CHAPITRE XIX
Embowell d!-if thou Embowell me to-day , ŸlL give You leave to powder me ÆAndeat me too, to-morrow.
SHAKSPEARE, ÂZenry 1.
Ah! ah! m'ouvrir le ventre! si tu as ce bonheur là, je te permettrai, moi, de me saler demain et de me manger! SHAKSPEARE.
No hay cosa mas facil que hacer mal Ni cosa mas dificultosa que sufrirle.
Miremserc, Spanish proverb.
Quoi de plus facile que de mal faire ! Quoi de plus difficile que de supporter le mal qu’on nous fait! Proverbe espagnol.
Les derniers bâtimens arrivés d'Europe apporrent à de Courcy des lettres de sa famille et de ses amis ; parmi ces dernières il s’en trouvait une du colonel du régiment dans lequel il avait servi en Irlande. Cet officier, parvenu au rang de général, venait d’être nommé gouverneur d'Halifax , et désirant avoir Eustace auprès de lui, il lui offrait le
choix de diverses places ; mais de Courcy n’hésita pas un seul instant à refuser. La guerre ‘’enait d’être déclarée ; il était sur un théâtre où :! pouvait y prendre une part active, et rien n’était moins conforme qu’une sinécure à son caractère ardent et ambitieux. De pareils postes, pensait-il, ne sont bons que pour des hommes comme Thornwood, qui ne possédent pas ce feu sacré qui anime un vrai soldat, et le porte à se battre pour l’amour de la gloire et de son pays. Outre le désir qu'Eustace avait de signaler son courage, il ne pouvait se décider à quitter une contrée où il espérait se rendre utile à l’objet de son affection. L’honneur seul était assez puissant pour lui commander de quitter le Canada; cette voix seule était plus forte que celle de l’amour. Depuis long-temps il désirait de faire servir Thornwood aux recherches qu'il avait commencées en faveur de Mathilde ; une occasion des plus favorables vint lui en procurer les moyens. Cet homme, toujours étourdi et imprudent , en dépit de sa timidité, s'était fait de nouveau une mauvaise affaire, en parlant légèrement d’une dame irlandaise, mariée à un de ces hommes qu’on appelle, dans les régimens, cerveau brûlé. M. Denis Blake se
présenta chez lui sans cérémonie, et lui proposa
tout simplement de demander pardon à genoux à
n’hésita ait d’être ouvait y ins conrrdent et , ne sont rnwood , ne un vrai jour de la u’Eustace ait se dése rendre r seul était quitter le que celle ait de faire avait COMcasion des oyens. Cet , en dépit he mauvaise ame irlan-
on appelle,
nis Blake se
lui proposa à genoux à
la dame, ou d’en finir par un coup ou deux de pistolets à travers la table. Thornwood , se prévalant de son humeur chevaleresque, déclara qu’il ne voyait pas de honte à demander pardon à une beauté offensée, et fit tout ce que le mari lui avait ordonné, avec toute la grâce et la courtoisie imaginables; mais il demanda le plus profond secret, assurant qu’il serait désespéré qu’on vint à savoir qu’il avait été assez malheureux pour manquer au beau sexe, qu’il faisait profession d’aimer, d’honorer, et de servir. Malheureusement pour le galant major , de pareils secrets sont aussitôt connus du public que ceux de la comédie ; et, le même jour, les murmures de la table d’hôte le menacèrent de l’exclure de la société des officiers. Dans cette circonstance pénible, il vint de nouveau chercher des avis et des consolations auprès du généreux de Courcy, qui ne les lui refusa pas, mais à certaines conditions, que nous devons expliquer en détail, pour la meilleure intelligence de notre histoire.
Le major se présenta chez lui dans la matinée, le visage abattu, et lui annonça, du ton de voix le plus humble, qu’un nouveau malheur venait de l’accabler, et que sa réputation et sa tranquillité dépendaient de Jui seul. |
— De quoi s'agit-il aujourd’hui ? dit Eustace en
souriant. Le major Thornwood a-t-il été malade d’une indigestion ? a-t-il perdu son argent au jeu, ou découvert quelque beauté abandonnée, arrivée tout récemment de Londres, pour réclamer son
rang de femme, et la protection d’un perfide époux ?
