‹ BélisaireChapitre 9 sur 75 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

Elle qu'on vit passer, bravant tous les refjards , Du lit d'un centenier au trône des Césars.

MARCIEN

Ses attraits, son esprit, sa politique habile,

Du prince ont subju{;ué la volonté débile.

Bélisaire, du peuple et l'amour et l'espoir.

Partageait son crédit , balançait son pouvoir.

Théodora le hait : son épouse Antonine,

Fière de ses vertus , de sa haute origine ,

Près de l'impératrice, à des hommages vains

Ne pouvait asservir l'orgueil de ses dédains :

Leur perte est résolue; avec art on conspire.

Le Bulgare s'avance aux portes de l'empire ;

Bélisaire peut seul arrêter ses progrès ;

L'armée en vain l'appelle ; on fait partir Narsès.

La victoire d'abord sourit à sa vaillance ;

Théodora saisit l'heure de la vengeance;

Les amis de Narsès , artisans de complots ,

D'un crime imaginaire accusent le héros :

« Celui qui des Persans a refusé le trône ,

« De son maître , ont-ils dit , veut ravir la couronne ;

« Dans Byzance, traînant Gélimer à son char,

« On l'a vu déployer la pompe de César:

« Et déjà du succès Antonine certaine,

« Affecte insolemment la pourpre souveraine. "

Bélisaire se tait, et, dédaignant leurs cris ,

A ses accusateurs répond par le mépris.

De ce noble dédain Justinien s'offense;

La haiue croît , rinirigue accuse son silence. Tlu'odora surprend l'ordre qu'elle a dicté : Dans le tond d'une tour Bélisaire est jeté.

LÉON

Quoi ! d'un pareil forfait tout un peuple complice Ne s'est point soulevé contre cette injustice, Et , dans ces jours affi'eux , un grand homme outragé , D'un pareil attentat ne serait pas vengé?

Page 1