‹ BélisaireChapitre 9 sur 116 · CHAPITRE ï'jf; Hy · texte numérisé non relu

CHAPITRE ï'jf; Hy

des rois de la terre ; et du fond de mon palais , où je nageois dans les délices , des bras du luxe et de la mollesse , j'ai passé tout à coup dans les cavernes du Maure (1) 9 où ^ couché sur la paille , je vivois d'orge grossièrement pilé et à demi cuit sous la cendre, réduit à un tel excès de misère , qu'un pain que l'ennemi m'envoya par pitié fut un présent inestimable. De là je tombai dans les fers , et fus promené en triomphe. Après cela , vous m'avouerez qu'il faut mourir de douleur , ou s'élever au-dessus des caprices de la fortune.

Vous avez dans votre sagesse, lui dit Bélisaire , bien des motifs de consolation ; mais je vous en promets un nouveau avant de nous séparer.

Chacun d'eux , après cet entretien 9 alla se livrer au sommeil.

Gélimer, dès le point du jour, avant d'al-

(i) Vanâali namque omnium sunt , quo$ sciam , mollissimi atque delicatissimi $ om~ niumverb miserrimi Marusii. ïbià,

a8 BELISAIRE,

1er cultiver «on jardin , vint voir si le vieillard avoit bien reposé. Il lé trouva debout, son bâton à la main , prêt à se remettre en voyage. Quoi ! lui dit-il , vous ne voulez pas donner quelques jours à vos hôtes ! Cela m'est impossible , répondit Bélisaire : j'ai une femme et une fille qui gémissent de mon absence. Adieu, ne faites point d'éclat sur ce qui me reste à vous dire : ce pauvre aveugle , ce vieux soldat , Bélisaire enfin n'oubliera jamais l'accueil qu'il a reçu de vous. — Que dites- vous? Qui ! Bélisaire ?

C'est Bélisaire qui vous embrasse ! — Q juste ciel ! s'éçrioit Gé limer éperdu et hors de lui-même ! Bélisaire dans sa vieillesse^ Bélisaire aveugle est abandonné ! On a fait pis , dit le vieillard : en le livrant à la pitié des hommes, on a commencé par lui crever les yeux. Àh ! dit Gélimer avec un cri de douleur et d'effroi , est-il possible? Et quels sont les monstres?. . . Les envieux , dit Bélisaire. Ils m'ont accusé d'aspirer au trône, quand je ne pensois qu'au tombeau. On les a crus , on m'a mis dans les fers. Le peuple enfin s'est révolté et a demandé ma dëli-

Page 1