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Bélisama ou L'occultisme celtique

Mes ouvrages ne sont pas faits pour une seule lecture ; il faut les relire et les méditer,

Ballanche.

L’origine de la plupart des peuples estentourée de mystères, mais aucun peuple n’a une origine plus obscure que celui des Celtes, qui furent les premiers habitants de l’Europe occidentale ; en outre les Celtes constituent non seulement un peuple, mais encore une Race.

L’absence de documents originaux, l’insuffisance d’auteurs anciens, jointe à la main des hommes, qui ont détruit les débris des traditions et des anti¬

ques coutumes des nations Celtiques, tout cela a

bélisama ou l’occultisme CEL1,

jeté un voile obscur sur la vie de la Race celtique. Aussi quand l’idée de tenter un Essai de Restauration de r Occultisme Celtique nous traversa l’esprit, notre première impression fut que lachose paraissait bien difficile sinon impossible, d’autant que nous savions qu’il fallait diriger nos recherches du côté de l’Irlande principalement, or nous savions aussi fort bien que les moines irlandais, armés de torches incendiaires, avaient iirûlé plus de dix mille manuscrits en caractères runiques (écrits sur des écorces de bouleaux), lesquels manuscrits renfermaient la tradition de la Race celtique , peut-être autoctkone de notre Continent, comme nous le verrons dans le courant de cette Etude.

C était donc là une riche mine détruite pour nos travaux !...

Mais nous étions depuis longtemps familiarisé avec le Vandalisme pieux !...

En effet, quand il nous avait fallu reconstituer F Occultisme Egyptien (i), nous avions dû compter avec l’incendie de la riche Bibliothèque d’Alexandrie ; quand plus tard nous avons voulu étudier 1’ Occultisme Hindou (2) nous avons eu à déplorer le même Vandalisme, qui avait détruit quantité de

1. Cf. Isis Dévoilée ou YEgyptologie sacrée , un vol. in-18, 2e édition. Librairie du XXe Siècle.

Cet ouvrage est une véritable Encyclopédie de la religion, des usages, mœurs et coutumes des anciens égyptiens.

2. Cf. Addha-Nari ou V Occultisme dans l'Inde antique, un vol. in-18, illustré. Paris, même éditeur.

i ÎIKLISAMA 00 l’oCCULTISME CELTIQUE

manuscrits anciens en Sanskrit, en tamoul, en Canari, en Devanagari ou autres langues ou dialectes (t) de l’Orient.

Nous étions donc déjà aguerri pour traiter des sujets très difficultueux en nous passant de quantité de documents précieux, qui auraient singulièrement facilité notre tâche.

C’est cet entraînement à étudier les questions les plus ardues, les matières les plus délicates et les plus difficiles avec de faibles secours, qui nous a donné le courage, l’énergie et disons-le, la hardiesse de traiter (a thèse, difficile et délicate entre toutes, qui faisait l’objet de nos désirs et de la présente étude.

Quel plus beau sujet, pour nous en effet, que de parfaire la trilogie de nos rêves, c'est-à-dire d’exposer à des lecteurs amis, l’occultisme chez, trois grands peuples de l’antiquité :

L’ Occultisme Egyptien :

L'Occultisme Hindou;

L' Occultisme Celtique.

Cette trilogie est aujourd’hui un fait accompli, par la mise au jour de cette nouvelle Œuvre.

Mais que de difficultés il nous a fallu vaincre pour la mener à bonne fin!... Surtout que les documents écrits nous faisaient presque entièrement défaut.

Mais si nous ne pouvions puiser du côté des ma-

1. Il y a dans l’Inde plus de 2sO langues ou dialectes différents.

nuscrits runiques irlandais, il nous restait les us et coutumesanciens de l’Irlande, son Folklore ou Traditions Populaires; nous avions ensuite F Ecosse (l), que sa position éloignée, isolée et septentrionale avait mise à l’abri des invasions étrangères et des bouleversements ; enfin, l’Orient avec ses mines inépuisables ; car si la Race Celtique n’était pas originaire de cette contrée, elle y avait certainement vécu en partie du moins.

Nous étions très assurés que l’Irlande devait nous fournir des documents, mais nous n’aurions pas été fâché de voir le fait confirmé par 'un homme compétent ; aussi nous sommes-nous adressé à un officier supérieur, un Breton bretonnant, au commandant Dufilhol.

Cet ami, mort il y a déjà bien des années, était très versé dans les choses celtiques, nous lui avons écrit en 1895 et voici ce qu’il nous répondit d’ A real 14 novembre 1895 ; nous donnons cette lettre parce qu'elle apprendra au lecteur des choses intéressantes et confirmera ce que nous venons de dire :

« Cher Ami,

« L’œuvre que vous entreprenez est réellement très ardue, les Druides, en Gaule surtout n’ayant rien écrit, pas même sur les choses profanes.

