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armés, et peints comme cest lem^ habitude quand ils marchent au combat. Alarmé à cette vue, je fis sur-le-champ seller nos chevaux et armer mes gens pour être prêts à nous dé^ fendre si l'on nous attaquait. Je me doutais bien qu'ayant été averti , par les Guay* caries du village que nous avions traversé, que je m'étais dirigé avec deux cavaliers vers la montagne, on voulait profiter de mon absence pour surprendre les miens. Je fis demander au chef pourquoi il était venu , il me répondit : qu'il avait une femme dans un village situé plus haut sur la rivière , et qu'il allait la chercher.
Cependant nous continuâmes toute la journée à faire bonne garde , car nous nous doutions de ce qu'il machinait contre nous. Nous nous aperçûmes aussi qu'une grande quantité d'Indiens se dirigeait vers le village oi» s'était rendu le cacique, tous dans leur cos-^ tume de guerre , que je décrirai quand je parlerai des mœurs de cette nation LesGuay-
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caries qui habitaient le village où nous nous trouvions l'abandonnèrent aussi avec leurs femmes et leurs enfants , cachant ou emportant tout ce qu'ils possédaient, et ils allèrent rejoindre le cacique , ce qui n'était pas un bon ' signe. Nous étions obligés de le souffrir puisque nous ne. pouvions l'empêcher, et nous ne laissions pas d être effrayés de la quantité d'ennemis qui nous menaçaient, d'autant plus que l'endroit où nous nous trouvions, ne nous offrait aucune espèce d'avantage.
C'est pourquoi , vers minuit, nous traversâmes la rivière sans faire le moindre bruit, conduisant à l'autre bord dans un can indien les chrétiens qui ne savaient pas nager, et faisant passer les chevaux à la nage. Nous eûmes encore Je temps de transporter tout notre bagage , et dès le point du jour . nous nous dirigeâmes vers le village de Curahamara, où j'avais laissé le reste de mon monde.
Le cacique ne nous ayant pas trouvés, le
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lendemain matin , dans l'endroit où il croyait nous surprendre et nous attaquer , et nous voyant en marche le long de la rive opposée, se hâta d'envoyer occuper un défilé sur le bord de l'eau, où nous devions absolument passer et plaça dans une embuscade quinze cents Indiens qui traversèrent à la nage.
Quand , tout occupés à examiner les mouvements des Indiens qui se trouvaient de l'autre côté , nous passions devant ceux , du défilé sans nous douter le moins du monde qu'ils eussent franchi la rivière, ils nous attaquèrent en tête et en queue , et le cacique, à la tête d'environ sept mille Indiens, commença à nous lancer une nuée de flèches, de l'autre rive. Après un assez long combat, nous tuâmes un grand nombre des assaillants, nous refoulâmes le reste dans la rivière , et mes arquebusiers qui s'étaient mis dans l'eau firent beaucoup de dommages à ceux qui accompagnaient le cacique, de Fô^utre côté du fleuve. Enfin ils cessèrent âe
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tirer et se débandèrent; ce qui nous fit penser que le cacique avait été blessé par un de nos tirailleurs; car ils ont l'habitude de prendre là fuite et de se disperser, aussitôt que leur chef est tué ou blessé II n'y eut que quatre chrétiens qui échappèrent sans blessures. Je reçus moi-même une flèche à l'épaule ; deux chevaux furent aussi grièvement blessés; l'un, atteint d'une flèche empoisonnée, succomba le sixième jour.
Aussitôt que les Indiens se furent retirés , nous gagnâmes à la hâte une hauteur qui se trouvait à un demi-mille de la rivière; et après nous y être arrêtés le temps de panser nos blessures , nous nous remîmes en route , et arrivâmes le soir même à un village que nous avions traversé en allant. Les habitants avaient tous pris la fuite , craignant peutiêtre que nous ne tirassions vengeance de la trahison de ceux d'Itabana , puisqu'ils étaient les sujets du même cacique : peut-être même avaient-ils assisté au combat.
voit donnée y avait entièrement abandonné son village , de sorte que les miens , n'ayant personne pour traiter avec les Guaycaries, et leur acheter les provisions dont ils avaient besoin , s'étaient vus forcés de s'établir où je les trouvai. Quand ils nous virent arriver de loin , ils en éprouvèrent une grande joie ; car les Guaycaries s'étaient mal comportés avec eux , et ils craignaient à chaque instant d'être attaqués. On leur avait refusé des vivres»
même en payant, de sorte qu'ils ne quittaient jamais leurs armes.
