‹ Bellême sous Louis XIIIChapitre 5 sur 9 · LUYS · texte numérisé non relu

LUYS

Nous prévoyons les questions et les demandes de commentaires. L'explication seule possible est que le roi fut satisfait des bons services de Courboyer. Il lui en donne la preuve en faisant de nouveau appel à son courage et à son dévouement. Seize mois après l'événement de Saarbruck, Louis XIII écrivait à son fidèle de Courboyer :

« Louys par le grâce de Dieu R. de Fr. et de Nav. au ch. et bien amie le capp"^ Courboyer salut. Ayant estimé a propos pour le bien de notre service d'augm. les forces que nous avons sur pied d'un régiment de gens de guerre a pied français composé de douze enseignes de cent hommes chac soulz la charge du sieur comte de Quinecey (■?illisible) et scachani que pour commander une des enseignes nous ne pouvons faire un meilleur choix que de votre personne sur

l'asseurance que nous avons de vos sens;, suffisante valleur et expérience au faict des armes fidellité et affection à notre service bonne conduite et diligence a ces causes nous vous avons commis et ordonné et dépputté comettens ordonnons et dépputtons parces près, signées de n^ main, pour lever et mettre sus incontinent et le plus diligemment quil vous sera possible une compagnie de cent hommes de guerre francois des meilleurs plus vaillants et agueris soldatz que vous pourrez choisir laquelle vous conduirez et emploirez soulz l'autorité de mon très cher et bien aimé cousin le duc d'Epernon pair de France et colonel g»' de l'infanterie fr^e, et en son absence de n^ très cher et bien aimé beau frère le duc de la Valette aussy pair de Fr^ receu à sa survivance La partout et ainsy quil vous sera par nous ou nos trente génér. commis et ordonnée pour n'' service et n. v. ferons payer ensemble les officiers et les soldats de votre compagnie des soldats, estats et appointements qui vous seront et a eux deus suivant les montres et rôles qui en seront faites par les commiss'^s ç[q ^qs guerres, à cedépartis tant et si longuement quils seront sur pied pour n^ service tenant les mains quils vivent si modestement que nous n'en recevions aucune plainte De ce faire nous avons donné et donnons tout pouvoir autorité, commission et commandement spécial. — Mandons a tous quil appartiendra qua vous en ce faisant ils m'obéissent car tel est notre plaisir Donné a Paris le xx° j"" de febvrier l'an de grâce 1635 et de notre règne le 25^ signé LOUYS et plus bas par le Roy. »

Collation de la présente a esté faicte à son orig' estant en parchemin sain et entier représente par led. s"" de Gourboyer auquel cela faict, a été rendu par nous notaire, garde nettes royaux et tabellions héréditaires. Bellesmes soulz le 6^ jour d'août 1635 après midy Defontenay Gourboyer.

HUGIN ?

Il est à regretter que la lettre précédente n'indique pas

la destination donnée à de Courboyer et à ses compagnons d'armes qui doivent être des chevaliers des maisons féodales voisines.

Les termes d'estime et d'affection dont se sert le roi en s'adressant à de Courboyer sont à remarquer ; on le distingue bien, l'un et l'autre sont de vieilles connaissances et de bons amis.

Un billet du deux mars 1635 n'a pas d'autre intérêt que d'indiquer la position administrative plus étendue du comte de Tresme ; s'il continue à être lieutenant-général des provinces du Perche, Maine et Laval, il est aussi désigné gouverneur des ville et château de Caen.

<( 2 mars 1635, dit le billet lettre du C'° de Tresme, gouverneur des ville et ch»" de Caen et lient, genér. aux pays du Maine, du Val et du Perche pour envoyer le reg' du C" de Guines en garnison en la ville d'Ernée "? pour dix jours seulement. Les officiers et habi' devront le recevoir et loger et lui fournir les vivres et autres choses nécessaires suivant le dernier reglem. fait par S. M.

