SCENE III
THÉLÉSIS, BÉLISAIRE.
THÉLÉSIS.
Bélisaire, est-ce toi? la pitié, le respect,
La terreur , ont glacé mes sens à ton aspect.
Je n'en crois point mes yeux ; la nature offensée
D'un pareil attentat repousse la pensée.
C'est toi qu'ils ont proscrit ; sans espoir, sans retour.
C'est toi qu'ils ont privé de la clarté du jour!
Dans ce triste tableau que Thélésis contemple De l'équité des cours un mémorable exemple ; Que mon malheur signale à ses yeux étonnés Les hommes dont les rois marchent environnés.
Depuis qiie la victoire , à mes draneaux fidèle ,
M'avait de ta disgrâce apporté la nouvelle, Je pouvais iii applaudir de lindigne repos Où de vils ennemis condamnaient un héros; Mais, quelque ingrats enfin que je dusse les croire, Pouvais-je supposer une action si noire?
- BÉLISAIP. E.
Dès long-temps détrompé des humaines vertus , Le crime m'épouvante et ne m'étonne plus.
THÉLÉSIS.
De tant de mouvements où mon ame est en proie ,
S'échappe, je l'avoue, une secrète joie
En Songeant au bienfait de cette liberté
Que jadis m'imposa ta générosité.
Mon cœur en ses desseins, qu'agrandit ta présence,.
Mesure ton malheur et ma reconnaissance ;
Ecoute, Bélisaire, et contemple avec moi
Le nouvel avenir qui s'ouvre devant toi :
Les Romains affectaient l'orgueil d'un double empire ;
Déjà l'un ne vit plus, et bientôt l'autre expire.
Les Césars d'Orient tremblent dans leurs palais.
Ce n'est plus qu'à prix d'or qu'ils achètent la paix ;
Et si Justinien du trône qui l'accable
Retarda quelque temps la chute inévitable,
Succomiiant sous la main du sort qui l'asservit.
Il s'agite sans force, à sa gloire il survit;
Mais, que dis-je, sa gloire? Elle n'est que la tienne;
Et des âges futurs quelque nom qu'il obtienne.
C'est de toi , qu'empruntant sa funeste clarté,