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Aussitôt on s’occupa des préparatifs convenables pour recevoir ce grand personnage. Les troupes de la garnison se mirent en mouvement ; les uniformes furent soigneusement brossés; les armes inutiles se dérouillèrent; les ambitions endormies s’éveillèrent. Son arrivée devint une source de Joie et d'espérance pour les solliciteurs et pour ceux qui désiraient obtenir, par leur présentation à {a cour du gouverneur, un diplôme de gentilhomme, un brevet de bonne compagnie. Des invitations furent adressées à la noblesse des environs, et quoique pour d'Argenteuil ces devoirs et ces hommages fussent des corvées, il ne crut pas prudent de se faire remarquer au nombre des absens.
Son premier soin en arrivant fut de renouveler connaissance avec le capitaine de Courcy. Il le gronda de sa sauvagerie ; car il attribuait par cette expression familière, plutôt à ses caprices qu’à son cœur, l’apparente indifférence par laquelle il avait répondu à ses avances amicales. Eustace reçut d’Argenteuil avec affection, et confessa que son cœur désavouait sa conduite. Sa conversation prouva au baron que le jeune homme était tombé dans une mélancolie profonde, et que son imagination exagérait les maux inséparables de son séjour sur une terre étrangère.
« Demandez un congé, mon jeune ami, dit-il,
venez avec moi au lac des deux montagnes, vous
y serez reçu avec une véritable cordialité; et # bientôt un air pur et les exercices de la campagne » auront dissipé l’ennui qui vous dévore. »
Eustace ne put résister à des avances aussi aimables. Dès que sir Crowdie-Macgrossgutt eut passé la garnison et la milice en revue, et que les magistrats lui eurent présenté leurs hommages, notre jeune officier obtint la permission de faire une absence et d'accompagner le baron dans sa famille, circonstance importante qui changea toute ia vie d’Eustace et influa sur sa destinée.
Arrivé au village de St-Anne, de Courcy fut témoin du dévouement des habitans pour leur seigneur et leur ami. Les cloches retentissaient ; hommes, femmes, enfans coururent à la rencontre du vieux gentilhomme , et le reçurent avec cette familiarité respectueuse qu'inspirent la dignité et la bienveillance. |
« Bon jour, mes enfans, » leur disait le vieillard. Et il demandait avec bonté des nouvelles de toutes les: familles ; il écoutaitattentivement les détails fastidieux dont. on l’obsédait. Il n’y avait, dans ses
manières, ni cette morgue, ni cette importance dont
es seigneurs anglais accablent leurs pauvres voisins,
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L'idée d’inspirer la crainte et l’efroi à des cœurs qui lui étaient dévoués l'aurait rendu malheureux. Il vivait et dépensait sa fortune au milieu d’eux. Leur travail était son revenu, pluie bienfaisante qui remontait à sa propre source. Ils savaient tous que son pouvoir était pour ses vassaux une protection qui leur assurait.la tranquillité sans leur faire subir les rigueurs de la servitude. La reconnaissance et le dévouement rendaient ce pouvoir permanent et salutaire. D’Argenteuil comprenait ainsi la dépendance féodale. Aussi était-ce un sort heureux que celui de cet homme, supérieur à tout ce qui l’entourait , par ses connaissances, son rang et ses vues utiles; honoré pour ses vertus, bienfaisant et aimé.
Bellegarde, dans son costume guerrier, et à la tête de la jeunesse de sa tribu, occupait la porte du château pour y recevoir son maître. Les Indiens exprimaient leur joie par des danses usitées chez les sauvages, pour célébrer quelques heureux événemens. |
Ce spectacle nouveau pour un Européen surprit agréablement de Courcy. « Ces braves enfans des forêts, dit le baron; ils m’aiment; ils répandraient avec joie leur sang pour ma famille. Rien de faux dans leurs sentimens. Ils n’oublient ni le bienfait,
ni l’injure. Ils exécutent fidèlement leurs promesses.
Jamais ils n’inventent de faux-fuyans et de prétextes pour rompre leurs engagemens. Souvent dupes des blancs, dépouillés par eux de l'héritage de leurs pères; hélas! l’usurpation qui les a décimés, et privés de leur territoire , les dépravera plus tard et consommera leur perte.
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