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OSSIAN

A la tète des bardes célèbres se trouve Ossian, le plus ancien des bardes dont nous possédions les œuvres, mais dont l’origine ne remonte malheureusement qu’au 111e siècle de notre ère.

Ossian, le Harde écossais, a-t-il réellement existé?

Sans entrer dans de longues et interminables discussions et après avoir pris connaissance du Dossier de l'affaire, comme dirait un avocat, nous répondrons affirmativement :

« Oui, ce barde a existé, ce n’est point un

mythe. »

A-t-il produit tout ce qu’un auteur écossais, Macpherson, a voulu lui faire endosser, comme étant son œuvre personnelle, c est-à-direl œuvre d Ossian ?

Non, très certainement, non !

Macpherson a largement amplifié l’œuvre d’Os-

sian et a fait des remaniements et des changements dans les manuscrits originaux; ce qui le prouve, c’est que Macpherson, mis en demeure de publier les originaux bardiques et ayant reçu dans ce but une somme de 1.000 livres sterling (25.000 francs), a gardé cette somme sans emploi sa vie durant ; ce n’est qu’après sa mort qu’il chargea des exécuteurs testamentaires d’utiliser la somme produite par la souscription de ses compatriotes pour la publication des manuscrits Erses originaux.

Cette publication parut bien, mais malheureusement les manuscrits étaient écrits tout au long de la main meme de iMacpherson, qui avait traduit son œuvre anglaise en gaélique, de sorte qu’on n’a jamais su et qu’on ne pourra jamais savoir (à moins d’une découverte imprévue) quelle est la partie des œuvres d’Ossian qui lui appartient en propre.

Voici, du reste, au sujet de ce qui nous occupe, un jugement ou plutôt une critique très spirituelle d’un éminent littérateur français, de Yillemain, critique qui résume fort bien, suivant nous, ce long débat.

« On assure, dit Villemain, que des manuscrits légués par Macpherson renfermaient le véritable texte des poésies d’Ossian ; en effet, on les publia et, pour rendre la chose authentique, on mit en tête un portrait d’Ossian... Ossian offre bien toutes les conditions nécessaires à un successeur d’Homère^). Il est vieux, sa figure est grave, majes-

1. C’est ainsi que dans leur enthousiasme les Highlanders désignaient leur poète national.

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tueuse, inspirée ; de longs cheveux blancs couvrent sa tète. Enfin il paraît aveugle. Après cela demandera-t-on sur quel buste, sur quelle médaille contemporaine a-t-on modelé ce portrait? Je ne sais ce que les éditeurs peuvent répondre à cela. Toutefois, comme ils tenaient beaucoup à la véracité de leur publication, ils ont transmis à l'Institut de France l’exemplaire que je tiens et où se trouve une lettre manuscrite de sir John Sinclair (1) dans laquelle il insiste beaucoup sur la réalité, la parfaite authenticité de l’original gaélique... Malgré cela... je crois que l’on peut conserver de grands, de légitimes doutes sur l’authenticité des poèmes d’Ossian... » (2).

C est la bataille de Gabhra qui fait le fond du poème de Temora, œuvre des plus curieuses et des plus intéressantes.

Dans les poèmes d’Ossian, il est souvent question de boucliers en bronze ornés de bosses (3) qui rendaient des sons différents suivant qu’on frappait sur l’une ou l’autre de leurs bosses, dénommées Voix de la guerre , parce que, lorsqu’ils étaient en

1. John Sinclair est l’auteur d’une dissertation sur l’authenticité des poèmes d’Ossian parue en tête de l’édition de ses œuvres, 3 vol. in-8, Londres, 1807, dont voici le titre : The Poems of Ossian , in the original gaëlic with notes and observations, by John M. Arthur.

2. Villemain, Tableau de la littérature française au dix huitième siècle , t. 111, 31e leçon.

3. On peut voir de ces boucliers dans notre Dictionnaire raisonné d’ Architecture, v° Gaulois (Art) et dans notre Dictionnaire général der V Archéologie et des Antiquités chez les divers 'peuples, passim.

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campagne, les chefs se servaient de celles-ci pour transmettre leurs ordres; s’il nous fallait choisir un exemple au milieu de ceux que les Œuvres du grand Barde nous fournissent, nous mentionnerions le passage suivant du poème que nous venons de citer, la Guerre de Temora :

« Cathmar prend ses armes et marche vers un endroit où son bouclier était suspendu à un arbre au-dessus des ondes du Lubar. Sept bosses s’élevaient sur son bouclier. Ce sont les sept voix de la guerre que les vents apportent à ses chefs et les chefs distribuent ses ordres à ses tribus (1)... »

Une chronique de Nennius écrite au ixe siècle place Taliésin, Aneurin, lvian et Lywarch-Renn, au nombre des Bardes qui ont illustré la poésie bretonne (2) ; c’est pourquoi nous dirons quelques mots de ceux-ci après Taliésin, fils d’Omis, qui était considéré comme « le Prince des Bardes, des Prophètes et même des Druides de l’Occident » (3).

Ajoutons que ces poèmes ont été traduits dans, presque toutes les langues européennes.

En résumé, voici ce qu’on peut affirmer : c’est qu’il a réellement existé un barde du nom d’Ossian, qu’il était, d’après son poème, fils de Fingal, roi de Morven, et qu’il habitait le palais de son père, le

1. Ossian , traduction de P. Christian, 1 vol. in-12, Paris, 1 84 i . La Guerre de Temoraf ch. ier.

2. Simul uno tempore in poemata britannica , claruerunt , etc. In M. S. Nenni Johann-Gott, spect. ad geneal. Saxow, apud Gai. XV, script. Vol. III, page 116.

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