ACTE m, SCEiSK I I I
11 attend désormais son immortalité.
BÉLISAir.E.
Il attend de lui seul, cette gloire durable, Dont seul il a posé la base inébranlable; Les ans ont aflaibli le grand Justinien, Mais dans sa renommée il conserve un soutien, Et ce beau monument qu'éleva sa jeunesse (i)^ D'un abri glorieux protège sa 'vieillesse ; On y contemple encor ce roi des nations Dont la main imposa le joug aux factions , Éteignit la fureur des guerres intestines ^ De l'Etat dispersé rassembla les ruines ; Qui d'un encens plus pur honorant les autels , lieleua du vrai Dieu les temples immortels , Ressaisit à-la fois le sceptre des deux Jiomes; Dont la seule parole e/fanta de grands hommes , Et de qui la sagesse expiant nos exploits j, Aux siècles a 'venir ira donner des lois.
THÉLÉSIS.
Je ne le juge point; j'abandonne à Thistoire Le soin d'appi'écier les travaux et la gloire D'un prince faux, cruel, nourri loin des combats, Illustre par ton nom et vainqueur par ton bras. Qu'importe ce qu il fut , quand il a cessé d être ; S'il gouverna la terre, il n'en est plus le maître ; De nos antres glacés franchissant les remparts. C'est à nous qu'appartient lempirc des Césars : (i) R. P. L. P.
44 BÉLISAir.E.
Tout change au gré du sort, et sa faveur nouvelle
Au partage du monde aujourd'hui nous appelle ;
Tes vertus, tes malheurs, et sur-tout tes exploits,
A ce grand héritage ont assuré tes droits ;
Ose les réclamer, et sur ton front moi-même
J'attache dès ce jour le sacré diadème.
Mes yeux s'ouvriront-ils sous le royal bandeau? Et parle-t-on d'un trône à qui cherche un tombeau? Mais laissons mes malheurs ; je leur dispute encore La gloire d'un refus dont ma vertu s'honore : La tienne en ce moment est de me présenter Un appui généreux que je dois rejeter, En te désabusant sur ce rêve de gloire Qui t'offre l'univers pour prix d'une victoire. Tu crois l'empire éteint, il n'est que languissant; Sous de noires vapeurs ce flambeau pâlissant, Au souffle d'un héros recouvrant sa lumière. Peut resplendir encor de sa clarté première. Bélisaire n'est plus; mais Marcien, Hermès, Phocas, Mundus, Tibère , et ce même Narsès, Dont j'accuse l'honneur et non pas le génie , Se disputent l'espoir de sauver la patrie : Les indomptables Francs, les belliqueux Germains, Bientôt vont accourir au secours des Romains; Ces peuples de César embrassent la querelle.
THÉLÉSIS.
Jamais prince vaincu n'eut d'allié fidèle.
ACTEin,scENEiir. 45
Le temps doit arriver où cet état vieilli,
Par la corruption , j>ar le crime assailli ,
De ces torrents du nord éprouvant le ravage,
Perdra jusqu'à son nom dans ce vaste naufrage;
Mais , Tliélésis, ce temps n'est pas encor venu.
THÉLÉSIS.
De nos premiers efforts le prix est obtenu : L'Italie est à nous, et le ciel nous seconde.
Rome esclave est encor la maîtresse du monde.
THÉLÉSIS.
Byzance va bientôt revoir mes étendards.
Tu trouveras Narsès au pied de ses remparts.
THÉLÉSIS.
Je n'irai pas si loin; en ce moment, peut-être La victoire ou la mort te venge de ce traître. Sois mon guide ; unissons nos efforts conjurés.
Nos drapeaux malheureux n'en sont que plus sacrés: Quand la patrie en pleurs de deuil les environne , Eternelle infamie à qui les abandonne !
Je ne te presse plus ; jusque dans son erreur J'admire en le plaignant cet élan d'un grand cœur; Et de mon seul amour que l'on t'a fait connaître. Je demande le prix ; tu me le dois peut-être :
46 BEL I SA 1 HE
Ta fille dans ce jour a reçu mes serments ; J'en suis aimé, je l'aime, et nos engagements Ont pour garants son cœur et le vœu de sa mère.
Cet hymen n'aura point l'aveu de Bélisaire ; J'épargne à Thélésis des discours superflus. Il m'estimait assez pour prévoir mon refus.
THÉLÉSIS.
Il pouvait m'offenser, quand, rivaux de puissance , La victoire entre nous effaçait la distance.
Elle sépare encor, quel que soit mon destin, D'un monarque bulgare un général romain.
THÉLÉSIS.
A Gélimer crois-tu que ce discours s'adresse?
Non, c'est à Thélésis.
THÉLÉSIS.
Tant de fierté me blesse :
Romain , de ton langage abaisse la hairteur; Qui [jourrait t'inspirer tant d'orgueil?
]\Ion malheur. Fidèle à mon pays, je ine suis fait entendre, Jamais son ennemi ne deviendra mon gendre.
THÉLÉSIS.
Ke me rappelle pas, je voulais l'oublier. Que tout soldat ronmin est ici prisonnier.