En 1638 les combinaisons politiques de Richelieu nous avaient jeté en pleine guerre avec l'Autriche. Si nos armes étaient heureuses sur le Rhin, il n'en était pas de même ailleurs. Devant Saint-Ouen, le maréchal de Châtillon avait dû céder sous une pression plus forte du prince Thomas et de Piccolomini. La province du Perche eut le contre-coup de ce revers. Le quatre août, elle reçoit l'avertissement de l'envoi de M"" de Bragelonne en qualité de commissaire dans le haut et bas Perche, afin d'y faire des levées pour l'armée du maréchal de Châtillon. L'avertissement est accompagné d'une invitation pour empêcher que le peuple ne reçoive aucune foule ni oppression à cette occasion.

L'original de la lettre manque à la collection des lettres sujet de ce travail.

Ici so termine la correspondance royale adressée au gouverneur de Bellême par Louis treize dont la mort arriva cinq ans après, en 1643. Sans doute cette correspondance, qui dura un règne entier, n'éclaire pas les grands faits de l'histoire générale ; les événements qui se sont accomplis dans ces derniers siècles sont bien connus ; mais ceux qui aiment leur pays, qui sont curieux de l'histoire de leur clocher ne liront peut-être pas sans satisfaction les confidences royales avec une famille de notre pays percheron. Ces lettres, laissées dans l'obscurité jusqu'à ce jour, ont aussi le mérite de paraître pous la première fois. Elles entretiennent le lecteur de détails relatifs à notre patrie percheronne qui étaient restés inconnus. C'est donc à ce titre que la correspondance peut paraître importante aux amis de l'histoire percheronne ; et c'est à eux spécialement qu'elle est offerte avec plaisir.

Ce qui suit de la correspondance est malheureusement trop court. On sait combien la minorité de Louis quatorze fut orageuse. L'année 1652 fut pour toute la France une des plus tourmentées. Depuis dix années, on n'avait plus le bras énergique de Richelieu pour commander aux passions et les dominer. Pendant ces temps de troubles, la ville de Bellême avait été très-négligée ; soit misère, l'argent du trésor ne refluant pas jusqu'à elle, paraît-il ; soit insouciance, la ville de Bellême perdant de son importance comme position; soit autre cause. Cette négligence devint l'occasion d'une lettre sévère adressée au gouverneur de Bellême et aux habitants par le lieutenant général de Tresmes. A l'opposé du langage du Roi, qui était remarquablement poli, décent, amical même ; celui de son inférieur n'est rien moins que convenable ; il sent le manque d'éducation et les habitudes de corps de gai de. En lisant la lettre du lieutenant général de Tresme, on se demande où le grand seigneur a passé sa vie. On remarquera, dans l'ordre, « l'obligation delà corvée « pour les habitants à peine de vie; l'enceinte des murailles « offerte comme asile aux habitants de la campagne en cas « d'attaque ; l'obligation aux habitants de se fournir de

« poudre ; l'invitation aux attaqués de se servir des petites « pièces d'artillerie, etc. Quant à cette dernière recommandation, elle paraît peu sérieuse pour ceux qui connaissent lesdites pièces restées immaculées de sang humain et dont le plus digne emploi a été d'annoncer et de célébrer les fêtes nationales.

« Monsieur, je vous écrivis hier au soir par mon laquais ; mais maintenant j'ai appris que les portes de Bellesme sont rompues et la porte du château, je vous prie en recevant la prés'e de faire assembler la ville et faire commandement de par le Roy de faire travailler présentement à tout ce qui est nécessaire pour la ville et le chasteau dont vous êtes responsable comme gouverneur et eux comme habitans des villages les plus proches travailler à la corvée à peine de la vie et s'il y avait apparence de quelque guerre vous leur ferez commandement d'apporter leurs bardes dans la ville et vous aider à la garde et aussy que se fournisse de poudre ce quils jugeront nécessaire en cas que l'on l'attaquasse et les petites pièces que vous avez faites les monter présentement et raccommoder la ceinture des murailles, j'escris à Mess, de la ville (cette lettre n'existe plus) afin quils satisface a ce que je vous mande, je vous prie de menvoyer un homme mercredy qui me dise en quel estât sont toutes choses et sil est nécessaire quejy aille, jiré à l'heure mesme.

Je suis Monsieur votre très humble serviteur

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