‹ Bélisama ou L'occultisme celtiqueChapitre 38 sur 83 · Mtyrtiam, tome I, page 17 et suivantes · texte numérisé non relu

Mtyrtiam, tome I, page 17 et suivantes

Déesse se changea en poule noire et de son œil perçant distingua parfaitement, au milieu du tas de blé, Grain-Gwion et l’avala ; mais par ce fait elle devint enceinte et, au bout de neuf mois, elle mit au monde un fort bel enfant, ce fut Taliésin.

Du passage de cet auteur, on a voulu inférer que les Celtes croyaient à la métempsycose, c’est là une grave erreur, car il y a lieu de faire remarquer que le Barde parle au passé et du reste les mœurs des Celtes démentent toute supposition du passage de l’homme à la vie d’un animal après sa mort. Ne savons-nous pas, en effet, que les parents et les amis du défunt brûlaient sur le bûcher, lors de l’incinération du cadavre, les objets ayant appartenu au défunt et qui lui avaient été chers. C’est là, croyons-nous, une preuve indiscutable que l’individualité, que l’identité persistait dans les mondes futurs, où se rendait le défunt.

Les Celtes croyaient à la reincarnation, à la pluralité des existences de l’âme, ce qui n’est pas la métempsycose, mais la métasomatose.

Taliésin ne fut pas seulement un grand Barde, ce fut aussi un grand Initié se rappelant même ses existences passées.

Dans Myvryiam , tqme [, pages 57 et 76, Taliésin dit :

« Je suis né trois fois, j’ai été mort, j’ai été vivant, je suis tel que j’étais... j’ai été biche sur la montagne... j’ai été coq tacheté... j’ai été daim de couleur fauve, maintenant je suis Taliésin ! »

Dans son poème Cad Godden , il dit mieux en-

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core : « J’ai été vipère clans le lac; j’ai été couleuvre tachetée sur la montagne ; j’ai été éléphant dans l’Inde, lion d’Afrique, puis chien et mouton à l’état domestique et l’homme m’a communiqué une partie de son intelligence et de sa vie. J’ai habité ensuite une étoile ; j’ai été prêtre, puis pasteur, enfin roi, un long temps s’est écoulé; j’ai dormi deux mille mondes, je me suis agité dans cent cercles. »

Ceci montre bien que les Bardes admettaient la progression dans la nature, mais non la rétrogression, en un mot ils admettaient que le minéral put devenir végétal, celui-ci animal et ce dernier Homme, mais ceci n’est pas de la métempsycose.

Taliésin, l’homme spirituel , pouvait parler ainsi, car il se rappelait toutes ses transmigrations, meme les plus infimes, tandis que les désincorporés, qui nous quittent à peine, n’ont pu encore retrouver le souvenir.

Taliésin fut un grand ennemi de la poésie populaire que propagea le Christianisme pour déconsidérer les Bardes druidiques. En effet, pour s’implanter dans les Gaules, le Christianisme ne craignit pas de créer aussi des faux Bardes, despoètes sans valeur aucune. Ces hommes sans talent, sans tradition, sans science, singeaient bien les vrais Bardes, mais ils n’avaient pas, tant s*en faut, leur valeur, ce ne furent guère que des ménestrels, des sortes de figaros de village, qui, du reste, n’ont pas encore disparu de la Bretagne de nos jours : C’est le Christianisme qui encouragea ces pseudo-Bardes dans

B ELI SA MA OU l’oCCULTISME CELTIQUE

l’Armorique, et c’est pour cela que les triades galloises considèrent les Armoricains comme l’un « des trois peuples qui ont corrompu le Bardisme primitif, en y introduisant des principes faux et hétérogènes ».

Taliésin dénommait avec raison cette poésie populaire, vulgaire, poésie de Kler ou d’écolier, d’ignorant.

Voici, en effet, ce que nous lisons dans Myvryiam (1).

« Les oiseaux volent, les abeilles font leur miel, les poissons nagent, les reptiles rampent.

« Il n’y a que les Kler , les vagabonds et les mendiants qui ne se donnent aucune peine.

« N’aboyez pas contre l’enseignement et l’art du vers! Silence, misérables faussaires qui usurpez le titre sacré de Barde ! Vous ne sauriez juger, vous autres, entre la vérité et la fable. Si, vraiment, vous êtes Bardes, prophétisez à votre roi les malheurs qui l’attendent. Quant à moi, je suis devin et le chef des Bardes d’Occident. »

Cepassagedémontre bien que les Bardes n’étaient pas seulement des poètes, des chanteurs, mais aussi des Devins et des Prophètes, des Voyants ; de là leur utilité dans le Clan et le profond respect dont ils étaient entourés; on considérait le Barde comme un être presque divin.

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