CHAPITRE V
faisoit autant, tout le monde seroît tranquille.
Ah ! le complot est formé , dit-elle, et Bélisaire est perdu. Plus loin elle rencontra un homme qui lui devoit sa fortune , et qui la veille lui étoit tout dévoué. Elle veut lui parler 5 mais , sans daigner l'entendre : Je sais vos malheurs , lui dit-il , et j'ensuis désolé} mais, pardon : j'ai une grâce à solliciter 5 je n'ai pas un moment à perdre. Adieu, madame, personne au.
monde ne vous est plus attaché que moi. Elle alla retrouver sa fille 5 et une heure après on lui annonça qu'il falloit sortir de la ville , et se rendre à ce vieux château qui fut marqué pour leur exil.
La vue de ce château solitaire et ruiné 7 où Antonine se voyoit comme ensevelie , acheva de la désoler. Elle y tomba malade en arrivant; et l'ame sensible d'Eudoxe fut déchirée entre un père accusé , détenu dans les fers , livré en proie à ses ennemis, et une mère dont la vie , empoisonnée pai? le chagrin , n'aunonçoit plus qu'une mort lente. Les jours , les plus beaux jours de
cette aimable fille étoient remplis par les tendres soins qu'elle rendoit à sa mère ; ses nuits se passoient dans les larmes 5 et les momens que la nature en dëroboit à la douleur , pour les donner au sommeil , étoient troublés par d'effroyables songes. L'image de son père au fond d'un caebot , courbé sous le poids de sez fers , la poursuivoit sans cesse 5 et les funestes pressentimens de sa mère redcnbl oient encore sa frayeur.
La eonnoissance profonde et terribl© qu'An tonine avoit de la cour lui faisoit voir la haine et la rage déchaînées contre son épous. Quel triomphe, disoit-elle, pour tous ces lâches envieux, que, depuis tant d'années, le bonheur d'un homme vertueux humilie et tourmente ; quel triomphe pour eux de le voir accablé ! Je me peins le sourire delà malignité , l'air mystérieux de la calomnie , qui feint de ne pas dire tout ce qu'elle sait , et semble vouloir ménager l'infortuné qu'elle assassine. Ces vils flatteurs , ces complaisans si bas 5 je les vois tous, je les entends insulter à notre ruine. O ma fille î dans ton malheur tu as du