sur leur fond plat, les eaux s'attardent en marais et en tourbières; entre les versants secs, elles sont le domaine de l'humidité, des prairies, de la verdure. Sur les plateaux, quand le sable est pur et léger, il s'accumule, sous la poussée du vent, en chaînes de dunes; parmi ces dunes, il en est, à l'Ouest de Herenthals, que l'homme a fixées par des plantations de pins; d'autres, comme dans la région du camp de Beverloo et dans la Campine orientale, se déplacent toujours au gré des rafales. Souvent les eaux de pluie se chargent, en s'infiltrant, de matières humiques et de sels ferrugineux; elles forment à une certaine profondeur, en les déposant, des couches d'un tuf ferrugineux analogue à l'alios des Landes de Gascogne; imperméable et dur, ce tuf s'oppose à la pénétration des racines et à la descente de l'eau; les plateaux se couvrent alors de marécages; les arbres disparaissent, laissant l'espace à la lande et à de pauvres arbustes.

Ces conditions, déjà pénibles pour la végétation, s'aggravent des rigueurs du climat. Le sable possède un grand pouvoir d'absorption et de radiation de la chaleur : de là, des jours d'été brûlants, et, au printemps, de fortes gelées nocturnes; il gèle souvent en mai et parfois en juin; certaines années, les hivers sévissent comme dans l'Ardenne. La lande est l'association végétale appelée par cette nature ingrate; aux touffes basses des bruyères se mêlent les buissons des genêts, des ajoncs, des genévriers; çà et là, de maigres graminées; dans les fonds noyés, des prêles, des joncs, des roseaux; dans les fonds humides mieux drainés, des bosquets d'aulnes, de saules, de houx, de petits chênes où grimpent les spirales de la bryone et du chèvrefeuille. Sur les sables, un arbre introduit par l'homme a résisté : c'est le pin sylvestre, dont la prodigieuse extension transforme entièrement le paysage. Mais l'action de l'homme, au moins dans ses efforts méthodiques, est trop récente pour avoir détruit toute la nature sauvage; il reste encore dans la Campine de vastes bruyères silencieuses oh bourdonnent les abeilles durant les chaleurs de l'été; des espaces de sable poudreux où le pied s'enfonce; des surfaces tourbeuses avec des arbres rabougris et des arbustes chétifs.

La mise en valeur et l'économie rurale de la Campine. — La nature pauvre et ingrate du sol de la Campine a retardé longtemps la mise en valeur du pays. De grandes surfâces demeurent toujours incultes à l'état de landes et de bruyères. Ces landes, possédées le plus souvent en commun par les habitants, ont leur rôle assigné, de temps immémorial, dans l'économie de la terre; elles fournissent, soit comme litière des étables, soit comme cendres quand on a brûlé les mottes de gazon, les éléments fertilisants qui permettent de maintenir en culture permanente certains champs. Les troupeaux vont aussi pâturer sur ces terrains vagues. Chaque exploitation possède un certain nombre d'hectares de landes; elle en tire l'engrais qui, par l'intermédiaire de l'étable, enrichit la terre labourée; la cueillette de la litière et son transport occupent les gens pendant des journées; on la rencontre par grands tas dans tous les villages; on voit

l'iiot. Aéronautique miliLaire belge.

A. — PAYSAGE DE CAMPINE, PRES DE GENCK. Lignes d'étangs dans la lande; à droite, champs cultivés.

. U., t. II, Pl.. XXI.

FiG. 28. — Aspect de la campagne, au Sud-Est de Malines, sur la lisière de la Campine, d'après la carte de Belgique à 1 : 40 000. Le morcellement des champs et i'enclievèlremenl des ckHures. Au Sud, la large vallée de la Uyle et un méandre abandonué.

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les hommes et les femmes la ramasser par gros paquets, qu'ils ramènent chez eux dans leur charrette ou leur brouette, parfois sur leurs épaules. C'est en la jetant macérée sur la terre qu'ils maintiennent la fertilité de leurs petits champs, voisins de leurs maisons (binnenblok). Ainsi parcelle par parcelle s'est étendue l'exploitation de la lande, autour des petits villages qui la parsèment comme des oasis verdoyantes (fig. 29).

