SCÈNE IX
c’est le mari, ça ?.. Bonjour, monsieur...» Continuez donc, marquise.
honesta, très-vite.
Eh bien ! ce sera tous les jours ainsi... le matin, des cavalcades avec Alberto... car je monte à cheval comme une amazone... il y avait un manège dans mon couvent...
BRANCADOR.
Mais, je n’y monte pas, moi, à cheval!... Il.n’y avait pas de manège dans mon couvent, à moi!
HONESTA
Eh bien ! vous resterez au logis... Le soir, concert, bal, fête... Je chanterai avec Alberto, je danserai avec Alberto.
BRANCADOR.
Mais je ne danse pas avec Alberto, moi.
HONESTA
Vous irez vous coucher... Allez vous coucher, mon cher; allez donc vous coucher.
brancador, éclatant.
Mais vous m’avez donc trompé, volé, comme dans un bois, madame!.. Quand vous proposiez de mettre des chardonnerets dans des corbillons, ce n’était donc pas un non-sens?... vos souris blanches étaient donc des lieutenants de carabiniers déguisés?... A vos petits arrangements, il y a un petit obstacle... (Se frappant la poitrine.) Et le voilà, le petit obstacle!
HONESTA
Bah !.. les obstacles, on les soulève.
brancador , hors de lui.
Vous ne me soulèverez pas, madame!... je vous défie de me soulever ! A dater de ce jour, je vous enferme !... je vous grille !... je vous verrouille !... (Criant.) Des verroux!... qu’on m’achète une quantité de verroux!... Je veux me ruiner en verroux !*
Ah! oui-dà?... Eh bien! monsieur, comme vous serez enfermé, grillé, verrouillé avec moi... je ferai de vous ma victime, mon martyr, mon souffre-douleur!... Je troublerai votre existence à coups d’épingles... Ah! vous achèterez des verroux?.. alors, moi, j^achèterai des épingles... [niant.) Pendant que vous vous ruinerez en verroux, je me ruinerai en épingles... à votre
usage...
BRANCADOR.
Malheureuse !... tu veux faire de moi une victime pelote !
HONESTA
et une
Vous serez piqué... piqué, lardé jusqu’à... jusqu’à ce que je sois veuve... et alors j’épouserai Alberto dans votre propre villa !
BRANCADOR.
Mille millions de carabiniers!...
* H., Br.
30 BELPHÉGOK.
honesta, riant aux éclat s.
Mille millions aussi 1*
Air de M. Hervé.
Il faudra vous y faire,
Tel est mon caractère,
Et je dois sans mystère Vous en prévenir.
Je suis, plus que personne,
Aimable, douce et bonne.
Mais, sitôt que j’ordonne,
Il faut m’obéir! **
Êcoutez-moi,
Voici ma loi :
Ici, le roi,
Ce sera moi.
Sages ou fous.
Que tous mes goûts Soient, cher époux,
Des lois pour vous.
Je régnerai,
Gouvernerai,
Je danserai,
M’amuserai...
Vous vous plaindrez,
Vous gémirez,
Vous m’ennuierez,
Et vous serez...
(Mouvement de Brancador .) ***
ENSEMBLE
Il faudra vous y faire, etc.
brancador, après le premier vers de la reprise.
Quel charmant caractère!
Mais vous pourrez, ma ch’ere,
Vous en repentir!
Car ma tétc bouillonne !
; Ma rage éclate et tonne !
Moi seul ici j'ordonne,
11 faut m’obéir!
(Honesta sort.)