1. Nous avons trouvé des documents dans de riches bibliothèques d’Edimbourg, qui nous avaient été ouvertes sur la recommandation de notre ami A. Furby, professeur

RKUSAMA OU L OCGULT1 SM R CELTIQUE

(( Que l’Occultisme celto-gaulois soit comme fond le même que celui de l’Inde, pas de doute là-dessus, mais quelles différences de forme résultant de l’ambiance !...

« Pline, Tacite, César, Justin, Pomponius Mêla, Ammien Marcellin, Lucain, Tertulien (d’après Nicanter) Strabon, Diodore de Sicile, Cicéron luimême, avec son Druide PEduen Divitiac, ne nous apprennent sur ce sujet, rien de saillant, d’original, ni de certain. Ils font des Druides des sortes de Nécromans, de sorciers, de devins, de magiciens et s’étudient, on dirait, à ne les distinguer en rien, de la tourbe de leurs confrères, qui pullulent dans les diverses provinces de l’Empire : exemple cette Druidesse (?) tenant une auberge à Tongres, laquelle prédit à Dioclétien sa future élévation au rang de César. Une Druidesse, fille de brasserie ! ! C’est un comble, ces Romains ne respectaient rien.

«En ce qui concerne les Druides, je partage absolument votre avis qu’ils aient eu leur ésotérisme très au-dessus du culte sanguinaire et grossier, c’est certain et que cet ésotérisme ait eu de profonds rapports avec l’Esotérisme Hindou, c’est là une hypothèse très plausible, vu l’origine de deux peuples, mais c’est encore une hypothèse.

« Le Mystère des Bardes imprimé à la fin du xvme siècle — en dépit de l’opinion d’Henri Martin —

de littérature française du prince de Galles aujourd’hui Edouard VII, roi d’Angleterre.

parait puisé à des sources diverses et peu sûres.

cc II y a bien la riche mine de la Légende Irlandaise antérieure au ve siècle, bien qu’écrite depuis — dont la haute valeur au point de vue purement celtique est incontestable. Le très peu qu’on en sait encore nous montre en Er-inn (Vile par excellence, l’Irlande) le File ou Voyant , supérieur au Druide, conseiller tout-puissant des rois, sorcier, magicien redouté, pratiquant divers procédés de Divination : b imbas- f or osnai (par le sommeil magique) ; le team loida , le Dichtal di-Chennail énaime (la médiumnité).

d Par le Briamon-Smethraige , le File avait le pouvoir de faire mourir celui dont il touchait l’oreille.

« Sa malédiction infligeait au maudit toutes sortes de maux. 11 savait évoquer les morts, les interroger, les prendre à témoins, etc., etc. A l’époque où l’Irlande, l’île de Bretagne et l’Armorique se tenaient par tant de liens, on peut sans invraisemblance admettre que l’Occultisme ne différait guère, l’un de Vautre au degré près.

« Sans remonter jusqu’aux Files dans le Tain bo Cualgne , le héros Cochulinn abat d’une main un arbre, le tord en anneau, y trace une inscription en caractères oghamiques. Partout le sortilège, la magie, le surhumain, chez les Druides, comme parmi les guerriers.

« A un autre point de vue, en ce qui concerne l’origine des dieux et des hommes, le rapport entre la Grèce (Hésiode) l’Inde et la doctrine celtique du

ftÉLïSAMA OU l/oCGüLTISME CELTIQUE

cycle mythologique irlandais est frappant; mais je m’aperçois que je me suis, presque sans m’en douter, laissé glisser hors des limites que vous avez choisies. C’est une pente si aisée à suivre, il paraît si difficile de ne rien demander à laTradition Irlandaise et Galloise, quand on traite de l’occultisme celto-gaulois; Scots, Gallois, Armoricains, ne sontils pas les trois rameaux d’une même race 1

La plus ancienne légende irlandaise nous montre la terre ferme émergeant peu à peu, par places, puis l’eau luttant pour envahir à nouveau, ce qu’elle appelle Tomadma.

Au commencement du ive siècle avant notre ère, ces invasions de l’Océan font perdre anx Celtes des peuplades entières. Le guerrier celte impassible devant ces cataclysmes, certain qu’il est que la mort lui ouvre une autre existence, continuation de celle qu’il menait sur la terre, revêt ses armes de guerre et entouré de sa femme et de ses enfants qui seuls se lamentent, menace et frappe l’implacable flot ou plutôt la légion d'esprits de l'onde, que le grand destructeur Cromm-Cruach a déchaînés !...

