‹ BélisaireChapitre 37 sur 116 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

B élis aire se promenoit avec son guide sur la route. Dès que l'empereur l'aperçut, il descendit de son char \ et en l'ahordant : Vous nous trouvez plongés , lui dit-il, dans de sérieuses réflexions. Frappé de l'injustice que l'on a fait commettre #u malheureux vieillard qui vous a condamné , je méditois avec mon fils sur les dangers du raug suprême , et je lui disois qu'il étoit bien étmnge qu'une multitude d'hommes libres eût jamais pu s'accorder à remettre son sort dans les mains d'un seul homme , d'un homme foille et fragile comme eux , faciie à surprendre, su- Jet à se tromper, et en qui l'erreur d'un moment pou voit devenir si funeste! Et croyez-vous , dit Bélisaire , qu'un sénat , qu'un peuple assemblé soit plus juste et plus infaillible ? Est-ce sous le règne d'un

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seul que les Camille , les Thémistocle, les Aristide ont été proscrits ? Multiplier les ressorts du gouvernement , c'est en multiplier les vices , car chacun y apporte les siens Ce n'est donc pas sans raison qu'on a préféré le plus simple $ et soit que les états aient été conquis ou fondés 5 qu'iÔ aient mis leur espoir dans la bonté des lois , ou dans la force des armes , il est naturel que l'homme le plus sage , le plus vaillant , le plus habile ait obtenu la confiance , et réuni les vœux du plus grand nombre. Ce qui m'étonne,, ce n'est donc pas qu'une multitude assemblée ait voulu confier à un seul le soin de commander à tous 5 mais qu'un seul ait jamais voulu se charger de ce soin pénible. Voilà, lui dit Tibère, ce que je n'entends pas. Pour l'entendre, dit le vieillard , mettez-vous à la place et du peuple et du prince dans cette première élection.

Que risquons - nous , a dû se dire un peuple , que risquons -nous en nous donnant un roi ? Du bien de tous nous faisons le sien 5 des forces .de l'état nous faisons

ses forces ; nous attachons sa gloire à nos prospérités 5 comme souverain , il n'existera qu'avec nous et par nous 5 il n'a donc qu'à s'aimer pour aimer ses peuples ? et qu'à sentir ses intérêts pour être juste et bienfaisant. Telle a été leur bonne foi» Ils n'ont pas calculé , dit Justinien , les passions et les erreurs qui assiégeroient l'ame d'un prince. Ils n'ont vu , reprit Bélisaire , que l'indivisible unité d'intérêt entre le monarque et la nation : ils ont regardé comme impossible que l'un fût jamais de plein gré et de sang froid l'ennemi de l'autre. La tyrannie leur a paru une espèce de suicide , qui ne pouvoit être que l'effet du délire et de l'égarement 5 et au cas qu'un prince fût frappé de ce dangereux vertige , ils se sont munis de la volonté réfléchie et sage du législateur , pour l'opposer à la volonté aveugle et passionnée de l'homme ennemi de luimême. Ils ont bien prévu qu'ils auroient à craindre une foule de gens intéressés au mal 5 mais ils n'ont pas douté que cette ligue , qui ne fait jamais que le petit nom-*

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