SCENE VI
LES MÊMES, THÉLÉSIS.
THÉLÉSIS.
Les enfants de la guerre ont suivi mes drapeaux j I^a victoire par-tout couronne leurs travaux, Et fidèle à ma voix, dans sa course certaine, Aux rives du Bosphore atteint l'aigle romaine. Un seul combat encore, et ce peuple odieux. Qui proscrit ses héros, qui proscrivit ses dieux, Aura vu s'écrouler sa funeste puissance; Tout présage la fin de cet empire immense ; Sans force, sans appui, de son poids accablé. Jusqu'en ses fondements ce colosse ébranlé Va bientôt, chancelant sur sa base profonde. Du fracas de sa chute épouvanter le monde. Cette vaste espérance où se livre vui vainqueur, Seule ne suffit pas au besoin de mon cœur, Et l'amour, dont un Scythe ignore le langage, À de plus douces lois asservit )non courage ;
i6 BÉLISAIRE.
Eudoxe, que le ciel a promis à mes feux,
Me dispute à la gloire et partage mes vœux;
Je l'aime, je la vois, c'est assez la connaître:
Je ne m'informe point du sang qui l'a fait naître;
La candeur, la beauté, qui décident mon choix,
Chez les enfants d'Odin sont les premiers des droits.
ANTOMXE.
Thélésis d'un héros porte l'illustre marque ;
J admire le guerrier, j'honoi'e le monarque;
Mais de quelque splendeur que brille un pareil rang,
Il peut s'accroître encor de l'éclat de mon sang.
De la race des rois la plus haute origine
Peut s allier sans honte à celle d Antonine;
Et si je tais un nom que je cache à regret,
N'imputez qu'au devoir ce pénible secret.
THÉLÉSIS.
Ce mystère n'a rien qui m'offense, madame. Et je ne veux ici lire que dans son ame ; Je vous ouvre la mienne, Eudoxe est tout pour moi ; D'un sentiment nouveau, qui m'impose la loi, J'expose à vos regards toute la violence ; Jusqu'ici , de l'amour dédaignant la puissance, Je nai connu d'ardeur que celle des combats; J'ai cherché des périls , j'ai soumis des Etats ; De déserts en déserts j'ai poursuivi la gloire; Et sur les pas d'un père instruit à la victoire, Héritier de son trône et de ses grands desseins, J'ai juré d'achever la perte des Romains :