‹ BélisaireChapitre 15 sur 75 · ACTE I, SCENE lll · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE lll

Dès long-temps sa fureur proscrivit Bclisaire : Du nom de mes aïeux l'éclat héréditaire Tourmentait sa bassesse, et forçait ses regards À s'abaisser devant la fille des Césars, Alors que l'héritier de leur grandeur suprême Sur un front sans pudeur plaçait le diadème. Narsès, pendant quinze ans maître de son courroux, Médita sa vengeance et prépara ses coups : Ils ont osé saisir cette grande victime ; Peuvent-ils, reculant devant leur propre crime, S'imposer, Marcien, la terreur d'un forfait D'autant plus dangereux qu'il demeure imparfait?

MARCIEN

De vos fiers ennemis la rage envenimée, Brave Justinien, mais redoute l'armée :

Déjà sa voix s'élève , et donnant le signal, Redemande à grands cris son ancien général.

ANTONINE

Narsès, en éloignant nos guerriers de Byzance, Saura d'une autre gloire occuper leur vaillance, Et dans le bruit confus de quelques vains succès D'une clameur lointaine arrêter les progrès. De cette indigne cour j'ai fait lapprentissage ; Ne plaçons notre espoir que dans notre courage ; Près d'un trône ébranlé laissons nos oppresseurs; Au fond de ces forêts j ai trouvé des vengeurs.

MARCIEN

Hélas! qu'attendez-vous de ces hordes bulgares?

ANTONINE

Je crains tout des Romains ; j'attends tout des Barbares. Je conçois tes soupçons ; ils vont être éclaircis : Tu connais, Marcien, ce jeune Thélésis, Ce chef des nations dont l'audace conspire Pour affranchir le monde et renverser l'empire, Chez qui notre infortune, au fond de ces forêts, A trouvé tant d'appui, de secours, de bienfaits : L'amour a subjugué ce fougvieux caractère ;

11 aime avec transport, ma fille a su lui plaire; Des feux de Thélésis que partage son cœur Eudoxe avec effroi m'a révélé l'ardeur : Dans ce timide aveu si cher à ma tendresse, De nos destins nouveaux j'accepte la promesse; Pour sauver mon époux du ciel abandonné, Faisons-nous un appui d'un gendre couronné.

MARCIEN

Eh quoi ! de votre rang trahissant le mystère...

antonine.

.!e sais qu'à Thélésis je dois encor le taire ; Il l'apprendra d Eudoxe en recevant sa main.

MABCIEN.

Votre époux dans les fers n en est pas moins Romain ; S il refusa jadis dans les murs de Ravenne Des mains de Yitigès la pourpre souveraine, Pour sa fille aujourd'hui voudra-t-il accepter Le trône où Thélésis doit la faire monter?

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