CHAPITRE I. ifr
lard , mais un peu léger , comme il est naturel à votre âge. Cette réponse les interdit. Yous croyez avoir à vous plaindre, poursuivit-il , et je crois , comme vous , qu'on a tort de vous négliger 5 mais c'est le plus petit mal du monde. Plaignez-vous de ce que l'Empire n'a plus sa force et sa splendeur , de ce qu'un prince consume de soins , de veilles et d'années , est obligé , pourvoir et pour agir , d'employer des yeux et des mains infidèles. Mais dans cette calamité générale , c'est bien la peine dépenser à vous ! Dans votre temps, reprit l'an des convives, cen'étoit donc pas l'usage de pen-* ser à soi? Hé bien, la mode en est venue, et l'on ne fait plus cela. Tant pis , dit le vieillard , et s'il en est ainsi , en vous négligeant on vous rend justice. Est-ce pour insulter les gens , lui dit le même , qu'on leur demande l'hospitalité? Je ne vous insuit© point, dit le vieillard 5 je vous parle en ami, et je paye mon asile en vous disant la vérité.
Le jeune Tibère 3 qui depuis fut un empereur vertueux , étoit du! nombre des chasseurs. Il fut frapjpé de l'air vénérable de cet
i6 b élis aire,
aveugle à cheveux blancs. Vdus nous parlez , lui dit -il, avec sagesse, mais avec un peu de rigueur 5 et ce dévouement que vous exigea est une vertu , mais non pas un deroir. C'est un devoir de votre état , repiifc l'aveugle avec fermeté, ou plutôt c'est la base de vos devoirs et de toute vertu militaire. Celui qui se dévoue pour sa patrie doit la supposer insolvable ; car ce qu'il expose pour elle est sans prix. Il doit même s'attendre à la trouver ingrate 5 car si le sacrifice qu'il lui fait n'était pas généreux , il seroit insensé. Il n'y a que l'amour de la gloire, l'enthousiasme de la vertu qui soient dignes de vous conduire. Et alors , que vous importe comment vos services seront reçus? La récompense en est indépendante des caprices d'un ministre et du discernement d'un souverain. Que le soldat soit attiré par le vil appât du butin ; qu'il s'expose à mourir pour avoir de quoi vivre ; je le conçois. Mais vous qui , nés dans l'abondance , n'avez qu'à vivre pour jouir 5 en renonçant' aux délices d'une molle oisiveté , pour aller essuyer tant de fatigues et affronter tant ce