‹ Belle et agréable narration du premier voyage de Nicolas Federmann le Jeune, d'Ulm, aux Indes deChapitre 4 sur 23 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Du départ de Nicolas Federmann le jeune pour les Indes. — De ce qui lui est arrivé dans ce voyage. — Des îles et des peuples qu'il a vus et observés : — De leurs mœurs et de leurs coutumes. — Des périls qu'il a courus, et des soufirances qu'il a éprouvées jusqu'à son arrivée dans la ville de Goro.

Le 2 octobre iSsg, moi, Nicolas Federmann le jeune, d'Ulm, je m'embarquai à Saint- Lucar de Barrameda, port de la province d'Andalousie en Espagne. Je fus nommé, par M. Ulrich Ehïnger, au nom de MM. Barthélemi Welser et compagnie, capitaine de cent vingt>trois soldats espagnols et de vingt-quatre mineurs allemands, que je devais conduire au pays de

Venezuela , dans la grande mer océane , et dont le gouvernement et la domination ont été cédés auxdits Welser, meS seigneurs , par sa majesté impériale. Je devais aussi aller au secours d'Ambroise Dalfinger, qui était gouverneur et administrateur de cette province.

Après avoir lutté contre le mauvais temps , nous arrivâmes , vingt-huit jours après notre départ, dans une île nommée Lancerote , située à trois cents milles de l'Espagne (i), et l'une des sept îles qu'on appelle les Canaries: comme nous étions restés vingt -huit jours dans un voyage que l'on fait ordinairement en huit ou dix, l'eau commença à nous manquer, et nous fumes obligés de relâcher pour en prendre.

Quoique cette île soit soumise au roi d'Espagne , il n'y a qu'une seule ville qui soit habitée par les chrétiens. Elle est située au levant, et s'appelle Lancerote, comme l'île. Mais les vents nous ayant empêchés de nous y

( I ) Federmann compte en milles d'Allemagne, de 1 6 au dégrè.

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rendre, nous entrâmes dans un port situé au nord de l'île , et que l'on nomme Rabicon. D'après ce que nous avaient dit les marins du vaisseau , nous espérions y trouver de l'eau.

J'allai à terre avec dix hommes , dont quatre Allemands, ne me défiant de rien , car ce lieu est ordinairement inhabité. Mais Dieu et notre malheur voulurent qu'à cause d'une grande sécheresse, l'on eût permis aux Arabes de Barbarie qui demeurent sur la côte , à dixsept milles en face de cette île, de venir y faire paître leurs chèvres et leurs chameaux. De là, ils font avec la Barbarie un commerce de lait , de bestiaux , de fromages , et payent , pour cette faveur , un tribut au gouverneur.

Les Arabes étant donc venus, selon leur habitude , pour faire boire leurs bestiaux au port Rabicon , nous aperçurent , et nous prirent pour des Français ; car , à cette époque , la France était en guerre avec l'Espagne; et la flotte française se tenait aux environs de ces

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tifes pour attaquer les vaisseaux qui allaient d'Espagne dans les Indes, et pour s'en emparer.

Ces Maures se réunirent sur une hauteur à dix pas de nous, au nombre d'environ quatre-vingts, et commencèrent, dans le moment où nous nous y attendions le moins , à nous jeter de grosses pierres , ce qui est leur

manière de combattre la plus ordinaire , et ils y sont très-adroits. Ces barbares sont forts à la lutte , courent rapidement et sautent comme des cerfs. Ils nous firent beaucoup de dommage , blessèrent plusieurs des nôtres , et moi-même à la tête.

