‹ Bellegarde ou L'enfant indien adopté [microforme]Chapitre 32 sur 61 · T. IL · texte numérisé non relu

T. IL

ennui ; et tandis qu’on lui faisait un devoir de re-

pousser comme une injure les hommages et l'amour de ceux qui l’environnaient , on lui donnait à en-

tendre que son mari pouvait user sans contrainte, au mépris àes engagemens qu'il avait solennelle-

ment jurés à l'autel, des priviléges que l’on refu-

sait au sexe le plus faible.

Cruel et barbare traité! Source de perfidie, de dissimulation et de désespoir ! Telle était, néanmoins, la situation à laquelle les femmes se trouvent réduites à l’époque dont nous parlons, lorsqu'elles avaient contratté un mariage de convenance. La séduction de l'exemple, et les distractions qui consolent ou qui égarent, venaient alors assaillir une jeune femme, abandonnée par son protecteur naturel ; elle cédait à l'attrait des plaisirs, ou s’abandonnait à une extrême dévotion qui la livrait au ridicule, tandis qu’elle n’entendait parler autour d’elle que du bonheur qu’offraisnt l’amour ec la galanterie; bonheur dont s’enivraient les personnes les moins scrupuleuses de sa société , qui n’en étaient pas moins estimées pour cela.

L'opinion de madame de Belrose n’était donc pas aussi blâmable qu'Eustace le supposait , lorsqu'elle disait que cet ordre de choses était tout naturel, et « que les choses devaient aller ainsi. »

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C’est le triste sort de tous-ceux qui sont invités à passer la soirée dans une famille française, d’être condamnés à entendre un concert d’amateurs, et comme il est tout naturel que les musiciens s’amusent en cherchant à amuser leurs amis, cette source de plaisir qui n’en est plus un, vu son imperfection, et qui met ordinairement à l’épreuve, pendant trois longues et mortelles heures, la patience des assistans. ®

Eustace était passionné pour la musique; mais comme il n’aimait pas la médiocrité, il vit avec peine que Mathilde et son maitre s’occupaient à chercher quelques-uns de ces airs qu’elle avait l'habitude de chanter à son père’ après le diner. Eustace jouait très-bien de la flûte; mais il comptait si peu sur le talent musical de la jeune amazone, qui ne s’occupait une grande partie du jour que de ses épagneuls et de son jardin, qu’il s'abstint de faire partie du concert; mais il fut bien surpris de voir que l’exécution brillante de Mathilde tenait plus de l'artiste que de l'amateur. Sa voix était belle, étendue, sonore, et sa méthode pleine d’ame et d'expression. Elle chantait italien, parce que, lisait-elle, la musique française exigeait de tels elfets de voix qu’elle ne tardait pas à la priver de sa douceur et de son étendue. En France on ne chante

pas, on s’époumone.

La soirée fut très-agréable pour notre jeune voyageur , surpris et charmé du bon goût et de l’élégance qu’il trouvait dans ce désert, où il avait cru ne rencontrer que la simplicité de la vie pastorale.

Il se retira, l'ame remplie de l’image de Mathilde. Cette charmante fille, se dit-il, semble ignorer sa supériorité ; elle réunit en elle des qua-

‘lités remarquables et contradictoires : la plus grande douceur à la plus grande énergie; l# plus douce simplicité et les plus beaux talens. Il nc réfléchissait peut-être pas que le charme attaché à toutes les paroles et à toutes les actions de Mathilde venait de ce pouvoir indéfinissable que la nature à donné à la beauté et à l'innocence, pour attirer et captiver les cœurs. Une adroite coquette n’aurait point séduit de Courcy; il ne désirait pas le plaisir, mais le bonheur, et, pour la première fois, le sentiment du bonheur avait pénétré dans son ame sous une autre forme que celle de la gloire militaue. Il pensait au bonheur domestique; il était convaincu

que sa famille aimerait la jeune fille du Canada, et, bercé par les songes de son imagination , il finit par s'endormir au milieu de sa douce rêverie.

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