ACTE IV, SCENE VI
Je commande en ce lieu.
ANTONINE
Je suis épouse et mère.
L'injustice en mon cœur fait taire le devoir; Et je n'écoute rien que mon seul désespoir. Je m'acquitte , César , en causant ta ruine.
JUSTIN! EN
J'excuse vos fureurs.
ANTONINE
C'est moi , c'est Antonine, Qui , du courroux du ciel déplorable artisan, Dois venger un époux et punir un tyran. Cruel Justinien , regarde ton ouvrage , Dans l'excès de nos maux vois l'excès de ta rage j Contemple des malheurs l'assemblage odieux ; Sur Bélisaire aveugle ose lever les yeux. Le voilà ce guerrier que l'univers admire , Qui fonda ta granileur , qui releva l'empire, Dont le bras , signalé par d'immortels exploits , Du sceau de la victoire a consacré tes droits. Toi, qu'avec tant d'ardeur a servi Bélisaire , Dis-nous, Justinien , quel sera le salaire De son sang tant de fois versé dans les combats? Du sang de ses deux fils arrachés de mes bras , Que moissonna la guerre au sortir de l'enfance? Quel [)rix pourra suffire à ta reconnaissance? (^ucl prix !.. un fer brûlant sillonnera ses yeux ;
Il ne reverra plus la lumière des cieux; Il vivra séparé de la nature entière ; Dans un exil affreux achevant sa carrière , Et sa femme et sa fille , exemple de malheur, Mendieront avec lui le pain de la douleur. »
Madame, à des tourments qu on ne saurait comprendre,
Deviez-vous ajouter celui de vous entendre?
Songez qu'en accusant ici Justinien
C'est trahir son malheur, c'est insulter au mien.
Le ciel pour réparer les maux de Bélisaire ,
Des jours de l'empereur l'a fait dépositaire ;
De ce dépôt sacré qu'il remit en mes mains ,
Je dois compte à ma gloire , à l'empire , aux Romains.
D'un si noble destin j ose me croire digne.
Qui cherche à rtie priver de cet honneur insigne
Est mon seul ennemi.
ANTON! N E
Le mien , c'e#t l'empereur, De nos calamités, l'ingrat, l'injuste auteur; Celui qui , sans pitié pour ma triste famille, Proscrivit et l'époux et la mère et la fille , Qui livra sans remords le plus grand des héros Aux fureurs d'une femme , au fer de ses bourreaux. Bientôt , instruit par nioi du lieu qui te recèle, Oui, César, ton vainqueur, que mon courroux appelle, Armé , pour te punir, de mes droits et des siens , De l'aspect de tes maux consolera les miens :