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IV. — LA POPULATION NÉERLANDAISE

Depuis qu'il existe des recensements précis, on voit la population néerlandaise s'accroître : 2 000 000 d'habitants en 1795, 2 600000 en 1830, 3 300000 en 1850, 5100000 en 1900, 6 800 000 en 1920 (exactement 6 832 155). De 1830 à 1900, elle augmentait de 90 p. 100; de 1900 à 1920, de 34 p. 100. Ce progrès porte sur toutes les provinces, mais il atteint un taux étonnant pour plusieurs d'entre elles: 231 p. 100 (1830-1920) pour les deux Hollandes, foyer économique du pays; 225 p. 100 pour la Drente, où la colonisation moderne des landes et des tourbières a fondamentalement transformé les conditions de la vie. Cet accroissement résulte non pas d'un apport étranger, mais d'une poussée naturelle. Comme dans la plupart des nations avancées de l'Europe continentale, la natalité tend à décroître : 37 p. 1 000 en 1870-1880, 30 p. 1 000 en 1910-1920, 26 p. 1 000 en 1922. Mais elle demeure forte; soutenue par une mortalité décroissante, elle contribue régulièrement à grossir la population. Pour la seule période 1910-1920, l'excédent des naissances sur les décès valut au pays 961 698 âmes.

Presque tous ces homrnes restent dans le pays; ils ne débordent pas au dehors. La masse nationale ne perd presque rien par émigration : 500 individus par an pour 1831-1847, 2 000 pour 1845-1854, 6 000 pour 1904-1913,1 200 pour 1914- 1919; ces pertes n'ont jamais représenté qu'une très faible proportion de l'excédent des naissances. Inversement, dans cette nation d'hommes pressés, très attachés au sol de la patrie, les étrangers trouvent peu de place libre. D'immigrations importantes ayant laissé des traces visibles encore, l'histoire moderne n'en connaît que deux : les Juifs et les protestants français. Chassés d'Espagne et de Portugal à la fm du xv^ et au début du xvi^ siècle, les Juifs ont multiplié; on en dénombre aujourd'hui environ 100 000, dont les trois quarts habitent Amsterdam. A la fm du xvii® siècle, plus de 150 000 protestants français vinrent chercher asile en Hollande; on comptait, en 1688, soixante-deux églises françaises et wallonnes. Tandis que les Juifs vivent toujours en une communauté assez fermée dans leur quartier particulier, l'élément français s'est fondu dans le reste du peuple néerlandais, ne laissant pour traces que des noms français. Actuellement, la vie commerciale ne permet pas que le pays soit complètement imperméable aux infiltrations étrangères; aussi une trentaine de milliers d'Allemands et une vingtaine de milliers de Belges vivent dans les Pays-Bas. Mais ces colonies étrangères ne constituent que de petits noyaux par rapport à la masse nationale. L'homogénéité demeure un trait remarquable de la population néerlandaise.

Pour la densité de la population, les Pays-Bas, avec 200 habitants par kilomètre carré, tiennent le second rang en Europe, après la Belgique (257), avant

LES ASPECTS ÉCONOMIQUES DE LA VIE NEERLANDAISE

la Grande-Bretagne (144) et l'Allemagne (123). Une carte de densité oppose nettement des régions très peuplées et des régions peu peuplées (fig. 53). Dans les pays de landes et de tourbières, comme la Veluwe, la Drente centrale, la Campine et le Peel, on traverse encore des solitudes; malgré les progrès de la colonisation, la Drente ne s'est élevée de 1830 à 1920 que de 24 à 75 habitants par

Fig. 53. — Carte de la densité de la population des Pays-Bas, d'après Kuyper (rectifiée). 1, Moins de 50 habitants par kilomètre carré; 2, De 50 à 100; 3, De 100 à 200; 4, De 200 à 400; 5, Plus de 400.

kilomètre carré. Par contre, on calcule une densité de 461 dans le Nord-Hollande et de 533 dans le Sud-Hollande. A elles seules les trois provinces de Hollande et d'Utrecht, qui groupent le cinquième du territoire néerlandais, réunissent presque la moitié de sa population autour des grands foyers économiques du pays. Par contre, dans l'Est des Pays-Bas, il n'y a que des foyers locaux de forte densité : soit auprès des centres industriels (mines de houille du Limbourg, région cotonnière de la Twente, villes de tissage comme Tilburg et Eindhoven, fabriques de chaussures du Langstraat), soit sur des terrains de culture intensive, comme les

LES PAYS-BAS

colonies de tourbières de Groningue, soit au contact de régions différentes, comme la lisière de la Veluwe.

La vie urbaine ne montre pas aux Pays-Bas les mêmes tendances « tentaculaires » qu'en Belgique et en Grande-Bretagne. Leur proportion de population urbaine n'arrive pas à la moitié de la population totale (46 p. 100); elle atteint les deux tiers en Belgique, les trois quarts en Grande-Bretagne. Mais la croissance des villes n'en demeure pas moins un trait remarquable de la démographie depuis un siècle. Les centres de plus de 5 000 habitants contenaient en 1795 le tieVs de la population néerlandaise; en 1920, un peu plus de la moitié. Ce développement des villes se remarque à peine dans la Zélande, la Frise et Groningue, vieilles provinces agricoles. Mais il apparaît fortement déjà dans les provinces de l'Est : la Drente ne possédait pas en 1795 de ville dépassant 5 000 habitants; en 1920 ses villes renfermaient le cinquième de sa population. Quant à l'Ouest, pays de grandes villes depuis des siècles, il connaît le type d'agglomération urbaine, familier à la civilisation moderne de l'Europe. De 1830 à 1900, la population réunie d'Amsterdam, de Rotterdam, de la Haye et d'Utrecht a grossi de 200 p. 100; elle forme le quart de la population néerlandaise. Rotterdam seule, de 1830 à 1925, s'est accrue de 700 p. 100, Amsterdam, de 320 p. 100. Sauf dans certains quartiers d'Amsterdam et de Rotterdam, ces accumulations d'hommes n'étalent pas les mêmes laideurs et les mêmes misères que dans d'autres cités européennes; on n'y voit pas les mêmes entassements que dans les slums britanniques ou dans les enfers du charbon et du fer. Les maisons ne s'élèvent pas comme des casernes à étages superposés. A l'ordinaire, chaque famille habite sa maison, une maison propre et claire, souvent ornée d'un parterre de fleurs; parfois ces habitations de citadins s'écartent à de grandes distances du centre des villes; mais elles s'en trouvent réellement peu éloignées, car les moyens de transport, multiples et à bon marché, permettent aux gens d'échapper à la servitude du troupeau et de vivre en liberté, sans perdre les avantages économiques du travail en commun.

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