Nous fûmes bientôt obligés de céder et de nous disperser afin d'éviter les coups de pierre, car nous n'avions aucune arme pour pouvoir leur riposter de si loin. Nous cherchâmes alors à nous réfugier sur une colline en face d'eux ; mais à peine avions- nous quitté la vallée, qu'ils commencèrent à nous poursuivre , et nous environnèrent de trois côtés. Après uii

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combat assez long, trois de mes hommeai|i dont deux Espagnols et un Allemand , furent tués, et tous» les autres blessés. Outre le coup de pierre dont j'ai parlé , je reçus encore un coup d'épée et je fus fait prisonnier avec deux Espagnols. Deux autres Espagnols et deux Al* lemands prirent la fuite du côté du rivage , où la chaloupe qui nous avait amenés nous attendait. Les Arabes les suivirent jusqu'à la mer , en lançant , d'en haut, des pierres sur ceux qui se trouvaient dans cette embarcation. Ils blessèrent deux matelots, de sorte que ceux-ci ne purent rester près du rivage à la portée des pierres, ni recevoir à leur bord les quatre hommes dont j'ai parlé. Ces derniers furent donc obligés de se jeter à l'eau , et ne purent atteindre la chaloupe qu'avec bien de la peine : l'un d'eux ^ ayant été blessé par une pierre pendant qu'il nageait , ne fut sauvé par les autres qu'avec grand danger.

Les Arabes , qui nous avaient faits prison-

^ers , nous tinrent cachés dans une caverne ,

craignant que ceux du vaisseau ne vinssent

en force pour nous -délivrer. Voyant qu'ils

nous gardaient, dans l'intention d'obtenir une

rançon, je leur proposai daller à bord du

vaisseau pour m'entendre avec le capitaine ,

leur cachant que je l'étais moi-même, et je

leur offris de laisser les autres en otage jusqu'à mon retour. Ils ne voulurent pas y

consentir, mais ils me donnèrent la permission d'écrire, en ajoutant qu'ils feraient un signal au vaisseau pour qu'on vînt chercher la lettre, à condition, toutefois, que je n'indiquerais pas l'endroit où nous étions cachés, et que deux personnes seulement mettraient pied à terre.

Cela fut donc fait ainsi : deux hommes vinrent par mon ordre : l'un était un barbier pour panser nos blessures, et l'autre un Grec, qui, sachant la langue arabe, pouvait nous servir d'interprète. Je donnai aussi Tordre au vaisseau de lever l'ancre pendant la nuit , de

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faire voile vers le port des chrétiens, nommé Lancerote, et d'annoncer au gouverneur ce qui s'était passé , afin qu'il prît des mesures pour nous délivrer (i).

La nuit, je dis amc Arabes que le capitaine désirait savoir combien ils exigeaient pour notre rançon : après s'être longtemps consultés, ils demandèrent deux cents ducats pour chacun de nous. Mais voyant que nous trouvions la somme trop forte , et craignant,, s'ils tardaient trop, que le gouverneur de l'ile n'en profitât, ils finirent par déclarer qu'ils se contenteraient de deux cents ducats pour nous trois, ce que nous apprîmes par le moyen du Grec , notre interprète.

Le lendemain , quand ils se rendirent sur

(i) Aucun historien des Canaries , que je sache, ne fait mention de la présence des Maures dans ces îles ; c'étaient cepen-. dant bien des Maures et non des Guanches , comme on pourrait peut-être le supposer , puisque l'interprète arabe parvint à s'en faire comprendre.

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le bord de la mer, croyant voir arriver la rançon que le capitaine devait leur envoyer, comme nous le leur avions fait entendre, ils trouvèrent que le vaisseau était déjà parti. Ils nous annftncèrent cette nouvelle , dont nous fimes semblant d'être trèsétonnés : après avoir feint d'en chercher quel-^ que temps la raison , nous expliquâmes ce départ par un vent assez violent qui s'était élevé , et qui avait fait craindre au capitaine de rester dans un port qu'il ne connaissait pas, ajoutant que, probablement, il avait pris le large et reviendrait bientôt.

Le secours par terre que nous espérions se fît attendre plusieurs jours; enfin, les gêna du gouverneur arrivèrent montés sur des chameaux , comme c'est l'usage de l'île. Ils noustirèrent des mains des Arabes, et nous conduisirent devant leur maître, qui se nommait don Sanche d'Herrera (i). Il nous demanda

(i) Don Sanche d'Herrera était fils de don Diego d'Her-

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les détails de notre arrestation , et pourquoi nous avions abordé dans un endroit aussi peu fréquenté. Quand j'eus répondu à ses qu0|| tions , il ordonna de saisir les Maures qui nous avaient attagués , et de les amener devant lui , moins , je pense , dans le but de les punir , que pour se faire payer les dommages qu'ils nous avaient faits.

