‹ Bellegarde ou L'enfant indien adopté [microforme]Chapitre 25 sur 61 · SES · texte numérisé non relu

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BRLLEGARDE. 85 vase de cristal n’est pas soumis à une prison plus ennuyeuse. Mais le sort en était jeté; de Courcy résolut de se résigner à sa condition. Quelquefois il avait envie de quitter l’armée et de rejoindre ces aventuriers hardis et courageux qui pénètrent dans les vastes forêts de l’Amérique septentrionale, font respecter le nom anglais, dominent et domptent les hordes sauvages par leur intelligente audace, et deviennent les instrumens de la cupidité commerciale et de l'ambition politique. Mais, fils d’un comte, descendant d’une ancienne famille, Eustace aurait voulu de la gloire.

L'art de faire de l'argent, que les esprits les plus bornés et les moins généreux apprennent si aisément, lui répugnait. Avoir une guinée pour dieu, pour bible un barème, et pour autel un comptoir (1), lui semblait une existence misérable.

Eustace, enchaîné à son devoir, se révoltait inutilement contre l’ennui qui l’accablait. Le cour sier fougueux , impatient de s’élancer dans la carrière, ne mord pas son frein avec plus de fatigue et de dépit. Aucun moyen de dépenser cette surabondance de vie qui l’animait ; des projets et des désirs stériles se pressaient dans son esprit irrité. Trop

(1) Burke.

fier pour solliciter, trop modeste pour réclamer les faveurs dues à son mérite ou à son nom , il tomba dans un état profond d’abattement.

Sa gaieté, autrefois inépuisable, disparaissait. Souvent il pensait à son aimable compagnon de voyage et à la gracieuse invitation qu’il en avait réçue ; mais il avait perdu le goût des distractions ordinaires de la vie. L'espace manquait à ses facultés et à ses forces : il était un de ces hommes rares, qu’il faut plaindre plus qu’envier.

Le retour du printemps, la fonte des couches épaisses de neige qui couvrent p dant plusieurs

mois la surface du pays, celle de la glace des lacs

et des rivières, Patmosphère plus chaude qui rappelle la végétation et donne une nouvelle vie à la nature, présentait dans ce climat septentrional un spectacle intéressant. On forme alors de nouveaux

projets : les habitans quittent le repos et les plaisirs

pour s’adonner aux occupations de la campagne ; la nature et les hommes semblent sortir d’une longue léthargie, et l’été succède rapidement à la saison rigoureuse : car jamais dans le Canada on ne voit les frimas de l’hiver se prolonger, comme chez nous, au sein même du printemps.

Le gouverneur, profitant du beau temps, an-

nonça l’intention de visiter Montréal.

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