‹ BélisaireChapitre 12 sur 116 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

phe pour l'innocence ! Le ciel est juste^ disoit Bessas, et tôt ou tard les médians sont punis. Il disoit vrai. A l'instant même les Bulgares, l'épée à la main , entrent dans la cour du château , laissant quelques soldats autour de Bélisaire , et pénètrent avec des cris terribles jusqu'à la salle du festin 5 Bessas pâlit, se trouble, s'épouvante 5 et comme lui tousses convives sont frappés d'un mortel effroi. Au lieu de se mettre en défense 9 ils tombent à genoux et demandent la vie. On les saisit, on les fait traîner dans le lieu oùétoit Bélisaire. Bessas , à la clarté des flambeaux, voit à cheval un vieillard aveugle 5 il le reconnoît , il lui tend les bras , i! lui crie grâce et pitié. Le vieillard attendri conjure les Bulgares de l'épargner lui et les siens. Point de grâce pour les méchans, lui répondit le chef : ce fut le signal du carnage : Bessas et ses convives furent tous égorgés. Aussitôt se faisant amener leurs valets, qui croyoient aile}: au supplice s Vivez , leu£ dit le même , et venez nous Wvir, car c'est nous qui sommes vos maîtres. Alors la troupe se mit à table, et

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fit asseoir Bélisaire à la place de Bessas Bélisaire ne cessoit d'admirer les révolutions de la fortune. Mais ce qui venoit d'arriver l'affligeoit. Compagnons , dit-il aux Bulgares, vous me donnez un cliagrin mortel en faisant couler autour de moi lé sang de mes compatriotes. Bessas étoit un avare inhumain : je l'ai vu dans Rome affamer le peuple , et vendre le pain au poids de l'or ? sans pitié pour les malheureux qui n'avoient pas de quoi payer leur vie. Le ciel l'a puni ; je ne le plains que d'avoir mérité son sort; Mais ce carnage, fait en mon nom, est une* tache pour ma gloire. Ou faites-moi mourir, ou daignez me promettre que rien de pareil n'arrivera tant que je serai parmi vous. Ils lui promirent de se horner au soin de leur propre défense ; mais le château de Bessas fut pillé 5 et après y avoir passé la nuit, les Bulgares, chargés de butin, se mirent en marche avec Bélisaire.

Leur général , comblé de joie de le voir arriver dans son camp , vint au devant de lui 'j et le recevant dans ses bras : Viens ^ mon père lui dit-il 1 viens voir si c'est

chapitre, in: 35 }&ous qui sommes les barbares. Tout t'abandonne dans ta patrie 5 mais tu trouveras parmi nous des amis et des vengeurs. En disant ces mots, il le conduisit par la main, dans sa tante, l'invita à s'y reposer , et ordonna qu'autour de lui tout respectât sort sommeil. Le soir, après un souper splen-* dide, où le nom de Bélisaire fut célébré par tous les cliefs du camp barbare , le roi s'é^ tant enfermé avec lui : Je n'ai pas besoin , lui dit-il v de te faire sentir l'atrocité de l'injure que tu as reçue. Le crime est horri*> Lie 5 le châtimeut doit l'être. C'est sous les ruines du trône et du palais de votre vieux tyran, sous les débris de sa ville embrasée^ qu'il faut l'ensevelir avec tous ses complices. Sois mon guide, apprends-moi, magnanime vieillard, à les vaincre et à te ven^ger. Ils ne t'ont pas ôté la lumière de l'ame, les yeux de la sagesse 5 tu sais les moyens de les surprendre et de les forcer dans leurs murs. Reculons au-delà des mers les bornes de leur empire 5 et si , dans celui que nous allons, fonder, c'est peu pour toi du second rang, partage avec moi , j'y consens ^tous

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les honneurs du rang suprême ; et que le tyran de Bysance , avant d'expirer sous nos Coups, t'y voie encore entrer une fois sur uit char de triomphe. Vous voulez donc , lui répondit Béiisaire après un silence , qu'il ait eu raison de me faire crever les yeux ? Il y a long-temps, seigneur , que Béiisaire a refusé des couronnes. Carthage et l'Italie m'en ont offert. J'étois dans l'âge de l'amtitionj je me voyois déjà persécuté 5 je n'en restai pas moins fidèle à mon prince et à ma patrie. Le même devoir qui me lioit subsiste, et rien n'a pu m'en dégager. En donnant ma foi à l'empereur, j^espérois tien qu'il seroit juste ; mais je ne me réservai , s'il ne l'étoit pas , ni le droit de me défendre , ni celui de me venger. N'atten^ dez de moi contre lui ni révolte ni trahison. Et que vous serviroit de me rendre parjure? De quel secours vous seroit un vieillard privé de la lumière , et dont l'ame même a perdu sa force et son activité ? Votre entreprise est au-dessus de moi 5 peut-être au-dessus de vous-même. Dans le relâchement des reports dô l'empire ?

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