‹ Bellême sous Louis XIIIChapitre 1 sur 9 · Bellême sous Louis XIII · texte numérisé non relu

Bellême sous Louis XIII

Dans une étude précédente, la vie de Pierre de la Reinière, gouverneur de la ville de Bellême « et du chasteau d'y celui » était exposée, et le héros de notre histoire, après une vie active consacrée pendant vingt ans au service d'un illustre maître, s'éteignait quatre jours après une criminelle mort L'horreur de l'assassinat commis par Ravaillac vint troubler l'agonie du vaillant guerrier qui méritait si bien mourir plus paisiblement. Le fils aîné de Pierre de la Reinière, issu de son mariage avec Anne le Chevallier, lui succéda dans son gouvernement de la ville et du château de Bellême ; non que ce gouvernement fut héréditaire attaché à une certaine famille ; mais pour cette fois la royauté se montra reconnaissante ; et voulant récompenser les services signalés du père , laissa au fils le soin de continuer une œuvre de fidélité. La carrière administrative de René de Fontenai, chevalier, seigneur de la Reinière, n'eut pas l'éclat, le retentissement de celle de son père ; ne nous en étonnons pas ; les temps étaient bien changés. Pierre de la Reinière entrait en scène à l'une des époques les plus troublées, les plus précaires du seizième siècle. Alors la France était en convulsions ; les huguenots massacraient les catho-

liques qui le leur rendaient largement; les ligueurs, sous prétexte de fidélité à un principe étrange de légitimité, livraient la France au roi d'Espagne , à l'exclusion du Béarnais. Le succès fut pour le plus habile, le plus hardi ; il resta au fils de Jeanne d'Albret. Le rôle de la Reinière avait été à l'avenant de celui du prince auquel il s'était attaché ; courant les grandes guerres, s'exposant aux périls. Le gouverneur de Bellême avait eu sa part des succès et des honneurs de ces temps pleins de vicissitudes. La vie de René de la Reinière fut agitée sans doute, mais diversement; tout était changé à la cour de France. Après une période cruelle pour la nation, Henri IV lui avait rendu la paix, la sécurité. La France se reposait de ses malheurs, réparait les misères passées ; la prospérité, la richesse renaissant, faisaient oublier des détresses infinies. Les coffres de l'Etat se remplissaient grâce à la sage administration de Sully ; le roi était en mesure de mettre à exécution des projets conçus pour une plus grande prospérité de la France quand la mort vint l'arrêter subitement. Au roi vaillant qui eut le triple talent légendaire succéda le règne d'un enfant maladif, gouverné par une femme de faible esprit ; elle même circonvenue par les princes gouverneurs des grandes provinces, courtisans avides, jaloux les uns des autres, aspirant à l'autorité suprême, et qui, pour premier et principal exploit, mirent la main sur les trésors de l'Etat. Rien de plus tiraillé, de plus triste que la régence de la veuve de Henri IV, ce qui sera le plus reproché à ce pauvre gouvernement c'est d'avoir, par des agitations sans fm, ni trêve, supprimé la sécurité et d'avoir ramené la misère des plus mauvais temps. A cette époque de peu de gloire, de nombreuses tentatives de guerres civiles, l'action de René de la Reinière se borna au rôle de rester sur un qui vive continuel ; d'armer , de désarmer sa châtellenie, suivant le besoin du moment, l'ordre royal, ou ministériel ; rôle sans gloire, passif, épuisant, qui avait l'inconvénient de tourmenter les esprits par une alarme intermittente de guerre, d'enlever les populations à la tran-

quillité normale sans laquelle rien d'utile ne s'exécute. Nous suivrons l'administration de René de la Reinière dans les phases qui nous sont connues et en nous servant des matériaux authentiques tombés à notre disposition.

Peu d'années après la mort de Pierre de la Reinière, nous voyons le roi Louis XIII donnant l'ordre à René d'augmenter sa force militaire. L'époque anarchique de la Ligue est passée ; nous remarquons avec plaisir qu'une plus exacte discipline, reste du régime précédent, subsiste dans l'administration militaire. En même temps que la levée de soldats est ordonnée, René est prévenu qu'il sera subvenu aux besoins de ses hommes. Le gouverneur échappa donc à cette position pénible d'avoir sous son commandement des soldats sans solde, pour l'entretien desquels il faut prendre l'argent où l'on peut le saisir.

On remarque dans cette première lettre du roi l'absence de désignation d'emploi des soldats qu'on enrôle. La pensée précise de Henri IV ne se retrouve plus ; événements et hommes ont changé. On sent déjà l'indécision et l'hébétement du trop jeune roi. Il n'était plus question de porter la guerre en Allemagne, projet arrêté par le roi précédent, d'abattre la puissance de la maison d'Autriche, de se garantir contre le mauvais vouloir du roi d'Espagne ; il fallait, rôle plus modeste, se soustraire aux inquiétudes que donnaient à l'intérieur les agitations des seigneurs, trop influents gouverneurs des grandes provinces de France.

