CHAPITRE V
affreux prévalut : ce fut l'arrêt de Bélisaire 9 Dès que le peuple le vit sortir de sa prison les yeux crevés , ce ne fut qu'un cri de douleur et de rage. Mais Bélisaire l'apaisa. Mes enfans , leur dit-il , l'empereur a été trompé : tout homme est sujet à l'être : il faut le plaindre et le servir. Mon innocence est le seul Lien qui me reste 5 laissez-lamoi. Votre révolte ne me rendra point ce que j'ai perdu : elle m'ôteroit ce qui me console de cette perte. Ces mots calmèrent les esprits. Le peuple offrit à Bélisaire tout ce qu'il possédoit 5 Bélisaire lui rendit grâce. Donnez-moi seulement, dit-il, un de vos enfans , pour me conduire où ma famille m'attend. #
Son aventure avec les Bulgares l'ayant détourné de sa route , Tibère l'avoit devancé. Le bruit d'un char dans la cour du château avoit fait tressaillir Anton ine et Eudoxe : celle-ci avoit accouru , le cœur saisi et palpitant 5 mais, hélas! au lieu de son père , ne voyant qu'un jeune inconnu, elle retourne vers sa mère. Ce n'est pas lui dit- elle en soupirant.
58 BÉLISAIIIE,
Un vieux domestique de la maison , appelé Anselme , ayant abordé Tibère , Tibère lui demande si ce n'est point là que Bélisaire est retiré. C'est ici que sa femme et sa fille l'attendent , répondit le fidèle Anselme 5 mais leur espérance est tous les jours trompée. Eh! plût au ciel moi-même être à sa place , et le savoir en liberté! Il est en liberté , lui dit Tibère ; il vient 5 vous l' allez bientôt voir ; il devroit même être arrivé. — Ah ! venez donc, venez donner cette bonne nouvelle à sa famille. Je vais vous annoncer. Madame ? s'écria-t-il en courant vers Antonine, réjouissez- vous.
Mon bon maître est vivant 5 il est libre 5 il vous est rendu. Un jeune homme est là qui l'assure , et qui croyoit le trouver ici. A ces mots , toutes les forces d' Antonine se ranimèrent. Où est-il cet étranger , ce mortel généreux qui s'intéresse à nos malheurs? Qu'il vienne, ak ! qu'il vienne, dit-elle 5 non , plus de malheurs , s'écria Eudoxe en se jetant sur le lit de sa mère et en la près* sant dans ses bras. Mou père est vivant 5 il est en liberté j nous l'allons revoir. Ah !