C'est particulièrement dans la région occidentale que le progrès agricole a fait ses premières et ses plus décisives conquêtes. Le voisinage d'une grande ville comme Anvers prépara des capitaux, des initiatives. Le mouvement commence au xviii^ siècle avec le grand programme d'améliorations foncières lié à la réduction des biens communaux : une ordonnance de Marie-Thérèse règle I en 1772 la mise en vente des terrains incultes et dispense d'impôts pour trente ans les terres défrichées. Une loi de 1847 donne au gouvernement le droit de mettre en vente les landes communales; de grandes sociétés se forment pour ■ mettre le pays en exploitation; l'abbaye de la Trappe près de Westmalle, à 25 kilomètres Nord-Ouest d'Anvers, transforme en bois, en champs et en prés l'un des cantons les plus arides de la bruyère; la ville d'Anvers acquiert d'immenses bruyères pour les améliorer avec les ordures urbaines; et, de même, l'État achète des terrains incultes autour de Turnhout. L'exemple, parti d'Anvers, s'étend de proche en proche à toute la Campine : de 1850 à 1900, plus de 50000 hectares de landes entrent dans le domaine cultivé des provinces d'Anvers et de Limbourg.

Ces conquêtes foncières s'offrent sous trois aspects : la plantation de bois, l'irrigation des prairies, l'amélioration du sol. La Campine se couvre de forêts; on a planté des pins; on coupe les arbres tous les trente ans, et l'on vend le produit des coupes comme bois de mines; il est peu de gares en Campine qui n'aient leur scierie ou qui n'expédient des chargements de bois; la pineraie fait maintenant partie du paysage familier de la Campine, comme dans la Champagne pouilleuse, la Sologne et les Landes. L'irrigation des prairies, quoique réduite au mince liséré des vallées, n'est pas la moins curieuse des transformations de la Campine : aussi bien en territoire néerlandais qu'en territoire belge, les eaux de la Meuse, amenées par le canal de Maastricht à Bois-le-Duc et ses ramifications, ont changé d'arides bruyères en belles prairies; par les peupliers plantés le long des fossés et surtout par leur production de foin, ces prairies qui couvrent près de 3 000 hectares ont apporté à la lande une richesse nouvelle. Enfin, par la science agronomique, on améliore méthodiquement le sol; grâce aux engrais du commerce, à la chaux, au plâtre, aux scories et aux nitrates, on convertit les landes en prairies artificielles de graminées et de légumineuses qui donnent récolte au bout de trois ans; par la culture du lupin, on crée des terres arables; aux abords des villes, ces terres nouvelles égalent même en fertilité les jardins maraîchers.

Ainsi les aspects du paysage campinois évoluent : à la monotonie des bruyères succède la variété concertée des conquêtes nouvelles, champs, bois, prairies, qui gagnent chaque jour sur la lande. Vers la fin du printemps, cette nature apprêtée, toute ponctuée encore de coins sauvages, compose un tableau charmant où s'enchevêtrent les couleurs : le vert clair des champs de seigle, le vert profond des prairies, le gris bleuâtre des landes et le noir sombre des pineraies.

La production agricole reflète la nature des terres. Sur ces sols maigres et

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secs de sable, dominent le seigle, l'avoine, la pomme de terre. Par contre, pas ou peu de froment, très peu d'orge, peu de sarrasin, de trèfle, de betteraves

FiG. 29. — Un aspect de la Campine, au Nord-Ouest de Turnhout, d'après la carte de Belgique à 1 : 40 000.

Le village de Merxplas apparaît, avec ses champs et ses prairies, comme une clairière au milieu des bois et des landes. Beaucoup de petits lacs et d'étangs. Briqueteries au bord des canaux.

fourragères. Mais nulle part on ne conçoit l'exploitation agricole sans cultures dérobées; elles permettent, après la moisson du seigle, de faire en fin de saison

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une seconde récolte; on sème ainsi la spergule (spurrie), plante fourragère qui fournit une excellente nourriture verte aux vaches laitières, et le navet qui leur assure un aliment frais pour l'hiver.

