‹ BélisaireChapitre 89 sur 116 · CHAPITRE XIII. iç · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. iç

c'est que Testime publique étoit attachée aux mœurs honnêtes , la vénération aux mœurs vertueuses , la gloire aux mœurs héroïques. Tels ont été , dans tous les temps , les grands ressorts du cœur humain.

Je sais qu'une longue habitude, et surtout celle de la tyrannie , ne cède pas sans résistance aux motifs mêmes les plus forts. Mais , pour un homme injuste et violent, qui se roidiroit contre la crainte du blâme, de la disgrâce et du mépris , il y en a mille à qui ce frein, joint à l'aiguillon de la gloire, fer oit suivre le droit sentier de l'honneur et de la vertu. Je poursuis donc , et je suppose d'honnêtes gens à la tête des peuples. Dès-lors je réponds sur ma vie de l'obéissance , de la fidélité , du zèle de cette multitude d'hommes , qu'on n'opprimera plus, qu'on ne vexera plus, et dont les jours, la liberté, les biens seront protégés par les lois. Dès-lors l'empire se relève , ses membres épars se réunissent , le plan de Constantin , élevé sur le sable , acquiert des fondemens solides ; et du sein

iy6 bélisàire,

de la félicité publique je vois renaître le courage , l'émulation , la force , l'esprit patriotique , et avec lui cet ascendant que Rome avoit sur l'univers.

Tandis que Béiisaire parloit ainsi , Justinien admiroit en silence l'enthousiasme de ce vieillard , qui , oubliant son âge, sa misère , et le cruel état où il étoit réduit, triomplioit à la seule idée de rendre sa patrie heureuse et florissante. Il est beau , lui dit- il 5 de prendre un intérêt si vif à des ingrats. Mes amis, Içur dit le héros, le plus heureux jour de ma vie seroit celui où l'on me diroit : Béiisaire, on va l'ouvrir les veines , et pour prix de ton sang > tes souhaits seront accomplis.

A ces mots , son aimable fille , Eudoxe, vint l'avertir que son souper l'attendoit. 11 rentra j il se mit à table : Eudoxe , avec une grâce mêlée de modestie et de noblesse, lui servit un plat de légumes , et prit place à coté de lui. Quoi ! c'est là votre souper? dit l'empereur avec confusion.

Vraiment, dit Béiisaire , c'étoit le souper de Fabrice . et Fabrice me valolt bien»

Page 1