— Rien de tout cela, mon cher de Courcy, rien de tout cela ; mais bien pis encore. Sur mon honneur, vous saurez... Je suis un homme perdu, un homme mort; si vous ne m'aidez pas de votre courage et de votre sagesse, il me faudra prendre la fuite, ou devenir la pâture des vers.
— Vous n’avez pas commis de meurtre. dit Eus-
tace, en riant de sa contenance triste et abattue.
— Non, mon cher camarade, vous savez si j’en suis capable. Mais maudit soit le destin! certes, il ne m'avait pas fait pour être un moteur de troubles et de querelles! Car, pour dire toute la vérité, je ne sais pas me battre, et cependant. ici il hésita.…. et cependant je sens qu'avec votre secours je pourrais me rendre sur le terrain, et mourir comme un honnête homme.
— Au fait! major , dit Eustace , qui commençait à s’apercevoir qu'il n’y avait rien de plaisant dans le sujet qui avait amené vers lui ce pauvre diable.
— Il y a une cabale contre moi; et je cours risque
malade
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dit Eusbattue.
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et mourir
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d’être rayé du corps des officiers ; ainsi vous voyez bien que je dois me faire tuer ou abandonner le camp; et pour moi, qui ai toujours rendu service à tout le monde, et qui n’ai jamais désiré que de vivre en paix, c’est une cruelle alternative. Mais je ferai ce que vous me conseillerez, capitaine de Courcy ; je m'abandonne à votre direction : avec vous je n’ai pas de secrets; vous connaissez mon origine , et les efforts que j'ai dü faire pour triompher des obstacles que m’opposaient ma naissance et ma pauvreté : vous connaissez mon désir de plaire à tout le monde, et de n’être l’ennemi de personne. Maintenant que je suis parvenu à me faire une position agréable, il me serait dur de retomber de nouveau dans la classe d’où je me suis tiré; mais je me battrai si vous me le conseillez ; je me rendrai digne de votre protection.
— Vous ne m'avez pas encore expliqué, major, la nécessité où vous êtes de choisir entre ces deux maux; peut-être l’un et l’autre peuvent-ils s’éviter. Je vous en prie, venez au fait. Qui donc est venu proposer aux officiers de vous rayer de leur contrôle ?
— Je vais tout vous apprendre. [Il y a quelques soirs que je prisle thé en petite réunion chez le vieux chirurgien Green. Vous connaissez Green ; un fier à
bras, qui place deux bougies dans les mains de sa - ame et de sa fille, et les mouche à vingt pas avec ses pistolets. La conversation roula sur les bals. Je déteste de voir des personnes de mauvais ton invitées à ceux que nous donnons par souscription, comme vous le savez, et j'observai que nous devrions être plus réservés dans nos invitations, et que j'avais remarqué au dernier bal quelques dames qu'on aurait prises pour des épicières, et dont les bras rouges, à peine couverts par des gants de soie, faisaient un bizarre effet. Green me défia alors de désigner une seule de ces dames qui ne pût pas être admise en bonne compagnie. Me voyant poussé, je répondit qu’il y avait la femme d’un lieutenant dont les gros pieds étaient plutôt faits pour le pressoir que pour la danse. Green rougit, et me dit de nommer la personne que j'avais ainsi remarquée. Je refusai de le faire, ne voulant pas pousser la chose plus loin. Alors il se leva en colère, et jura qu’il n’y avait qu’un lieutenant de marié dans le régiment, que sa femme était sa propre sœur, et que tout homme qui se permettrait sur son compte la moindre plaisanterie le payerait cher. Je fus à Ja fois surpris et confus, comme vous devez bien le penser ; je demandai mille pardons de ma méprise, et je quittai la compagnie bien déterminé à
de sa
s AVEC ils. Je on inption, us deons, et dames ont les le soie, lors de pas être Dussé, Je utenant le prese dit de quée. Je la chose tra qu'il le régi- , et que pmpte la e fus à vez bien ma mé-
erminé à
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ne faire aucune remarque maligne sur les personnes de mauvais ton qui s’introduisaient dans nos s0ciétés.
— Ni contre qui que ce soit, si vous voulezsuivre mon avis, dit Eustace. Les personnes qui ont des défauts naturels sont déjà assez malheureuses de ne pouvoir les dércber à notre vue, sans que nous les mortifions en les leur rappelant.
— Mais la dame n’était pas présente ; elle n’a pu m'entendre, vous le savez bien ; pour tout au monde, je n'aurais pas poussé l’oubli des convenances jusqu’à faire une pareille observation devant elle.
