CHAPITRE XIV
Je ne vis plus qu'auprès de lui , dit l'empereur à Tibère, le lendemain en allant revoir le héros : le calme et la sérénité de son ame se communiquent à la mienne 5 mais sitôt que je m'en éloigne , ces nuages qu'il a dissipés se rassemblent , et tout s'obscurcit de nouveau. Hier je croyois voir dans son plan le tableau de la félicité publique 5 à présent ce n'est à mes yeux qu'un amas de difficultés. Le moyen, par exemple , qu'avec ks frais immenses dont
cet empire est chargé , on puisse soulager les peuples ! Le moyen de renouveler des armées que vingt ans de guerre ont anéanties , et de réduire les impôts à un tribut simple et léger ! Il a tout prévu , dit Tilère, et il aura tout aplani. Proposez -lui vos réflexions. Ce fut par-là qu'ils débutèrent.
Je savois bien, dit le vieillard, après les avoir entendus, que je vous laisserois des doutes 5 mais j'espère les dissiper.
Les dépenses de la cour sont réduites : nous en avons banni le luxe et la faveur. Passons à la ville , et dites-moi pourquoi un peuple oisif et innombrable est à la charge de l'état? Le blé qu'on lui distribue ( 1 )nourriroit vingt légions. C'est pour peupler sa ville et pour imiter Rome que
(1) Quatre mille boisseaux par jour. Le boisseau , modiuSj d'un pied carré, surquatrepouces de hauteur. Le pied romain de dix de nos pouces. Le soldat n'ayant que cinq boisseaux par mois , ou le sixième d'un boisseau par jour, quarante mille boisseaux dévoient nourrir deux cent quarante mille hommes.