‹ Bellegarde ou L'enfant indien adopté [microforme]Chapitre 8 sur 61 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

O my good Gonzalo, My true preserver, and a loyal sir To him thou foilow’st, I will pay thy graces Home, both in word and deed.

SHAKSrEARE— T'empest, Act V.

« O mon bon Gonzalo, toi, mon vénérable » sauveur, siloyal envers ton maître, et ma voix » et mes services te paieront de tes bienfaits. »

D'Argenteuil avait servi sous les ordres de l’infortuné Montcalm, qui succomba, comme on le sait, sous les murs de Québec où il aurait dû se retrancher avec sa faible armée; mais ce brave général avait écouté sa valeur plutôt que sa prudence. Témoin plus tard de cette bataille, où Wolf trouva une mort glorieuse et triomphante, d'Argenteuil avait vuavec douleurson pays subir le jougétranger. Les chefs indiens, alliés des Français, avaient donné mille preuves de courage, de zèle et de fidélité.

Quelques-uns d’entre eux survivaient et appartenaient à ce village placé sous sa juridiction; car à cette époque, la hauteet la basse justice étaient cians les mains du seigneur de chaque district. Désirant améliorer leur condition, et sentant combien y contribueraient les douces et bienfaisantes lumières du christianisme, d'Argenteuil fit élever dans la petite ville de Sainte-Anne une église et une habitation convenables pour les missionnaires : pieux établissement qui fut doté d’un revenu suffisant. Ces excellens prêtres étudièrent l’idiome des Algonquins; ils surveillèrent la conduite des familles , leur donnèrent de bons conseils , leur administrèrent des secours lorsqu'ils étaient malades. Le plus éloquent d’entre eux préchait une fois par semaine, devant la tribu réunie dans l’église ; il lui expliquait les doctrines chrétiennes, et l’arrachait à cette existence toute d’instinct et de passion, qui ne pouvait plus, en face des nouveaux possesseurs de leur territoire, devenir pour eux qu’une source de malheurs.

Ces efforts, couronnés dans le principe des plus heureux succès, permirent d’espérer que l’ordre, l’industrie et les arts de la civilisation s’enracineraient au milieu d’eux; mais à mesure que la population des blancs, amenant avec elle leurs vices et

leurs défauts , augmentait dans les villages voisins,

ñ < sn RTE ARR RE Re

ER

Eve

rteans rant

ons du etite tion blisex- Lins;

leur

A s: > fon % Me mn È HSE a ;

BELLEGARDE. 31 les Indiens s'aperçurent que, dans la moralité pratique de chaque jour, il y avait peu de différence entre leurs connaissances naturelles du juste et de l’injuste, et celles des blancs qui avaient joui dès

‘ leur enfance des bienfaits d’une éducation religieuse.

Ils virent que les enfans de la civilisation avaient aussi leurs traîtres, leurs assassins, leurs voleurs. Ils reconnurent que souvent on leur donnait des objets de mauvaise qualité en échange de valeurs centuples livrées par l’Indien trop confiant, et que l’Européen violait sans honte les principes que celui-ci avait appris à respecter comme sacrés.

Alors ils virent avec fureur qu’ils avaient été, comme l’a dit un de ces sauvages, dupes de ces mechans hommes qui traversaient le grand lac sous prétexte de répandre chez eux les lumières et les sciences (1). Leurs vertus primitives avaient disparu ; ils imitèrent les vices des blancs, et sur passèrent en corruption les tribus les plus dépravées. Tout ce que les missionnaires purent obtenir, ce fut le sacrifice d’une coutume favorite et ancienne, celle de torturer les prisonniers de guerre, de boire leur sang et d’enlever la chevelure de ceux qui avaient été massacrés dans le combat.

(4) Harangue de Kahuta a sir W. Jonhstone.

Parmi les jeunes sauvages qui montrèrent quelque aptitude à recevoirles leçons des missionnaires, un seul donna tant de preuves d’élévation, d’esprit et de sensibilité, qu’il fixa sur lui l'attention de ses précepteurs et mérita l'amitié du baron d'Argenteuil.

Il avait appris à parler et à écrire la langue française avec élégance et facilité. À quinze ans il reçut la confirmation, et pour rappeler le zèle, la fidélité et la loyauté qui avaient toujours distingué sa conduite, d'Argenteuil lui donna le nom français de Bellegarde. Outre les facultés intellectuelles dont la nature l'avait si richement doué, son organisation physique était remarquable: à la grâce, à la force, à une taille élevée et athlétique, il joignait l’agilité de l’écureuil, une souplesse et une adresse extraordinaires ; il eût vaincu à la course un

cheval canadien, et à la nage le matelot européen le plus vigoureux.

Fiers de sa supériorité, et craignant de le perdre et de s’en faire un ennemi, les Indiens lui cachèrent aussi long-tempsque possible son origine. Bellegarde n’était pas de la race Algonquine. Le territoire occupé de temps immémorial par la seule nation des Ontarios (établie sur les bords du lac de ce nom) avait été envahi vingt années auparavant par les guerriers Algonquins. Les chefs Ontarios envoyè-

rent usurpi voyés généri tribu rieux al’im au m

expéd lèrent

ple e

alors

bine

Algoi de d père;

de cc hawl son € les n rent

Ce lui 1 la m avai

dont

que s, un it et préeuil.

