CHAPITRE PREMIER
Dans la vieillesse de Justinien, l'Empire, épuisé par de longs efforts, approchoit de sa décadence. Toutes les parties de l'administration étoient négligées : les lois étoient en oubli , les finances au pillage , la discipline militaire à l'abandon. L'empereur y lassé de la guerre , achetoit de tous côtés la paix au prix de l'or, etlajssoit dans l'inaction le peu de troupes qui lui restoient , comme inutiles et à charge à l'État Les chefs de ces troupes délaissées se dissipoient dans les plaisirs 5 et la châsse, qui leur retraçoit la guerre , charmoit l'ennui de leur oisiveté.
Un soir, après cet exercice, quelques 11ns d'entre eux soupoient ensemble dans
ï4 béliSaihe, tin château de la Tlirace , lorsqu'on vin* îeur dire qu'un vieillard aveugle , conduit par un enfant, demandoit l'hospitalité. La jeunesse est compatissante; ils firent entrer le vieillard. On étoit en automne; et le froid, qui déjà se faisoit sentir, l'avoit saisi : on le fit asseoir près du feu.
Le souper continue 5 les esprits s'animent; on commence à parler des malheurs de l'État. Ce fut un champ vaste pour la censure ; et la vanité mécontente se donna toute liberté. Chacun exagéroit ce qu'il avoit fait, et ce qu'il auroit fait encore, si l'on n'eût pas mis en oubli ses services et ses talens. Tous les malheurs de l'Empire venoient , à les en croire , de ce qu'on n'avoit pas su employer des hommes comme eux. Ils gouvernoient le monde en buvant, et chaque nouvelle coupe de vin rendoit leurs vues plus infaillibles.
Le vieillard, assis au coin du feu, les écoutoit et sourioit avec pitié. L'un d'eux s'en aperçut , et lui dit : Bon homme , vous avez l'air de trouver plaisant ce que ïious disons là? Plaisant 1 non , dit ie vieilw