ACTE TT, SCENE [H
Théodora commande ; un j)en|)!e téméniirc
Lui répond par ce cri ; rendcz-nons Bélisaire!
Bélisaire !... et ce nom désormais si fatal
Du plus affreux tumulte a donné le signal.
On s'arme, et de la {jarde affrontant les cohortes,
Le peuple, de la tour, allait briser les portes;
La fdle d'Anistère, en cette extrémité ,
Prend le ciel à témoin , promet ma liberté.
« Je jure, a-t-elle dit, qu'au lever de l'aurore
« Byzance reverra le guerrier qu'elle adore : »
Tout cède à cet espoir, et le calme le suit.
Mais le crime veillait; et, tandis que la nuit
Autour de ma prison étend ses voiles sombres ,
Dont mes regards jamais ne perceront les ombres ,
Un bruit sinistre et sourd a troublé mon repos :
Marcien , je m'éveille au milieu des bourreaux ;
Darès, d'un fer brûlant sillonnant ma paupière ,
Dans mes yeux desséchés a tari la lumière ;
Je frappe en vain les airs de cris qu'on n'entend pas ;
Loin des murs de Byzance ils conduisent mes pas ,
Et, délaissé par eux, sur la terre où nous sommes
Ils me livrent, ayeugle , à la pitié des hommes.
MARCIEN
À ce cruel récit , dans mon cœur oppressé D'épouvante et d horreur tout mon sang s'est glacé ; L'excès de l'injustice a révolté mon ame.
Marcien, je rends grâce au zèle qui t'enflamme.
Dans Tétat où je suis, quel autre mieux que moi Pourrait sentir le prix d'un ami tel que toi ? J'en ai déjà reçu la preuve la plus tendre ; Je te dois le seul bien où je puisse prétendre : Par tes soins généreux , au fond de ces déserts , Je retrouve en ce jour tous ceux qui me sont cbxcrs ; Mais ce bonheur cruel, mêlé de tant d'alarmes , A des objets chéris va coûter bien des larmes. Préparons par degré leur cœur à supporter Le coup trop violent qu'il ne peut éviter: Va, préviens Antonine : instruite avec prudence , Qu'elle-même à ma fille annonce ma présence.
( Marcien sort.^