‹ BélisaireChapitre 20 sur 75 · ACTE I, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VI

Je n'interroge pas votre illustre infortune,

Mais contre eux, j(i le sais, notre haine est commune;

Et pour garant d'un bien à mon espoir promis

Le ciel nous a donné les mêtnes ennemis.

Victimes du tyran qui régne dans Byzance,

Des maux qu'il vous a faits, je nourris ma vengeance.

Et du nord soulevé les peuples en courroux

Ainsi que Tliélésis vont combattre pour vous.

C'est à vous, belle Eudoxe, à vous qui dans mon ame.

Allumez d'un regard une nouvelle flamme;

À vous que j'idolâtre, à qui j'offre en ce jour

Les vœux mal exprimés d'un indomptable amour,

C'est à vous, d'un seul mot, sous les yeux d une mère,

D'avouer les serments qu'à vos pieds je viens faire,

EUDOXE

Quand je songe à l'espoir que vous m'avez rendu, Quel retour à mon cceur peut être défendu ? Une mère, seigneur, objet de ma tendresse. De ce qu'elle vous doit en me parlant sans cesse, Et de votre valeur retraçant les hauts faits, M'enhardit à compter sur de nouveaux bienfaits : Près d'elle chaque jour j'apprends à vous connaître; Tant d'éclat, de vertus, qu'en vous on voit paraître, Ces exploits d'un héros, ce renom d'équité. De vos ennemis même en tout temps respecté. Tout justifie en vous sa noble conllance; Tout me fait un devoir de la reconnaissance : Et s'il était encor des sentiments plus doux,

i8 BÉLISAIRE.

Je l'avouerai, seigneur, je les prendrais |)Our vous. Mais lorsque vous r<'(;iiez sur mou auie atteiulrie, Telle est notre iulortune, un père, une patrie, Prescrivent. à mon cœur un devoir rigoureux; Je crains de disposer de mes destins sans eux.

THÉLÉSIS.

Vous n'éloignerez point le bonheur que j'espère; L'aveu de votre cœur, celui de votre mère, Sont ici mes garants, mes titres et mes droits; Je ne reconnais plus, Eudoxe, d'autres lois : !Nos âmes désormais l'une à l'autre enchaînées, C'est à moi de régler vos belles destinées, Et de presser le jour où mes heureux sujets Pourront sous la couronne admirer vos attraits. Les soins que mon armée en ce moment réclame M'éloignent de ces lieux, où je reviens, madame, Abjurant des délais que je ne connais plus. Attester des serments que vous avez reçus. ( Il sort. )

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