LE PAYS DU FER
due à l'influence de la métallurgie allemande fit passer la production de l'acier luxembourgeois de 68 000 tonnes en 1886-1890, à 1 020 000 tonnes en 1910-1918 et 1 880 000 tonnes en 1924 : chiffres énormes pour ce petit pays (Pl. XXVI, A).
Géographiquement la métallurgie se concentre essentiellement sur le minerai en sept groupes d'usines : Rodange, Difîerdange, Esch, Rumelange et Dudelange. Il faut y joindre Steinfort près de la frontière belge; Eich, au Nord de Luxembourg, et Hollerich dans sa banlieue méridionale (fig. 37). De ces établissements de grosse métallurgie dépendent d'autres usines qui reçoivent d'eux
Fig. 37. — La métallurgie sur les confins de la Belgique, du Luxembourg et de la Lorraine française.
1, Hauts fourneaux; 2, Aciéries; 3, Limites d'États; 4, Affleurements des minerais de fer.
leurs matières premières ou travaillent pour eux : fonderies à Dudelange, Hollerich et Dommeldange, ateliers de construction métallique aux mêmes lieux, clouterie à Bissen, cimenteries à Esch et à Dommeldange. Cette industrie luxembourgeoise se heurte aux mêmes difficultés que l'industrie lorraine; elle est tributaire de l'Allemagne et de la Belgique pour le coke et la houille; elle manque de voies navigables; elle ne dispose ni d'une Moselle canalisée qui la joindrait au Rhin et à la Ruhr, ni d'un canal du Nord-Est français, qui l'unirait à la Meuse et à l'Escaut. Enfin, trop petit consommateur d'acier, le Luxembourg ne peut vendre qu'à l'étranger.
Cet essor de la grande industrie a bouleversé le peuplement du pays. On comptait 7 760 ouvriers mineurs et métallurgistes en 1895, 15 000 en 1913, 13 750 en 1922. Cet afflux d'ouvriers avec leurs familles grossit démesurément les villages et les bourgs du pied des côtes. En 1922, il y avait 7 016 habitants à
LE GRAND-DUCHE DE LUXEMBOURG
Pétange, 12 983 à Differdange, 20 437 à Esch, 4 224 à Kayl, 3 534 à Rumelange, 10 307 à Dudelange; au total, 59 501 habitants, soit 650 par kilomètre carré; à lui seul le canton d'Esch renferme près du quart de la population du Grand- Duché. La masse des ouvriers mineurs est italienne; la plupart des métallurgistes, luxembourgeois. Au cours d'une génération, ce petit coin de terre agreste et forestier a changé de face et connu l'intrusion d'une vie étrangère : au pied des côtes, les tristes habitations ouvrières rangées le long des routes, les constructions massives de la métallurgie lourde, les amas de scories; dans les côtes, sur le flanc des collines éventrées, le réseau bruyant des câbles transporteurs, des funiculaires et des chemins de fer.