— C’est possible, mon cher major; mais rappelez-vous que « Plus d’un trait lancé à l'aventure à frappé
» un but, que l'archer ne pretendait pas at- » teindre. »
Dois-je supposer que le frère vous a appelé en duel pour avoir osé critiquer les pieds de sa sœur ?
— Oh! mon Dieu, non! rien de tout cela ; mais pis encore. [Il en parla au mari; vous connaissez cet enragé, démon , qui saute par-dessus une table couverte de bouteilles et de verres, chante des chansons grivoises , et se vante d'en avoir tué huit et blessé onze en différentes affaires d’honneur,
200 BETLEGARDE.
depuis qu’il est sorti de l’école de la paroisse de Bully-Hagart. Pour en finir, Denis Blake se présenta dans ina chambre avant que je fusse levé, et jura qu'il me traînerait tout nu sur les remparts et m’exterminerait, si je ne m'habillais tout de suite, et n’allais demander pardon à sa femme! C'était, comme vous le pensez bien , terminer une affaire d’honneur d’une manière peu convenable et
indigne d’un officier; mais n’ayant personne à qui
demander censeil, et croyant qu’il était juste de
faire amende honorable à la dame, je consentis à aller lui demander pardon.
— Et est-ce pour cela, major, que vous êtes menacé d’être exclu de la table d'hôte ?
— Non pas précisément pour cela, mais pour quelque chose d’approchant.
— Thornwood , ne me cachez rien, si vous voulez que mes conseils vous soient de quelque utilité : quelque chose de plus grave encore a dü €..gager les officiers à vous exclure de leur compagnie.
— Rien, rien de sérieux, je vous l’assure, si ce n’est une petite condescendance de ma part envers la dame, mais seulement envers elle, comme vous devez bien le penser.
— Et quelle espèce de condescendance avez-vous
eue pour elle ? Auriez-vous quelque répugnanee à
se de préé, et parts ut de mme !
er une ble et » à qui ste de
entis à us êtes 1S pour
us VOUutilité :
e..gager nie.
e, si ce t envers
ne vous
JeZ-VOUS
nanee à
‘m’apprendre ce que j'entendrai probablement répéter aujourd’hui à la table d'hôte, avec des amplifications de tout genre ?
— Vous connaissez, capitaine, ma manière galante d’en agir envers les dames...Je lui ai demandé pardon à genoux.
— À genoux, major!
— Oui, à genoux, et cette idée m’est venue en me rappelant ce passage que vous connaissez :
« The prostrate lover, when he lowest lies But stoops to conquer, and but kneels to rise. »
L'amant à genoux, devant sa belle , est un conquérant qui s’abaisse pour triompher.
Eustace ne put garder plus long-temps son sérieux , et éclata de rire, mais de si grand cœur que les larmes lui en vinrent aux yeux, et le major partagea aussi franchement sa gaieté que s’il s'était agi d’une affaire qui ne le concernât pas.
— Je dois donc supposer, dit Eustace, qu’ainsi que Fhabile chevalier, dans les Femmes joyeuses de Windsor , vous êtes resté à genoux, incapable de vous relever, jusqu’au moment où le lieutenant est venu à votre secours.
— Non, mon cher ami, je vous en donne ma parole d'honneur : loin de là, je me suis relevé tout
seul, d’une manière gracieuse, et je m'en suis allé.
— Ainsi, major, c’est là le commencement et la fin de votre aventure. J’écouterai attentivement ce que les officiers en diront aujourd’hui à diner, et je serai ce soir plus à même de vous donner un bon conseil : venez me voir à huit heures.
Les officiers se divertirent à la table d’hôte de l'affaire qui affligeait si cruellement le pauvre major , et tout ce qu'il y avait en lui de ridicule fut traité avec la plus grande sévérité.
— Ce serait un coup mortel pour ce pauvre homme, se dit de Courcy, s’il savait qu’il est devenu le jouet d’une société dont il doit cependant s’attirer le respect, s’il se propose de vivre au milieu d'elle. Un seul moyen de reconquérir l’estime générale paraissait encore lui rester, selon le courageux Eustace ; c'était de se battre et de punir ceux des officiers qui les premiers l'avaient offensé ; mais il craignait que Thornwood ne manquât de courage une fois arrivé sur le terrain, ce qui l'aurait alors forcé de quitter le service. Après de müres réflexions, Eustace résolut de mettre un terme aux clameurs qui s’élevaient contre Thornwood , en prenant son parti et en déclarant la bonne opinion qu’il avait de lui, de manière à paraître son défenseur plutôt que son juge ; il commença donc par demander si
la partie offensée était satisfaite.
