CHAPITRE II ï. Zf
il vous paroft foible 5 il n'est que languis^ sant ; et pour le relever , pour ranimer ses forces , il seroit peut-être à souhaiter pour, lui qu'on entreprît ce que vous méditez» Cette ville , que vous croyez facile à surprendre , est pleine d'un peuple aguerri 5 et quels hommes encore il auroit à sa tête 1 Si le vieux Bélisaire est au rang des morts> Narsès est vivant 5 Narsès a pour rivaux de gloire M un dus , Hermès , Salomon , efe tant d'autres qui ne respirent que les combats. Non, croyez-moi, n'attendez que du temps la ruine de cet empire. Vous y ferez; quelques ravages } mais c'est la guerre des brigands $ et votre ame est digne de con~ cevoir une ambition plus noble et plus juste. Justinien ne demande plus que des alliés et des amis ; il n'est point de rois que ces titres ne doivent honorer, et il dépend de vous.... Non , reprit le Bulgare , je ne serai jamais l'ami ni l'allié d'un homme qui te doit tout et qui t'a fait crever les yeux* Veux-tu régner avec moi ^ être l'ame de mes conseils et le génie de mes armées ? Voilà de quoi il s'agit entre nous. Ma vie
et en vos mains , dit Bélisaire 5 mais rieft ne peut me détacher de mon souverain lé-» gitime$ et si, dans l'état où je suis, je $>ouvois lui être utile , fût-ce contre vousmême , il seroit aussi sur de moi que dan» le temps de mes prospérités. Voilà un& étrange vertu , dit le Bulgare ! Malheur aïs peuple- à qui elle paroît étrange r dit Bélisaire ! Et ne voyez- vous pas qu'elle est le fondement de toute discipline 5 que nul Iiomme 5 dans un état , n'est juge et vengeur de lui-même 5 et que si chacun se rendoit arbitre dans sa propre cause , il y auroit autant de rebelles qu'il y auroit de^ mécontens ? Vous qui m'invitez à punir mon souverain d'avoir été injuste, donneriez-vous à vos soldats le droit que vous ni'atlribue?. ? Le leur donner , dit le Bulgare ! Ils l'ont sans que je le leur donne j mais c'est la crainte qui les retient . Et nousr seigneur, c'est la vertu, dit Bélisaire 5 et tel est l'avantage des moeurs d'un peuple civilisé sur les mœurs d'un peuple qui ne l'est pas. Je vais vous parler avec la franchisa 4' un homme qui n'espère et qui ne craint
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plus rien. A quels sujets commandez-vous? Leur seule ressource est la guerre 5 et cette guerre , où ils sont nourris , leur fait négliger tous les Liens de la paix , abandonner toutes les richesses du travail et de l'industrie , fouler aux pieds toutes les lois de la nature et de l'équité , et chercher dans la destruction une subsistance incertaine.
Pensez avec effroi, seigneur, que, pour ravager nos campagnes , il faut laisser les vôtres sans laboureurs et sans moissons 5 que , pour nourrir une portion de l'humanité, il faut en égorger une autre; et que votre peuple lui-même arrose de son sang les pays qn'il vient désoler. Hé quoi ! la guerre, dit Je Bulgare , n'est-elle pas chez vous la même? Non, dit Bélisaire, et le tut de nos armes , c'est la paix après la victoire , et la félicité pour gage de la paix. Il est aisé, dit le Bulgare , d'être généreux quand on est le plus fort. N'en parlons plus. J'honore en toi , illustre et malheureux vieillard , cette fidélité di^ne d'un autre prix. Repose près de moi cette nuit dans ma tente. Tu diras demain où tu ve.ux
queje te fasse remmener. Oùl'on m'a pris , dit Bélisaire ; et il dormit tranquillement.
Le lendemain le roi des Bulgares , en prenant congé du héros , voulut le combler de présens. C'est la dépouille de ma patrie que vous m'offrez , lui dit Bélisaire : vous rougiriez pour moi de m'en voir revêtu. Il n'accepta que de quoi se nourrir lui et son guide sur la route , et la même escorte le remit où elle l'avoit rencontré.