« Monsr de la Regnière, j'ai trouvé bon sur les occurences qui se p,nten' de vous accorder vingt hommes pour mestre en garnison au cha^ii de Bellesme pour vous donner moyen de m'y servir selon la volonté que je suis asseuré que vous en avez. Je vous escris cette 1^ pour vous advertir et asseurer que je les ay faict employer en Testât et ordonnance à qui est nécessaire pour leur entretenement afin que vous pourvoyez à en faire promptement la levée et l'établis-

sèment priant Dieu mons*" de la Regnière qu'il vous ayt en sa Si« garde. Escrit à Poitiers le 11^ jour de septembre 1615.

LOUIS

POTIER

Huit mois après, sous prétexte d'un arrangement dans une conférence tenue à Londres, Louis écrit à la Reinière qu'on n'a plus besoin de soldats, qu'il ait à les licencier. Voici l'ordre qui n'a de remarquable que d'être donné par une main royale.

« Mons"" de la Renyere la conférence qui se faisait à Londre estant enfin terminée par ung accord au moyen du quel mes sujetz peuvent dorénavant vivre en paix union concorde les uns avec les autres sous le bénéfice de mes édicts comme ils ont faicts cy devant les vingt hommes de pied que jay ordonné tenir garnison dans ma ville de Rellesme n'y sont plus nécessaires c'est pourquoi ma volonté est que vous les fassiez licencier aussytot que vous aures receu ceste cour'e que je vous escris pour vous en advertir et je donneray ordre quil soit porveu à leur paiement. Mais cependant ne laisses de vous en descharger et me rendez en ceste occasion la prompte obéissance que me debvez et que jattends de vous en toutes. Priant Dieu qu'il vous ayt, Mons"" de la Renyere, en sa sainte garde. Escript à Blois le yj jour de may 1616.

LOUIS

Malgré l'ordre donné de licencier les hommes d'armes levés pour des besoins éventuels, Louis XIII voulait que la discipline , l'ordre régnassent dans ses châteaux. Le relâchement a ses inconvénients ; il devenait péril en face d'une menace continuelle de guerre civile. Puis, le gouverneur René avait-il hérité de son père ses qualités de commandement qui font un chef toujours prêt? Le roi donc se crut obligé de donner l'ordre formel de se maintenir dans

un état permanent de surveillance et de stricte observance du règlement. L'ordre royal indique suffisamment la préoccupation de ce temps d'agitations politiques.

« Mons. de la Reynière encore, que vous n'ayez eu aucun commandement de ma part pour faire cesser les gardes en ma ville et chasteau de Bellême que je vous ay cy devant ordonné d'y faire faire jay jugé neantmoins à propos par les occaons qui se présentent de vous mander ou elles auroient esté discontinuées que ma volonté est quelles sy facent exactement comme auparavant et avec le soing quil ne soit entreprins auicune chose au préjudice de mon austhorité ne quy puisse vous empescher de me servir comme vous le debvez. Et n estant cette lettre pour autre effet et masseurant que vous ne manquerez de satisfaire à ma dicte volonté je prie Dieu quil vous ayt Mons. de la Reynière en sa sainte garde Escrit à Paris le xvj« jour de décembre 1616

LOUIS

POTIER

Si le désordre régnait à cette époque dans les hautes régions du gouvernement, il était tombé pareillement dans l'administration des finances. Le gouverneur de Bellesme et ses soldats ne trouvaient pas toujours prêt l'argent que les règlements affectaient à leurs besoins. Une contestation de paiements donna lieu à la correspondance qui va être reproduite quoique n'étant pas d'une main royale ; mais parce qu'elle fait connaître des irrégularités que nos habitudes actuelles ne toléreraient plus. La première pièce de cette correspondance pourrait être entachée d'inexactitude, copiée qu'elle est sur une copie mal vérifiée. Elle sera utile comme point de départ de la question ici exposée.

« 19 février 1617. Estât des appointements ordonné par chacun mois à ceulx de la garnison establie dans le chat, de Belleme qui seront paiez suivant et ainsy qu'il suit

Au sr de la R.eynière cappne la somme de cent livres cy c

A un sergent vingt-quatre liv xxiv

A dix-huit soldats y compris deux caporaux a raison de vingt livres chacun des dits caporaux et douze livres pour chacun des dits soldats la somme de deux cent trente -deux livres cc.xxxn

Montant et revenant les dits appointements par chacun ce mois à la somme de trois cent cinquante six livres

Laquelle somme sera payée et fournie audit s»" de la Reynière par advance par les habitants et collecteurs des tailles de Belesme et aultres paroisses qui en dépendent pour être employée à distribuer suivant le présent estât et rapportant par les d. habitants et collecteurs de chacune paroisse copie du d. estât deuement collationnée à l'original avec les quittances du d. s"" de la Reynière, le receveur des tailles de l'élection de Mortagne sera tenu de prendre les d. quittances pour argent comptant et en ce faisant les tenir quittes et deschargez de pareille somme sur le général de la taille comme pareillement le d. receveur des tailles envers le receveur, général des finances ce qui leur est endjoint de faire sans difficultés en vertu du pouvoir à nous donné par sa Ma'^ fait au camp de la Ferté-Bernard le x^ jour de fébvrier 1617.

Charles DE VALOIS.

Bon pour trois cent cinquante-six livres

Par Monseigneur

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