gue ns il

PR EALRE En du EC D en GE Mo EN EME RTRE

rent une députation pour se plaindre de cette usurpation : mais leurs ambassadeurs furent renvoyés avec mépris. L'hiver suivant, le massacre général des envahisseurs vengea l'honneur de la tribu outragée. De leur côté, les Algonquins furieux rassemblèrent toutes leurs forces, et tombant à l’improviste sur les villages Ontarios pendant l'été, au moment où l’on ne pouvait s'attendre à une expédition de ce genre, ils y saccagèrent et y bràlèrent tout. Le chef des Ontarios, voyant son peuple exterminé, mit sur ses épaules son fils unique alors en bas âge, et prit la fuite. Un coup de carabine le renversa dans sa course. Le vieux guerrier Algonquin, qui l'avait tué, délia les couvroies en cuir de daim qui attachaient l'enfant au cadavre de son père, le prit dans ses bras, sentit un mouvement de compassion, et au lieu de le frapper de son tomahawk , le posa sur le sol pendant qu’il scalpait son ennemi. Le jeune Bellegarde fut remis entre les mains des femmes, qui l’adoptèrent et l’élevèrent comme un enfant de la tribu. |

Ces détails, long-temps cachés à Bellegarde, ne lui furent révélés que par une vieille sérvante de la mission, qui, dans les longues soirées d’hiver, avait coutume de lui raconter les histoires de guerre dont les enfans sont si avides. L'enfant prêta à sa

propre histoire une attention fort sérieuse : comme s’il eût déjà médité le dessein de retourner un jour dans sa tribn , d’en rassembler les restes épars , et d’y réclamer son droit de naissance, il pria la vieille

servante des Algonquins de ne dire à personne qu’elle lui eût raconté l’histoire de son père. Après sa confirmationà l’église des missionnaires,

le baron d'Argenteuil le prit à son service, et le chargea de l'accompagner dans ses courses avec sa fille sur le lac, et deles aider dans leurs chasses. Son élévation à ce poste dans la famille du baron, égal, aux yeux des sauvages, au plus grand roi de la terre, n’excita aucune jalousie parmi ses .compagnons. Les jeunes filles choisirent les plus belles peaux pour ses moccassins, et rivalisèrent de goût en les bordant avec des dards de porc-épicteints des couleurs les plus précieuses et les plus brillantes. Le baron ne lui fit point porter une livrée que son orgueil aurait refusée sans doute. L’Indien regarde tout signe de servitude comme une dégradation. Un costume de fantaisie, assez semblable à celui des Indiens pour la forme, lui avait été préparé par lui: c'était une chemise de coton sans collet et un pourpoint de léger drap bleu qui, ser-rant sa taille, et retenu par une jarge ceinture de

laine élastique, se tautonnait sous la gorge , et se

RL Re SACS ER 7 A Sn ET

long

termi

cuivr dont

ses fr daien de la pugn: enlev leurs

la gr

gran sa tu

plum

bonn porte ses f baro

Le style cour fiaier tite trav baig l'ent

mme jour rs , et ieille sonne

aires, et le avec asses, paron, roi de ompabelles goût ts des tes.

e que en reradable à é pré- 1 sans |, SCr-re de

et se

| * # ä FA ‘ F ; À LA

terminait par un collet brodé ; enfin un bracelet de cuivre à chaque poignet et les moccassins élégans dont nous avons parlé distinguaient Bellegarde de ses frères les hommes rouges. Ses vêtemens descendaient assez bas pour laisser le genou et une partie de la jambe à nu , car les Indiens ont autant de répugnance à cacher leurs jambes que les Turcs à enlever leur barbe et les paysans russes à laver leurs figures , comme le leur a ordonné l’ukase de la grande Catherine. La fille du baron plaça un

long poignard dans sa ceinture, et lorsque ses

grands cheveux noirs, pendant jusqu’au bord de sa tunique, furent tressés, elle y attacha une belle plume d’aigle, pour remplacer le chapeau ou le bonnet, que rien ne pourrait engager un Indien à porter. Équippé de la sorte, Bellegarde entra dans ses fonctions importantes de garde-du-corps du baron et d’écuyer de sa fille.

Le château d'Argenteuil , quoique bâti dans un style moderne, était entouré de bastions et de courtines; des ponts-levis et des herses en fortifiaient l'entrée. Un large fossé l’entourait; une petite rivière, descendant d’une montagne voisine, le traversait avant d'entrer dans le lac, et ses eaux baignaient un desflancs de lédifice. De ce côté, l'entrée était une voûte élevée qui permettait aux

bateaux de pénétrer dans la cour , et ils pouvaient y être en sûreté au moyen d’une grille de fer qu’un mécanisme , placé au-dessus dans un corridor, faisait mouvoir à volonté.

Quoique cette élégante petite forteresse fût privée d'artillerie , elle pouvait servir de lieu de refuge aux habitans du voisinage dans le cas d’une attaque soudaine tentée par les Indiens qui habitaient les bords du lac Érieet Ontario ; et le baron n'avait pas eu d'autre but en donnant à son château l’apparence d’une forteresse. Aux yeux de ses détracteurs ( et quel homme n’a pas les siens ? ) le souvenir et l’arnour des temps féodaux avaient seuls guidé le baron.

La famille du vieux noble Canadien était composée de sa sœur, veuve, qui faisait les honneurs de sa table, de sa fille Mathilde, alors âgée de dix-sept ans , d’un chapelain , le père Leclerc, dont le savoir et le mérite, n'étant protégés en France sa patrie par le crédit d'aucun noble, d'aucun dignitaire, étaient obscurs, et qui s'était décidé à s’expatrier pour aller faire l'éducation de la jeune Mathilde. Enfin un professeur de musique et de dessin complétait le cercle de cette heureuse et simple famille.

D’Argenteuil vivait dans l’aisance sinon dans le

Sn RES EDS 05 NC A EE HE CSS

LÉGER AS a CE PRES Le CS

luxe. |

pour « bitans sieurs ge du Indie {ôrets teuil é lité. L l'oppr nobles lui rer gardai bruya jeunes avoir livre chercl

Page 1