Aussitôt qu'ils m'eurent annoncé tout ceci ^ par un cavalier qu'ils avaient envoyé audevant de moi, je fis arrêter et lier le chef des Guaycaries et l'autre cacique qui m'accompagnait, et je les conduisis dans un bois, où je leur fis donner la question pour savoir pourquoi ils m'avaient ainsF attendu en armes, pourquoi ils s'étaient si mal comportés avec les miens , et leur avaient refusé des vivres. Les caciques se laissaient
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que nous avions éprouvé, ou l'apprendre de nos Indiens de charge.
Nous arrivâmes, le 5 février i53i , dans un village, nommé Carahao : les habitants étaiétit en armes , quoiqu'ils ne nous attendissent pas, et paraissaient mal disposés. Nous y trouvâmes aussi le caciquç des Guaycaries , maître des pêcheries, qui était le premier avec qui nous avions fait alliance ; il était ac* compagne d'un grand nombre des siens, ce qui nous fît peu de plaisir. Mais sans avoir . l'air de croire qu'ils avaient fait ces préparatifs contre nous , nous continuâmes notre route au lieu de reculer. Le cacique des Guaycaries et un autre quittèrent avec moi ce village.
Les chrétiens que j'avais laissés à Gurahamara, en partant pour Itabana, avaient aussi traversé la rivière', et s'étaient établis prés d'Itabana , pour être sûrs de ne pas manquer de ^provisions. Le cacique de ce dernier endroit, sans égard pour la parole qu'il m'a^
vait donnée , avait entièrement abandonné son village , de sorte que les miens , n*ayant personne pour traiter avec les Guay caries, et leur acheter les provisions dont ils avaient besoin, s'étaient vus forcés de s'établir où je les trouvai. Quand ils nous virent arriver de loin , ils en éprouvèrent une grande joie ; car les Guaycaries s'étaient mal comportés avec eux, et ils craignaient à chaque instant d'être attaqués. On leur avait refusé des vivres, même en payant, de sorte qu'ils ne quittaient jamais leurs armes.
Aussitôt qu'ils m'eurent annoncé tout ceci y par un cavalier qu'ils avaient envoyé audevant de moi, je fis arrêter et lier le chef des Guaycaries et l'autre cacique qui m'accompagnait, et je les conduisis . dans un bois, où je leur fis donner la question pour savoir pourquoi ils m'avaient ainsf attendu en armes , pourquoi ils s'étaient si mal comportés avec les miens , et leur avaient refusé des vivres. Les caciques se laissaient
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martyriser sans vouloir • répondre ; mais j'en fis arquebuser un devant son compagnon^ pour servir d'exemple , promettant en même temps à l'autre de lui donner la vie, s'il voulait me découvrir tout ce qu'on avait tramé contre moi.
Il m'avoua alors que le cacique du village de Carahao , de la nation Gaquetios , qui était son chef, était convenu avec celui des Guaycaries, que je venais de faire arquebuser, de réunir leurs forces pour surprendre et attaquer les chrétiens le lendemain matin , et qu'ils se disposaient déjà à se mettre en marche, quand notre arrivée imprévue les en avait
empêchés. Je le fis enchaîner, et j'envoyai l'ordre à ceux qui m'attendaient au camp , sur le bord de la rivière , de préparer leurs chevaux et leurs armes ; car je craignais que les Indiens du village de Carahao, dont je viens de parler , ne se fussent mis à notre poursuite , et qu'ils ne nous attaquassent pendant que nous serions occupés à passer la rivière.
Quand je fus arrivé aux pêcheries et au catnp des chrétiens , j'y trouvai environ huit cents Indiens Guaycaries, bien armés, qui, pour attaquer les nôtres , attendaient l'arrivée de leur chef, que je venais de faire arquebti^ ser, et les Indiens Caquetios de Carahao. Je leur ordonnai de déposer leurs armes, et de se comporter en amis comme ils me l'avaient promis la première fois que j'étais passé ; mais ils s'y refusèrent avec fierté.
