AUTEUR DE GERMANICUS
Mon ami,
C'ÉTAIT un besoin pour mon cœur de vous dédier cette Tragédie; j'ai pourtant balancé, avant de vous rendre ce témoignage public de mon ami'lié ; je nous dois compte du motif de cette hésitation.
ylfjrès trois ans iCun malheur dont il n'est pas un Français qui ne doive déplorer les causes , et accuser la persévérance , un grand nombre de nos compatriotes ( parmi lesquels vous tenez un des rangs les plus honorables ) gémissent encore sur la terre dexil : nos regrets cpii les y ont accompagnés , 710S vœux qui les rappellent , se sont fait souvent entendre aux pieds du trône , sans pouvoir arriver jusqu'au Monarcpie. Les mêmes hommes dont les cris de haine ont intercepté nos plaintes ^ ne se so)H pas contentés d en calomnier l'expression ; ils ont soulevé l'autorité contre la prière ; ils lont aigrie contre l infortune.
Votre nom prononcé plus souvent que tout autre dans nos humbles remontrances s'est vu , par cela même ^ jdus directement en butte à leurs atteintes , et pour frapper à-la fois et celui qu'ils poursuivent et ses amis , dont le zèle est un crime à leurs yeux , ils n'ont pas craint d'avancer que nos supplications importunes armaient contre vous ^ un pouvoir qui ne doit, disent-ils, céder qu'à la seule impulsion de sa propre clémence.
Cette considération qui recevait quelque poids de l* inutilité de nos efforts, a pour un moment encliainé ma plume; j'ai pu craindre en plaçant à la télé de mon Ouvrage un nom cher à la patrie.,
aux lettres et à [amitié, de fournir de nouveaux prétextes à la malveillance^ de nouvelles armes à la persécution; mais je n'ai pas lardé à m apercevoir qu'une pareille défiance, injurieuse à [autorité que je révère, m'associait en quelque sorte aux perfides intentions de nos ennemis communs. Plus je respecte le Gouvernement sous lequel nous vivons , plus je me jais qloire de l'attachement que je porte à un homme qui honore son pays^ par de grands talents, de grandes vertus et de grandes infortunes.
Dans le paiiage des maux qui ont accablé notre commune patrie , quelques Français otit été, si j'ose m' exprimer ainsi, privilégiés par le malheur: quand tout le monde soujfrait, leur plainte éloignée a pu se peindre dans le murmure d'un mal-étre général; mais aujourd'hui que tout renaît parmi nous , à la vie et à l'espérance ; que la France libre du joug de l'Etranger, ne compte plus que ses enfants, le premier soin de son Chef auguste sera, n'en doutez pas, de rassembler sa famille et de lui prescrire, par son exemple, ce devoir <^'union et f/^ouWi que chacun a droit d'exiger et que tous, sans exception, ont le même intérêt à remplir.
Gernianicus et Bélisaire ont eu à- peu-près le même sort; tous deux ont été bannis du Théâtre;
le premier après y avoir paru avec gloire, le SC' cond après y avoir été annoncé avec éclat; tous deux en ont appelé au public , dun arrêt de proscription rendu par l'esprit de partie, le moins é(piitable des juges.
L'opinion qui finit toujours par casser les arrêts injustes a réliabilité votre Ouvrage, en lui assignant un rang distingué parmi les productions dramatiques qui soutiennent l'honneur du Théâtre Français. Je me présente aujourd'hui devant elle avec moins de confiance dans mon propre droit , mais aussi fort de mes intentions, aussi digne , j'ose le dire, des ennemis que vous avez eus à combattre , et protégé par l'intérêt qui s'attache à votre nom.