Le gouverneur me traita parfaitement bien , et me fît panser ; c'est pourquoi je restai encore un jour chez lui afin de me soigner, ainsi que les autres blessés. Le

rera , comte de ' la Gomère , eft Fun des principaux conquérants des Canaries , à la souveraineté desquelles il prétendait du chef de sa femme. Ce don Sanche , surnommé le Vieux , eut pour sa part les cinq douzièmes des revenus des îles de Lanzarote , de Fuerteventura , et des quatre petites îles d'Alegranza , Lobos , Graciosa et Saiita-Cllara. On sait très-peu de choses de son gouvernement : il mourut sans laisser d'héritier de sa première femme , dona Violante de Cervantes , nièce du cardinal de Cervantes , archevêque de Séville ; et il eut de la seconde , dona Catalina Escobar de las Roelas , une fille , nommée dona Costanza , qui épousa son cousin , don Pedro Fernandez de Saavedra , et porta dans sa famille la propriété des îles de Lanzarote et de Fuerteventura. (Viera y Qavijo, ffist. de Canarias , lib. X, § II ; Nunes de la Pena , Conquista de Canarias, lib. I , cap. XI.)

lendemain je partis pour une île, nommée Lagomera, située à douze lieues de la m*emière; j'y relâchai trois jours dans le but d'approvisionner le vaisseau de bois, d'eau et de viande , car c'est le port le plus commode que l'on trouve dans les sept îles appelées les Canaries, et même dans tout le voyage , et presque tous les vaisseaux y abordent.

De là je dirigeai ma route vers l'île de Santo-Domingo , qui est encore à treize cents milles de Lagomera; c'est pourquoi nous n'en approchâmes pas encore beaucoup dans le courant du mois de décembre iSag. 11 est inutile de parler ici des autres îles que nous vîmes sur la route , puisque nous n'abordâmes à aucune. Cependant je dirai qu'après avoir quitté Lagomera, il faut faire neuf cents milles sans voir la terre. C'est le grand golfe de la mer océane; et l'on n'en connaît aucun autre dans le monde sur lequel on puisse naviguer si loin sans découvrir la

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côte. Les Portugais, qui vont dans l'Inde et aux Moluques , font des voyages encore plus longs etn plus dangereux; maii^ ils voient la terre au moins tous les huit jours.

J'arrivai enfin dans cette île qu'on appelle Spaniola ( Espariola ), la ville se nomme Santo -Domingo, elle est bien bâtie. Les rues en sont belles ainsi que les édifices. Elle a un bon port et un fort château, et quoique dans cette île , qui a cinq cents lieues de tour, il y ait beaucoup de villes et de bourgs habites par les chrétiens , Santo-Domingo çst la principale et la plus belle. Il est inutile de parler des indigènes , car il y a quarante ans que cette île a été conquise par les chrétiens , et ils ressemblent en tout à ceux de Coro, dont je parlerai plus bas; ils sont nus comme eux et de la même couleur.

Maintenant ils n'habitent pas un seul village qui leur appartienne, mais ils sont les esclaves des chrétiens, du moins le peu

d'entre eux qui existent encore, puisqu il n'y en a presque plus. De cinq cent mille habitants de toutes sortes Ae nations et de langues répandus dans l'île il y a quarante ans , il n'en reste pas vingt mille en vie, car il en est mort une grande quantité d'une maladie que l'on appelle variole ^ d'autres ont péri dans les guerres, d'autres dans les mines d'or, où les chrétiens les ont forcés de travailler contre leur habitude, car c'est un peuple faible et peu laborieux. Voilà pourquoi , dans un si court espace de temps , une si grande multitude s'est réduite à un si petit nombre (^ i ). Cette île ainsi que toutes les villes et les bourgs qu'elle contient sont gouvernés par un tribunal royal , nommé audiencia real^ qui siège dans la ville de Santo-Domingo.