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— Quant à moi, je n'ai plus rien à désirer, dit Blake ; je lui ai ordonné de demander pardon à genoux , et il m’a obéi sans hésitation.
— Vous lui avez ordonné? dit Eustace avec étonnement.
— Soyez-en bien certain, répondit Blake, et ce n’est qu’à cette condition qu’il a échappé au châtiment que je lui réservais.
— Ainsi donc, j'en dois conclure que cet acte de condescendance de sa part n’était pas volontaire ?
— Mais bien certainement, dit la compagnie d’une seule voix.
Eustace garda le silence ; il vit d’un coup d’œil que le malheureux major, en lui faisant part de l'acte de soumission qu'il avait été obligé de faire pour apaiser l’orgueil blessé de mistress Blake, en avait omis le point principal, dont il était honteux; aussi, sans attendre la décision de la table d'hôte, il salua la compagnie et retourna chez lui, où il trouva Thornwood, qui l’attendait, désirant
et craignant à la fois de connaître son sort. Ses craintes ne furent point calmées par l'air de sévérité de de Courcy, qui daigna à peine s’apercevoir de sa présence.
— J'ai une question à vous faire, monsieur, dit
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Eustace, après un moment de silence, et ma conduite à votre égard dépendra de la iranchise de votre réponse. Est-il vrai, comme le lieutenant Blake l’affirme , que votre acte de condescendance, ainsi que vous vous plaisez à appeler votre génuflexion aux pieds de la dame, a été forcé, et que Le mari l’a exigé de vous, comme la seule chose qui püt vous faire obtenir son pardon?
— Mais vraiment oui; j'avais oublié de vous instruire de cette petite particularité ; je me la rappelle fort bien maintenant. Blake me dit que cela seul pouvait le satisfaire.
— Ainsi vous êtes aussi sot que lâche, s’écria Eustace d’un son de voix qui fit trembler le pauvre major; car vous ne pouvez vous flatter de vivre vingt-quatre heures dans une société qui connait la honte dont vous vous êtes couvert.
— Je vous ai déjà dit que je dois prendre la fuite, dit Thornwood, pâle de frayeur ; car je ne vois aucun moyen de réparer ma faiblesse : jc suis ruiné, perdu pour toujours.
Il se frappait le front de désespoir ; ses larmes coulaient en abondance, et s'étant levé pour sortir,
il tomba sans connaissance sur le plancher.
De Courey sonna aussitôt, et ordonna à son do-
mestique d'aller chercher un médecin. I ne tarda
conise de Blake , ainsi lexion à mari
ui pût
us ina rap 1e cela
s'écria pauvre
vivre naît la
dre la r je ne jC suis
larmes r sortir, son do-—
Le tarda
pas à arriver, et trouva le major pâle et respirant à peine. Aidé du domestique, il le transporta sur une table, où il le saigna fortement des deux bras. Il reprit peu à peu ses sens, mais le retour (le sa raison ne lui servit qu'à mieux envisager l'horreur de sa situation. Il pleure 1e nouveau amèrement, et supplia de Courcy de ne pes l’abandonner, en des termes si touchan: que la pitié l’emporta sur le mépris dans l'ame de ce généreux jeune homme.
— Je vous plains, Thornwood , lui dit-il, et je songerai au moyen de vous être utile; en attendant, mon domestique va vous accompagner chez vous, et vous ferez bien de défendre votre porte à qui que 2 soit: j'irai vous voir quand j'aurai décidé ce que je dois faire pour vous dans la position fâcheuse où vous vous trouvez. La nature a été cruelle envers vous, en vous privant de cette fermeté de caractère, sans laquelle vous ne pouvez vous faire respecter de vos compagnons, et vous avez fait un mauvais choix en embrassant une carrière où le mépris de la vie est la source de toutes les actions d'éclat. Au surplus ceux qui vous blâmeront le plus hautement sont ceux qui , dans l’occasion, seraient les plus portés à vous imiter; car la vertu la moins sûre est toujonirs la moins indul-
vente.