CHAPITRE II
vrance. Il a fallu céder au peuple ; mais eu me rendant la liberté on m'a privé de la lumière, — • Et Justinien Pavoit ordonné ! — C'est là ce qui m'a été sensible. Vous savez avec quel zèle et quel amour je l'ai servi. Je l'aime encore, et je le plains d'être assiégé par des méchans qui déshonorent sa vieillesse. Mais toute ma constance m'a abandonné quand j'ai appris qu'il avoit luimême prononcé l'arrêt. Ceux qui dévoient l'exécuter n'en avoient pas le courage 5 mes bourreaux tomboient à mes pieds. C'en est fait , je n'ai phis , grâce au ciel , que quelques momens à être aveugle et pauvre. Daignez, dit Gélimer, les passer avec moi, ces derniers momens d'une si belle vie. Ce seroit pour moi, dit Bélisaire, une douce consolation 5 mais je me dois à ma famille^ et je vais mourir dans ses bras. Adieu.
Gélimer l'embrassoit , l'arrosoit de ses larmes, et ne pouvoit se détacher de lui. Il fallut enfin le laisser partir 5 et Gélimer le suivant des yeux : O prospérité ! disoit-il, 6 prospérité ! qui peut donc se fier à toi? Le héros, le juste, le sage Bélisaire !, . . Ah!
c'est pour le coup qu'il faut se croire heureux en bêchant son jardin. Et tout en disant ces mots , le roi des Vandales reprit sa bêche.