Je leur tins quelques autres discours pour gagner du temps , et je les fis entourer par mes cavaliers, de manière à leur couper le chemin de la rivière; et profitant de ce que nous nous trouvions dans une belle plaine , ce qui était extrêmement favorable, nous les chargeâmes et en tuâmes plus de cinq cent. Ils furent tout sui^ris, car nous leur avions parlé pacifiquement, et ils ne s'at* tendaient pas le moins du monde à être attaqués. Ils n'eurent donc pas le temps de faire usage de leurs armes, et nous en massacrâmes
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un si grand nombre, qu'ils furent contraints de prendre la fuite. Nos cavaliers les culbutaient facilement, les renversaient à terre, et nos fantassins les égorgeaient comme des porcs. Voyant donc que la fuite ne leur servait à rien contre les chevaux , ils cherchèrent à se réfugier dans les hautes herbes ou à se cacher parmi les morts; mais après avoir fini avec les uns, nous cherchâmes aussi ceuxlà pour les expédier comme les autres, de sorte qu'il en périt près de cinq cent; le reste s'échappa en traversant la rivière.
Il n'y eut que cinq chrétiens et treize de nos Indiens qui reçm*ent des blessures ; encore furent-elles peu dangereuses.
Du reste, nous étions forcés de les traiter ainsi, et ils méritaient bien leur sort; car nous devions craindre que les Caquetios ne vinssent les rejoindre, comme l'Indien que nous avions mis à la question nous lavait annoncé ; et il nous était naturellement plus avantageux de les combattre avant qu'ils
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fussent réunis. Nous restâmes dans cet endroit jusqu'à la nuit : nous n'osions pas traverser la rivière de jour , de crainte d'être attaqués par les Caquetios quand nous serions séparés, et qu'une partie de mes soldats se trouverait de l'autre côté.
Aussitôt que la nuit fut venue , pour noua mettre à l'abri de toute surprise, nous fîmes traverser la rivière aux chevaux , et ceux d'entre nous qui ne savaient pas nager passè-^ rentsur des radeaux faits avec nos boucliers, et que nous tirions d'un bord à l'autre au moyen d'une corde. J'arrivai le lendemain au village de Curahamara , que je trouvai entièrement désert et abandonné ; ce qui avait forcé , les chrétiens que j'avais laissé en arrières de quitter cet endroit, comme je lai dit plus haut, et de venir s'établir sur le bord de l'eau. Je fis chercher partout le cacique de cette nation; mais je ne pus pas parvenir à m'emparer de sa personne. Je continuai ma route vei*s un autre village, situé à quatre
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milles plus loin : je le trouvai encore abandonné comme à mon premier passage; et je renvoyai quelques chrétiens à pied et à cheval vers Curahamara , avec ordre de surprendre ce village pendant la nuit. Ils y trouvèrent le cacique et tous les habitants qui s'étaient hâtés d'y revenir , croyant que nous avions continué notre route , et qu'ils étaient parfaitement en sûreté; c'était précisément ce que j'avais espéré, et pourquoi je n'avais pas cessé d'avancer. On amena le cacique etvingt-troisindiens, hommes et femmes, qui paraissaient être les principaux du village. Je fis enchaîner le premier, pour m'avoir trois fois manqué de parole , et j'emmenai les autres prisonniers avec moi jusqu'à Coro. Quant aux femmes , je les distribuai aux chrétiens pour les servir.
Dans ce village, je fus attaqué de la fièvre, ce qui m'empêcha de continuer rapidement ma marche. Nous allâmes donc lentement d'un endroit à l'autre, les trouvant tous dé-
serts et abandonnés, jusqu'à Cathary, où les habitants nous firent une très-bonne réception y et nous témoignèrent la même amitié qu'auparavant. INous y passâmes deux jours pour prendre des renseignements sur l'autre route qui conduit à la mer, en traversant le territoire des Cuyones. On nous assura que nous pourrions y arriver sans difficulté, en nous tenant toujours près des montagnes où il n'y avait pas de marais, et que nous rencontrerions une grande rivière, nommée Temeri , qui avait deux traits d'arbalète de large, et qui était fort profonde. Mais je pensai qu'il nous serait bien facile de la traverser, soit avec des radeaux, soit autrement.
Le 10 février, nous arrivâmes au village d'Hacarygua , où nous avions séjourné quinze jours lors de notre premier passage. J'y trouvai les habitants tranquilles dans leurs maisons , comme je les avais laissés, et ils nous témoignèrentplus de joie que de chagrin de notre
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retour. Je fis présent au cacique de deux belles Indiennes que j'avais prises à Curahamara .
