ACTE I, SCENE I
Elle qu'on vit passer, bravant tous les refjards , Du lit d'un centenier au trône des Césars.
MARCIEN
Ses attraits, son esprit, sa politique habile,
Du prince ont subju{;ué la volonté débile.
Bélisaire, du peuple et l'amour et l'espoir.
Partageait son crédit , balançait son pouvoir.
Théodora le hait : son épouse Antonine,
Fière de ses vertus , de sa haute origine ,
Près de l'impératrice, à des hommages vains
Ne pouvait asservir l'orgueil de ses dédains :
Leur perte est résolue; avec art on conspire.
Le Bulgare s'avance aux portes de l'empire ;
Bélisaire peut seul arrêter ses progrès ;
L'armée en vain l'appelle ; on fait partir Narsès.
La victoire d'abord sourit à sa vaillance ;
Théodora saisit l'heure de la vengeance;
Les amis de Narsès , artisans de complots ,
D'un crime imaginaire accusent le héros :
« Celui qui des Persans a refusé le trône ,
« De son maître , ont-ils dit , veut ravir la couronne ;
« Dans Byzance, traînant Gélimer à son char,
« On l'a vu déployer la pompe de César:
« Et déjà du succès Antonine certaine,
« Affecte insolemment la pourpre souveraine. "
Bélisaire se tait, et, dédaignant leurs cris ,
A ses accusateurs répond par le mépris.
De ce noble dédain Justinien s'offense;
La haiue croît , rinirigue accuse son silence. Tlu'odora surprend l'ordre qu'elle a dicté : Dans le tond d'une tour Bélisaire est jeté.
LÉON
Quoi ! d'un pareil forfait tout un peuple complice Ne s'est point soulevé contre cette injustice, Et , dans ces jours affi'eux , un grand homme outragé , D'un pareil attentat ne serait pas vengé?