Malgré ses sables, la Campine possède ses cantons de culture intensive; sur sa lisière occidentale, la plus peuplée, la mieux travaillée et la plus voisine des grandes villes, elle étale depuis Anvers jusqu'au delà de Malines une zone d'exploitations maraîchères, ce qu'on pourrait appeler sa « ceinture dorée »; le menu travail des champs y rappelle ce qu'on voit de plus soigné dans le pays de Waes et dans les Flandres. C'est d'abord, en tirant vers Louvain, sur les territoires de Keerbergen, de Haecht, de Werchter, de Bael et d'autres villages, la culture des pois de primeur, plantés fin janvier, récoltés à la mi-juin, expédiés sur le marché des villes ou vendus à des usines de conserves ; la culture des asperges et même de la chicorée witloof. C'est ensuite, plus au Nord, autour de Lierre, à Contich, à Dufîel, à Wavre-Sainte-Catherine, la culture des pommes de terre hâtives, plantées fin février et arrachées vers la fin de juin; elle se pratique sur de petites exploitations, abondamment pourvues d'engrais par les barques qui les amènent des villes. Dans toute la banlieue rurale d'Anvers vers le Sud et vers l'Est, on voit de même s'épanouir la collection des cultures riches, vergers, jardins, pépinières, serres, associées de la grande ville, comme autour de Bruxelles et de Gand.

La richesse propre à ces pays de sable réside dans le bétail. Partout l'étable apparaît comme l'organe central de l'exploitation, celui qui apporte de l'argent à la maison : c'est à nourrir les vaches et les autres animaux que l'on consacre les récoltes, seigle, avoine, sarrasin, pommes de terre, navets, spergule; souvent on peut voir, suspendue dans la cheminée, l'énorme chaudière où cuit le mélange de pommes de terre et de navets destiné aux vaches. Dans l'Ouest de la Campine, au voisinage des grandes villes comme Anvers, Malines et Louvain, on se tourne souvent vers l'engraissement des veaux; on leur donne tout le lait des vaches; on les tient dans de petits réduits obscurs où l'immobilité les dispose à l'embonpoint. Dans l'Est de la Campine, la production laitière domine; il est des villages où presque chaque ferme possède une écrémeuse centrifuge; mais les laiteries coopératives se multiplient partout; le Limbourg compte parmi les grands producteurs de beurre de la Belgique.

Terre ingrate et conquise à force de travail, la Campine est un domaine de petite culture. L'ordinaire dans les campagnes, c'est l'exploitation de 6 à 7 hectares, voire même de 3 à 4, sans parler d'une multitude d'autres si modestes qu'elles ne suffisent pas à l'entretien de la famille. Ces petites gens travaillent le sol à l'aide d'un cheval ou d'une vache, ou même ils le labourent à la bêche. Beaucoup d'entre eux possèdent la terre qu'ils exploitent. Cette petite propriété paysanne s'est particulièrement développée dans la Campine limbourgeoise, plus éloignée des grandes villes; quand le domaine communal s'est démembré, c'est surtout entre les mains des paysans qu'il passa. Partout l'attrait de la terre s'exerce irrésistible; on peine dur pour acquérir un lopin. En attendant que le champ devienne assez grand pour nourrir toute la maisonnée, on émigré. De Campine partent des ouvriers vers les chantiers du port d'Anvers, les briqueteries de la vallée du Rupel, les usines établies le long des voies navigables. Des lisières méridionales du pays, des environs de Herenthals, de Westerloo, d'Aerschot et de Diest, d'autres s'en vont en Hesbaye et Brabant pour la moisson et les bette-

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raves. La saison terminée, on rentre au foyer avec les économies qui paieront le loyer et aussi le coin de terre convoité (PI. XX, C, et XXI, A).

