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V. — LA POPULATION

La population du Grand-Duché s'est accrue de 169 700 habitants en 1840 à 197 330 en 1870 et à 262 690 en 1922, ce qui donne une densité actuelle de 101 par kilomètre carré. Cet accroissement ne résulte que pour une faible part de l'excédent des naissances sur les décès. La natalité fléchit dans les campagnes, et les excédents de naissances proviennent, avant tout, de la population ouvrière du canton d'Esch. L'afflux des étrangers, surtout des Italiens, est la cause qui grossit le nombre des habitants : en 1922, le Luxembourg contenait un étranger sur 8 habitants, au total 33 436 étrangers, dont 15 500 Allemands, 6 170 Italiens, 4 335 Français et 3 695 Belges. Par contre, beaucoup de Luxembourgeois vivent, au moins pour un temps, hors de leur pays. Durant la seconde moitié du xix^ siècle, on a beaucoup émigré des cantons pauvres de l'Œsling; ruinés par les bas prix des écorces, les petits propriétaires de « haies » se sont expatriés en grand nombre pour s'établir surtout aux États-Unis. Mais c'est la France qui a toujours exercé la plus forte attraction; beaucoup de jeunes gens viennent, avant de s'établir, travailler en France, les uns dans les villes du Nord-Est, Charleville, Nancy et Reims, les autres à Paris; ils sont cochers ou domestiques. D'autres se sont fixés à Paris; on les trouve nombreux parmi les menuisiers du faubourg Saint-Antoine. Ces migrations tendent à décliner, mais on peut encore évaluer à une quarantaine de milliers le nombre des Luxembourgeois qui vivent en France.

Sauf en deux villages du canton de Wiltz, la langue populaire du Grand- Duché est partout un patois allemand. Et cependant, dans ce pays tout entier de langue germanique, le français demeure la langue officielle et administrative, le complément de toute bonne instruction. Les documents officiels sont le plus souvent rédigés dans les deux langues. Presque tout le monde connaît l'une et l'autre, aussi bien les petites gens qui ont fait un séjour en France que les gens cultivés qui aiment à lire les journaux et les livres français. Cette sorte de fidélité aux deux grandes civilisations qui se touchent sur leur territoire est, avec la religion catholique, foi de presque tous les habitants du Grand-Duché, le trait original de la personnalité et, pour ainsi dire, de la nationalité luxembourgeoise.

En dehors du bassin minier, et à l'exception de la capitale, il y a peu de villes dans le Grand-Duché. Sauf sur sa lisière méridionale, il conserve presque partout son caractère rural. A cause de l'industrie, la population atteint une densité de 348 habitants dans le canton d'Esch; les densités modestes dominent ailleurs : moins de 50 dans l'Œsling, de 55 à 75 dans le Bon Pays et, localement, 90 dans le canton de Remich,surla Moselle. Nulle part la vie industrielle n'a formé

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