Cette tradition d’Erinn, ce sont les alignements de Kermarioetde Menee àCarnacen Morbihan, que vous avez dessinés pour votre Dictionnaire raisonné d’Architecture ce sont, dis-je, ces alignements qui me la remémorent, tant dans le passé des Celtes, tout se trouve lié !... Pour moi (et cette interprétation m’est personnelle) il m'est impossible de ne pas trouver un rapport immédiat entre les imposants monuments mégalithiques de Carnac et l’ir-

8 DKLÏSAMA Or l/oCCUETIS.ME CELTIQUE

ruption de l’océan : la Tomadma , à laquelle le golfe du Morbihan doit sa formation; tomadma qui engloutit les tribus riveraines dont Carnacest la Nécropole...

Breton, Bretonnant, né au Morbihan, bercé avec ses légendes, j’ai dans mon enfance écouté les récits merveilleux, au coin de l’âtre, sous le toit de chaume.

« J’ai connu des mendiants étranges, des fous errants, qui passaient pour sorciers ou possédés : ces types d’un autre âge se sont agités autour dé moi, jusqu'au seuil paternel. Chercheurs de trèfles à quatre feuilles à minuit, sous la pleine lune. Lutteurs (lorsque le prix de la lutte était si vivement disputé entre les champions des paroisses) dont quelques-uns passaient pour emprunter leur force aux animaux qu'ils mettaient en léthargie et triompher (par ce qu’on regardait comme un maléfice) de leurs adversaires...

« Des fées, des géants, de petits nains noirs, courils, Korrigans, etc., etc..., des âmes humaines qui reviennent pour se venger ou secourir ; de celles qui se montrent sous la forme animale, il y a à peine à en faire mention, tant le sujet est connu...

« Ici, on ne s’occupe guère plus de tout ce passé...

« Depuis cinquante ans, la Bretagne n est plus que l’ombre d’elle-même. Les étroites pratiques d’un catholicisme ignare et intolérant ont tout déprimé, aboli !. ..

BELISAMA OU l’oCCULTISME CELTIQUE

« Des derniers Celtes, bientôt, il ne restera que le souvenir.

« Cher ami, j’ai écrit d’abondance sur un sujet qui fait un peu partie de moi-même, et je crains bien de n’avoir répondu que bien peu à ce que vous attendiez de moi. La faute en remonte un peu jusqu’à vous qui m’avez offert le prétexte de rêver à ce qui n’est plus.

« Veuillez me pardonner et croire à mes sentiments de bien cordiale amitié.

« A. Dufilhol. »

Après cette interruption, que nous ne craignons pas de qualifier de très intéressante, si nous reprenons la suite de notre propre pensée, nous dirons que nous avons dirigé nos recherches non seulement du côté de l’Irlande et de l’Ecosse, mais aussi du côté de l’Orient et finalement, après de longues années d’études et de travaux laborieux, qui ont duré plus de vingt-cinq années, notre moisson a été assez riche pour nous permettre d’entreprendre et de présentsr aujourd’hui une Œuvre depuis longtemps, très longtemps promise :

BELISAMA ou I’Occultisme Celtique dans les Gaules .

— Qu’est-ce que Bélisama ou Bèlisana?

C’est une Divinité Celtique, la Vierge-Mère, qu’on retrouve dans toutes les Religions.

C’est une sorte de Minerve, que les Gaulois ou Celtes (c’est tout un, nous le prouverons ultérieurement) vénéraient comme Y Inventrice des arts .

BELISAMA OU l’oCCULTISME CELTIQUE

D’après les Archéologues et les Mythographes compétents, cette Divinité serait d’origine Syrio- Phénicienne (ce qui démontre sa haute Antiquité), et l’analogue du Dieu Syrien ou plutôt Phénicien Belsemen ou Balsamin , comme nous allons voir.

Si nous étudions l’étymologie du terme Bélisama, nous voyons tout d’abord que le corpus des inscriptions latines (1) mentionne dans plusieurs monuments épigraphiques, la Minerva Bélisama.

Or ce terme est absolument celtique, cela ne peut faire l’objet d’un doute, car si nous procédons par analogie, nous trouvons parmi de très anciens noms de lieux recueillis par le navigateur Pytheas (2) celui d’Uxisama (île d’Ouessant) (3), qui est .également celtique et rappelle tout à fait celui de Bélisama, peut-être d’origine phénicienne, comme nous venons de le voir.

Si cette hypothèse était admise (et elle est parfaitement admissible), Bélisama serait une forme féminine de Baal-Samin signifiant en Phénicien Roi des deux. Baal-Samin ou Samaïn est le BsEXaajjtfjv de Sanchoniaton, et, d’après cet auteur ne serait autre que le soleil, l’Ammon-Ba des Egyptiens, l’Agni des Persans, etc. (i). c’est ce même

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