Je passai seize jours dans cet endroit, espérant y guérir de ma fièvre, et pouvoir reprendre mon voyage vers la mer, du côté du fleuve Temeri, dont j ai parlé plus haut. Pendant que j'étais à Hacarygua, je fis partir quelques cavaliers et fantassins pour les montagnes des Cuyones à qui je renvoyai plusieurs prisonniers que je leur avais faits, pour tacher d'obtenir leur amitié , ofiFrant de les leur rendre tous. Je chargeai ceux que je renvoyais de leur raconter combien de gens nous avions vaincus et massacrés à Itabana et dans toute la route, pour avoir rejeté notre amitié, et voulu nous résister et qu'au contraire nous avions bien traité ceux qui avaient fait alliance avec nous , et tenu parole à tous.
Mais cela ne put les persuader ni leur faire oublier le mal qu'ils avaient soulffert, et tous les efforts que nous fîmes pour gagner leur amitié restèrent inutiles. Ils abandonné-
rent leurs villages pendant la nuit,' et se réfugièrent dans des montagnes si escarpées, qu'ils nous eût été impossible de les suivi^e quand même nous aurions été montés sur des chats au lieu de l'être sur des chevaux. Nous fumes donc obligés de renoncer à leur alliance , quoiqu'elle eût été fort désirable pour nous , puisque notre intention était de traverser leur pays pour gagner la mer. Voyant que les maladies augmentaient, tant à causé de la mauvaise nourriture , que par le manque de remèdes, et que je ne pouvais espérer d'amélioration à cet état de choses, je me déterminai k regagner l'Océan, sans cependant traverser de nouveau les mêmes pays , et j'envoyai de mes nouvelles à Coro pour en faire venir des renforts et tout ce qui nous serait nécessaire.
Nous partîmes donc le 27 février de Hartirygua , pour traverser de nouveau le territoire des Cuybas. Nous trouvâmes quelquesuns des villages habités, et les autres déserts et
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abandonnés , parce que les habitants croyaient que nous ne leur avions tenu parole à notre premier passage , que pour les mieux tromper, mais qu en retournantiious les réduirions en esclavage. Nous n'avions pas le temps de les poursuivre , nous pensâmes que notre conduite envers ceux qui n'avaient pas abandonné leurs demeures serait, pour les autres, une preuve suffisante de notre bonne foi. ^ ^
Je dois raconter ici une perfidie que nous éprouvâmes dans un de ces endroits. Étant arrivés dans un village des Guy bas, où nous n'avions pas encore été, je le trouvai abandonné. Je ne voulais pas reprendre la route de Variquecemeto , par où nous avions déjà passé, je fis donc chercher des habitants, et l'on m'amena deux Indiennes que l'on avait découvertes dans un endroit où elles se croyaient à l'abri de nos poursuites. J'en renvoyai une au cacique avec des présents, pour tâcher
de gagner son amitié : on a déjà vu que c'é- I. 12
tait ma coutume. L'Indienne revint, m apportant une image diabolique , en or , comme ils ont l'habitude d'en porter sur la poitrine, disant que le cacique était malade, qu'il m'envoyait ce présent en me priant de délivrer les deux prisonnières. Mais j'exigeai , s'il était malade , qu'il se fit transporter au village, et revînt avec tous les siens, pour y demeurer tranquillement; ce quil devait faire dans tous les cas après mon départ, lui promettant de lui rendre alors les prisonnières.
Le lendemain matin, nous vîmes arriver un Indien accompagné d'environ quarante personnes, et se faisant porter dans un hamac comme un cacique, de sorte que nous crûmes tous qu'il était celui que nous attendions. Quand il se fut établi dans sa maison , je lui rendis les deux prisonnières; mais pendant la nuit il prit la fuite avec tous les siens, laissant le hamac dans lequel on 1 avait apporté , de sorte que le lendemain nous
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ne trouvâmes personne. Nous vîmes par là que ce n'était pas le cacique lui-même qui «était venu, mais un esclave qu'il avait exposé à sa place, dans le seul but de délivrer ces deux Indiennes, dont l'une était probablement sa femme ou sa parente , car si c'eut été des femmes du commun , on nous les aurait laissées.
Voilà comme nous fûmes trompés par cet Indien, ce qui ne nous était pas encore arrivé pendant le voyage , et prouve bien leur ruse et leur perfidie.
Nous ne voulûmes pas perdre de temps à lespoursuivre -.cependantnous lesaurionschàtiés très-volontiers,et quoique n lus n'eussions pas de guide nous retra versâmes la province de Variquecemeto. En repassant par les mêmes villages 5 nous trouvâmes les habitants comme nous les avions laissés, et nous v restâmes la nuit.