CHAPITRE T
ma mère, oublions nos peines! Le cîeî nous aime 5 il nous réunit.
Me rendez -vous la vie? demanda Antonine à Tibère. Est-il bien vrai que mon <époux triomphe de ses ennemis? Le jeune homme , pénétré de douleur de n'avoir à leur donner qu'une fausse joie , répondit qu'en effet Bélisaire étoit libre , qu'il l'avoit vu , qu'il lui avoit parlé 5 et que le croyant rendu auprès de sa famille , il venoit lui offrir les services d'un bon voisin.
Eudoxe , qui avoit les yeux attachés sur Tibère , fut frappée de l'air de tristesse qu'il tâchoitde dissimuler. Vous portez , lui ditelle, dans notre exil la plus douce consolation ; et loin de jouir du bien que vous nous faites , vous semblez renfermer quelque chagrin profond ! Est-ce notre misère qui vous afflige ? Àh ! que mon père arrive , qu'il rende la santé à cette moitié de luimême y et vous verrez si l'on a besoin de richesses pour être heureux.
La nature dans ces momens est si touchante par elle - même , qu'Euxode n'eut besoin que de ses sentimens pour attendrir
et pour charmer Tibère. Il ne vit point si elle étoit belle } il ne vit qu'une fille vertueuse et tendre, que son courage , sa piété, son amour pour son père élevoit au-dessus du malheur. Ne prenez point , madame > lui dit-il , ce sentiment que je ne puis cacher ? pour une pitié offensante. Dans quelque état que Bélisaire et sa famille soient réduits , leur infortune même sera digne d'envie, Que parlez-vous d'infortune , reprit la mère ? Si on a rendu à mon époux la liberté , on a reconnu son innocence 5 il iaut donc qu'il soit rétabli dans ses hon~ neurs et dans ses biens.
Madame , lui dit Tibère , ce seroit vous préparer une surprise trop cruelle que dô vous flatter sur sa situation. Il n'a dû sa délivrance qu'à l'amour du peuple. C'est à la crainte d'un soulèvement qu'on a cédé ; mais en y cédant , on a renvoyé Bélisaire aussi malheureux qu'il étoit possible.
N'importe , ma mère, il est vivant , reprit la sensible Eudoxe 5 et pourvu qu'on nous laisse ici un peu de terre à cultiver f sous ne serons pas plus à plaindre que toa^