‹ BélisaireChapitre 38 sur 116 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

tre , ne fut aisément réprimée par l'imposante multitude de gens intéressés au lien, à la tête desquels seroit toujours le prince. Et en effet , avant l'épreuve , qui jamais auroit pu prévoir qu'il y auroit des souverains assez insensés pour faire divorce avec leur peuple , et cause commune avec ses ennemis? C'est un renversement si inconcevable de la nature et de la raison , qu'il faut l'avoir vu pour le croire. Pour moi , je trouve tout simple qu'on ne s'y soit pas attendu.

Mais à qui l'élection d'un seul, pour dominer sur tous , a dû inspirer de la crainte , c'est à celui qu'on avoit élu. Un père de famille , qui a cinq ou six enfans à élever, à établir , à rendre heureux dans leur état , a tant de peine à dormir tranquille ! Que sera-ce du chef d'une famille qui se compte par millions ?

Je m'engage , a-t-il dû se dire, à ne vivre que pour mon peuple , j'immole mon repos à sa tranquillité 5 je fais vœu de ne lui donner que les lois utiles et justes , de EVoir plus de volonté qui ne soit con-

forme à ces lois. Plus il me rend puissant, moins il me laisse libre. Plus il se livre à moi , plus il m'attache à lui. Je lui dois compte de mes foiblesses 9 de mes passions , de mes erreurs ; je lui donne des droits sur tout ce que je suis : enfin je renonce à moi-même ? dès que je consens à régner 5 et l'homme privé s'anéantit ? pour céder au roi son ame toute entière. Connoissez - vous de dévouement plus généreux , plus absolu ? Voilà pourtant comme pensoient un Antonin , un Marc-Aurèle.

Je ri W -plus rien en propre , disoit l'un 5 jnon palais même n'est pas à moi, disoit l'autre 5 et leurs pareils ont pensé comme eux.

La vanité du vulgaire ne voit dans le suprême rang que les petites jouissances qui la flatteroient , et qui lui font envie , despalais y une cour , des hommages , et cette pompe qu'on a cru devoir attacher à Pau* torité ? pour la rendre plus imposante» Mais , au milieu de tout cela , il ne restele plus souvent que l'homme accablé de soins et consumé d'inquiétude } victime d*

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