I 42 BELLEGARDE
sait pas aller seule chez sa modiste pour choisir un chapeau, vu le peu de confiance que ses parens et ses amis aväient en elle. Même de nos jours, les demoiselles des classes moyennes, qui ne peuvent se faire traîner dans une voiture escortée par deux laquais, sont accompagnées de leur cuisinière ou de leur femme de chambre, pour mettre leur réputation à couvert ou pour surveiller toutes leurs démarches.
— C'est la faute des hommes, dit madame de Belrose, qui les suivent et s'arrêtent pour les regarder, comme si elles étaient des bêtes curieuses échappées de la ménagerie.
— Et cependant, ma sœur, vous êtes continuellement à nous vanter la politesse et l'esprit chevaleresque des Français, et en comparaison d’eux, vous regardez tous les autres peuples comme péu éloignés d’un état de barbarie. Comment des hommes peuvent-ils s'appeler civilisés, quand leur conduite dans la rue force une femme modeste à sortir sous la protection d’un laquais armé d’une
canne (si elle est assez riche pour payer une telle escorte), ou (si elle est pauvre), d’arracher le seul domestique de sa famille à ses occupations, pour
la garantir des insultes qu’elle peut rencontrer dans la rue?
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— En vérité, mon frère, je suis bien loin d’approuver de pareilles choses ; et j’ai souvent senti le désagrément d’être femme, quand je me promenais dans le jardin des Tuileries ou dans le parc de Versailles. J’ai été suivie parce que j'avais un petit pied, et particulièrement par les officiers de cavalerie qui ne manquent jamais de rôder autour d’une femme et de la regarder jusqu’à lui faire perdre contenance, comme s'ils cherchaient à reconnaître une vieille connaissance.
— Pensez-en ce que vous voudrez, ma bonne sœur, des officiers tels que ceux que vous venez de décrire, assez lâches pour incommoder une femme dont la faiblesse leur assure l'impunité, feraient une triste figure en présence de l’ennemi ; car les hommes qui montrent beaucoup de courage là où il n’y a pas de danger sont ordinairement les plus mauvais soldats. Les hommes braves sont modestes, et les hommes modestes protégent les femmes, et ne les insultent jamais. Si j'étais législateur, ces petites offenses seraient puuies par la loi; et si j'étais femme, un homme convaincu de s’en être rendu coupable trouverait ma porte fermée, quels que fussent d’ailleurs son rang et sa position dans la société.
— La question de culpabilité, dit madame de
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