‹ BélisaireChapitre 88 sur 116 · CHAPITRE XIII. iç · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII. iç

accoutume son ame à s'élancer hors d'ellemême pour recueillir les suffrages de son siècle et de l'avenir : que sa renommée et sa mémoire soient pour lui , après la vertu, le plus précieux de tous les biens ; que le soin de cette existence morale lui rende l'honneur plus cher que la vie , et la honte plus effrayante, plus horrible que le néant 5 on verra combien les inclinations basses auront peu d'empire sur lui. Eh! mes aniisj qu'étoient les Décius , les Régulus et les Caton , sinon des hommes dont l ame exaltée vivoit de gloire et de vertu? Biais cette institution demande des encouragemens réels. On auroit beau prescrire aux pères de famille d'élever leurs enfans à la vertu j si la vertu languissoit oubliée , et si le vice , honoré seul , avoit le droit de l'insulter. Il faut donc , pour rétablir l'ordre^ attacher le bien au bien , le mal au mal ? l'utile au juste et à l'honnête. Cet ordre rétabli , vous prévoyez sans peine comme les mœurs seconderoient les lois , et comme l'opinion soulageroit la force. Les espérances et les craintes ? les récompenses et

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les peines, les jouissances et les privations s* voilà les poids que la politique doit savoir mettre à propos dans la balance de la liberté 5 avec cela elle est sûre de régir à son gré le monde.

Mais je m'en tiens à ce qui nous occupe. Les mœurs fastueuses des grands les rendent avides et injustes 5 des mœurs plus simples les rendroient modérés , humains , généreux 5 et le plus grand intérêt du vice ayant passé à la vertu , le même penchant qui les portoit vers l'un les ramèneroit tous vers F autre.

Voilà un beau songe , dit Justinien ! Ce n'en est pas un , dit Bélisaire , que de prétendre mener les hommes par l' amour-propre et l'intérêt. Rappelez -vous comment s'étoit formé dans la république naissante , ce sénat où tant de vertu, où tant d'héroïsme éclatoit. C'est qu'il n'y avoit alors dans Rome rien au-dessus d'une grande ame

(1) Dum nullum Justiâiretur genus in quo enïleret virtus , crevit imperium Romaiium* Tit. Liv. L. 4.

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