La vie urbaine et la vie industrielle en Campine. — Un danger menace, et déjà compromet le calme de cette région agreste : la découverte récente d'un bassin houilier, prolongement des bassins d'Aix-la-Chapelle et du Limbourg néerlandais, annonce l'apparition d'une économie nouvelle. Des sondages effectués à partir de 1898 ont reconnu, depuis la Meuse jusqu'aux portes d'Anvers, sur une longueur de 80 kilomètres et une largeur de 12 à 20 kilomètres, l'existence d'un bassin houilier, orienté Sud-Est-Nord-Ouest, recouvert par des mortsterrains d'une épaisseur moyenne de 500 mètres; cette épaisseur s'accroît rapidement vers l'Ouest; elle atteint son maximum de 896 mètres au sondage de Vlimm.eren, et elle rend encore assez difficile la reconnaissance du bassin vers l'Ouest. Mais l'exploitation a commencé dans l'Est de la Campine : elle a même présenté, à la traversée des morts-terrains aquifères, des problèmes angoissants pour les ingénieurs; il fallut, pour établir les cuvelages des puits, employer la congélation. L'exploitation du charbon a commencé au puits de Winterslag en octobre 1917; trois autres puits étaient entrés en service en 1924 (Beeringen, Limbourg-Meuse, Voordt sous Zolder); cinq autres étaient en cours de fonçage. En 1925, l'extraction s'élevait déjà à 1 150 000 tonnes. Cet avènement du bassin de Campine est un fait de longue portée pour la vie locale et l'économie belge. Tandis que le vieux bassin du Sud ne contient plus que trois milliards de tonnes, le bassin de Campine en apporte huit, dont quatre, il est vrai, à plus de mille mètres de profondeur; ce sont surtout des charbons à gaz et des charbons à coke, ceux qui tendent à s'épuiser dans le bassin du Sud. Déjà le pays se transforme sous l'afflux des ouvriers de charbonnages, recrutés dans les campagnes limbourgeoises; près de 5 000 travaillent à Winterslag; de jolies cités ouvrières avec leurs frais jardins, leurs larges rues, leurs maisons élégantes ont fait pénétrer dans la lande la vie urbaine. Winterslag compte 4 500 habitants; Genck, 14000, et Waterschei, humble hameau hier encore, 1 500. Une fois tous les sièges d'extraction mis en marche, plus de 30 000 ouvriers viendront travailler dans ce pays presque solitaire vers 1910. Au milieu des bruyères et des pineraies de la Campine, nous voyons éclore une nouvelle région humaine (fig. 46).

Longtemps la Campine demeura un pays écarté, pauvre en circulation. Cet isolement a cessé grâce aux chemins de fer d'intérêt général et surtout aux vicinaux. A vrai dire, c'est par les canaux que la transformation commença. Le canal de Maastricht à Bois-le-Duc, qui traverse les confins orientaux de la Campine, fut construit de 1822 à 1826. Sur ce canal, à Bocholt, s'embranche le canal de jonction de la Meuse à l'Escaut (86 km. 3), achevé en 1856, qui se dirige vers Anvers par Herenthals ; puis, sur ce dernier, le canal de Hasselt ouvert en 1858, le canal de Turnhout (1846), le canal de Turnhout à Anvers ou canal de la Campine (1874). Par l'Ouest et le Sud, grâce à l'Escaut et à ses affluents, d'autres voies navigables longent la Campine ou la pénètrent, par le Demer jusque près de Diest, par la Grande Nèthe jusque près de Gheel, par la Petite Nèthe jusque près de Herenthals. Aussi, entre les landes solitaires, ces rivières et ces canaux attirent l'animation sur leurs bords; ils ouvrent des chemins à la vie industrielle et à la vie urbaine. Ainsi sont venus s'établir une grosse usine à zinc de la Vieille Montagne à Baelen-Wezel (7 850 hab.), sur le canal de Hasselt; une fabrique de

GÉOGRAPHIE U.NIVERSLLLE.

Btlgiquc et Pays-Bas.

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produits chimiques à Neerpelt sur le canal de jonction entre Meuse et Escaut; une autre fabrique de produits chimiques et une usine métallurgique à Lommel (8 900 hab.); des ateliers de chaudronnerie à Brée sur le canal de Maastricht, une verrerie à Moll. Sur les bords du Rupel, que la marée remonte, s'est développé le foyer le plus puissant de Belgique pour la tuilerie et la briqueterie, employant près de huit mille ouvriers à Boom (18 900 hab.), à Niel (9 800 hab.), à Rumpst.