(i) Tous les historiens du temps sont d'accord sur la rapidité avec laquelle les Espagnols dépeuplèrent l'île de Saint-Domingue. Quelques écrivains modernes, tels que Nuix {Humanidad de los Espanoles en las Jndias ) , ont essayé ^e les justifier; mais on voit , par le rapport de Federmann, que certes on ne peut pas accuser de partialité en faveur des Indiens , que Las Casas n'a dit que la triste vérité.

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Je trouvai dans ce port Sébastien Rantz ^ d'Ulm , le facteur de messeigneurs les Welser, et j'y restai** quinze jours pour me procurer tout-ce qui était nécessaire à l'approvisionnement du vaisseau, pour continuer ma route vers le Venezuela. J'embarquai aussi dix chevaux; je levai l'ancre de nouveau , et je dirigeai ma route vers ce pays qui est éloigné de deux cents milles de Santo- Domingo^ A la vérité , il n'y en a pas plus de cent cinquante en droite ligne , mais on ne peut suivre cette direction à cause des courants, qui sont si violents , que si l'on ne porte pas le cap bien plus haut qu'on ne veut aller , ils entraînent le vaisseau comme une rivière rapide. Nous restâmes neuf jours en mer, ce qui est beaucoup pour un trajet aussi court : cela provient , comme je lai dit , de l'incertitude de la navigation, et de ce qu'il n'y a que deux vents favorables. Nous arrivâmes en vue d'une île située à sept milles du Venezuela , et que Ton nomme Buy-

^nari(i): le pilote ou conducteur du vaisseau la prit pour une autre île, située plus loin et que Ton appelle Curaçao.

Trompés par le pilote, nous passâmes devant File^ nous dirigeant droit vers la terre ferme, et pensant ainsi entrer dans le port de Coro, ce qui aurait été la bonne route si cette île avait été, comme nous le croyions , celle de Curaçao. Vers minuit, un des matelots remarqua trois feux que les Indiens avaient allumés pour pêcher , comme ils en ont l'habitude. Aussitôt que notre pilote les vit , il fut très-efiFrayé , s'apercevant qu'il s'était approché trop près de la terre, et que l'Ile que nous avions vue n'é-

(i) Il doit y avoir ici une erreur, et Federmann a probablement confondu l'île de Bonayre, qu'il nomme Buynari, avec celles de Curaçao ou d'Aruba ; car la première se trouvant plua au vent , il n'aurait eu aucune difficulté à gagner de là Coro : elle est d'ailleurs assez éloignée du continent ; tout ce qu'il en dit se rapporte au contraire très-bien à l'île d'Aruba , qui est sous le vent de Coro , et beaucoup plus près de terre que les deux autres; c'est aussi précisément en face de cette première île que se trouve la province que Laet et Alcédo nomment Paragoana , et dont il est question plus bas.

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tait pas celle qu'il croyait; en effet nous n'aurions pas découvert sitôt la côte du Venezuela. Il fit à l'instant virer de bord et dirigea sa route de l'autre côté jusqu'au point du jour. Alors on put découvrir le pays , ce qui était bien nécessaire; car si les Indiens n'avaient pas allumé les feux, comme ils le firent par la providence de Dieu, et si, ne les ayant pas vus, nous avions continué la même route, pas un seul de nous ne se serait sauvé ; puisqu'il n'existe dans ces parages, ni port ni baie , et que toute la côte est pleine de rochers ou de bas-fonds sur lesquels le vaisseau aurait touché, et nous nous serions tous noyés.

Mais, quand, par un avertissement de Dieu, nous eûmes évité ce danger et découvert la terre le lendemain matin , nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que nous étions éloignés de vingt-six lieues de la véritable entrée du port de Coro , et que nous ne pouvions y arriver en aucune manière

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de l'endroit où nous étions , car, ainsi que je l'ai dit, la mer coule comme une cataracte, et le vent soufflait du sud, comme d'ordinaire^ et par conséquent ne nous permettait pas de nous diriger vers l'est. Préférant alors de deux maux le moindre, et voyant qu'il était nécessaire que le vaisseau retournât à Santo- Domingo , je résolus d'éviter au moins les frais énormes que m'auraient occasionnés les cent quarante-sept hommes que j'avais à bord, si je les avais emmenés avec moi.

Je quittai donc le vaisseau à environ une demi-lieue de la terre, dans l'endroit le plus sûr que nous pûmes trouver le long de cette côte, et je sautai avec dix autres dans la chaloupe ; c'est ainsi qu'on nomme le petit bateau qui sert pour aller à terre. Nous étions bien armés; nous allâmes débarquer dans l'endroit où nous crûmes qu'il serait le plus difficile aux Indiens de nous apercevoir ; pensant qu'ils viendraient la nuit suivante pêcher où nous les avions vu& la veille, et que

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nous pourrions les surprendre et savoir d'eux où nous nous trouvions. Nous ignorions entil^ement si ces Indiens étaient soumis ou non au gouverneur deCoro, et s'ils étaient amis ou ennemis des chrétiens. Mais nous ne pûmes pas attendre la nuit , car, ayant vu le vaisseau, ils se fortifièrent dans leur village, croyant qu'on venait pour les enlever dans l'intention de les vendre à Santo-Domingo , comme cela arrive quelquefois.

Voyant donc que nous ne pouvions pas mettre notre projet à exécution , nous nous décidâmes à envoyer deux d'entre nous daiis l'intérieur du pays , le plus secrètement possible, pour découvrir et examiner le village des Indiens , et savoir par ce moyen quel était le chemin qui y conduisait pour nous y rendre en force suffisante , afin d'obtenir d'eux de gré ou de force qu'ils nous conduisissent à Coro. C'est ainsi qu'on ap^ pelle la ville où résident le gouverneur et les chrétiens , et que l'on vient de fonder.

Je leur ordonnai , dans le cas où ils rencontreraient un ou deux indigènes , de s'en emparer et de me les amener , dans Yespt^ rance d'apprendre d'eux, par un interprète que j'avais avec moi, tout ce que je voulais savoir.

Je fis débarquer la nuit même tous les hommes qui n'étaient pas nécessaires à bord, ainsi que les chevaux et des provisions pour trois jours et nous nous tînmes prêts à marcher.

A cinq milles de l'endroit où nous avions abordé, mes deux émissaires découvrirent un hameau composé seulement de trois maisons , ils attendirent toute la nuit dans Ttspérance que quelqu'un s'en éloignerait et qu'ils pourraient le surprendre et me l'amener. Cela n'arriva pas cette nuit-là; mais le matin ils virent une Indienne qui sortait pour aller puiser de l'eau à quelque distance et ils se mirent à la suivre. Comme ils se disposaient à l'emmener, elle leur dit en langue espagnole, qu'elle savait un peu, qu'au-

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trefpis die avait été vendue à Santo- Domingo^ mais que le facteur de S M, Jean de jlgQpies, qui fut le premier gouverneur et propriétaire de ce pays, l'avait rachetée et rendue à la liberté et à sa patrie , dans le but de disposer les naturels en faveur des Espagnols. Cette femme leur demanda pourquoi ils la faisaient prisonnière , puisqu'elle et tous les Indiens de cette province, nommée Paragnana {Paragoand) étaient les amis des.

chrétiens.

Mes gens la remirent alors en liberté et allèrent avec elle à sa maison , où ils trouvèrent environ seize indigènes, hommes et femmes. Ils leur firent expliquer par cette indienne quel était le but de leur voyage, ajoutant qu'ils étaient venus à bord du vaisseau qui était en vue, qu'ils désiraient bien se rendre à Coro, et ils demandèrent des guides.

Le chef du village ordonna alors à deux Indiens de les accompagner ; et , le troisième jour de bonne heure , ils arrivèrent

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