A l'intérieur de la Campine, beaucoup de petites villes, bien desservies aujourd'hui par les voies de communication, se répartissent uniformément, assez rares dans l'Est, plus nombreuses dans l'Ouest : Moll (13 500 hab.) avec des tissages de laine; Herenthals (10 900 hab.) avec des tissages de laine aussi; Turnhout (25 700 hab.), qui fabrique des coutils, des toiles et des dentelles; Gheel (18 200 hab.), qui tisse des toiles; Arendonck (5 300 hab.) avec des usines de produits chimiques et des fabriques de bonneterie; Lierre (27 000 hab.), centre industriel à proximité d'Anvers, avec des fabriques de toile et de cotonnades, d'engrais chimiques, de brosses; Dufïel (9 800 hab.), ville active comme Lierre, sous le rayonnement économique de Malines et d'Anvers et se livrant à une grande variété de travaux : tissages, blanchisseries de tissus, fonderie de cuivre, tissus métalliques. Peu de villes belges, même de modestes dimensions, échappent à l'emprise de la vie industrielle.

Une ligne de villes, échelonnées presque à égale distance les unes des autres depuis Maastricht jusqu'à Anvers, détermine pour la Campine la zone de contact avec les pays du Sud; ces villes anciennes marquent le tracé de la grande route du moyen âge qui joignait les pays du Rhin et de la Meuse aux pays du bas Escaut. Ce brillant passé se manifeste encore dans les monuments qu'elles ont conservés; chacune possède son église gothique; l'une d'elles, Malines, fut même la capitale du Brabant. Presque toutes, elles se transforment de nos jours par l'infusion de l'économie industrielle. Hasselt (21 200 hab.), chef-lieu du Limbourg belge depuis le jour où Maastricht fut attribuée au Limbourg néerlandais, est une ville propre et claire, animée surtout aux jours de marché; à ses portes, de grosses distilleries d'alcool se groupent en un petit quartier industriel; dans sa gare, plusieurs grandes lignes se croisent; à l'horizon prochain vers le Nord, montent les fumées du bassin houiller de Campine. Diest (8 300 hab.) est un centre de distilleries et de brasseries; Aerschot (8 400 hab.), un marché agricole. Au delà d' Aerschot vers l'Ouest, le long du Demer et de la Dyle, les bourgs se succèdent dans la vallée, et l'on arrive, à travers des campagnes pleines d'hommes, dans un grand carrefour urbain : c'est là que, entre Bruxelles, Louvain et Anvers, la ville de Malines s'établit sur la Dyle; elle appartient à la famille urbaine de l'Escaut, avec sa rivière à marée, ses canaux et ses bras d'eau.

Malines (Mechelen) figurait dès le x^ siècle parmi les possessions de l'évêché de Liège. L'affluence des pèlerins, venant honorer la mémoire de saint Rombaud, commença sa fortune; mais sa grandeur date du xiv^ siècle, de l'essor de la draperie; elle figure alors parmi les plus riches cités des Pays-Bas; au xv^ siècle, elle est la capitale de l'État bourguignon. Ayant perdu le caractère de résidence officielle par le transfert du gouvernement à Bruxelles, elle reçut en 1560, comme dédommagement, le siège de l'archevêque, primat des Pays-Bas; depuis lors, elle n'a pas cessé d'être la métropole religieuse, la capitale spirituelle de la catholique Belgique; elle déclina à partir du xvii^ siècle et tomba au rang de cité secon-

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daire. Tout ce passé persiste dans l'aspect matériel de la ville, dans ses églises et ses monuments civils, dans les anciennes maisons des corporations, dans la Halle aux draps, dans le vieux pont de la Dyle; sur les anciens quartiers, il plane une atmosphère de silence et de recueillement. Mais, depuis le milieu du xix^ siècle, la vie moderne vient battre les portes de la cité; tout un quartier nouveau, agité et bruyant, s'est bâti près de la gare et près des voies d'eau. Par le canal de Louvain au Rupel et par la Dyle elle-même, Malines se relie à la navigation de l'Escaut; les bateaux lui amènent du charbon, des matériaux de construction, des grains et des farines. Dans la gare de Malines se raccordent toutes les grandes directions du trafic belge; auprès d'elle se groupent de vastes ateliers de construction de matériel pour les chemins de fer; d'autres usines, filatures et tissages de laine, fonderies de cuivre, complètent l'impression d'une cité ouvrière. Avec ses 60 500 habitants, Malines ne compte plus dans la Campine; elle vit sur sa lisière; ses attaches sont ailleurs; elle se range dans la cohorte des villes historiques qui gravitent autour de l'Escaut (Pl. XXI, B).

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