SCÈNE IX
elle.) Attends, attends, je Tais te retirer... (La musique cesse.) honesta, avec explosion, en croisant ses mains sur son collier.
Mes diamants !... jamais ! jamais ! ( Ellerelève la tête, ses yeux brillent. Ce n'est plus la jeune fille douce et timide, c'est une femme vive et ardente.)
brancador, étonné.
Hein !
honesta, très-gaiement.
Oh ! je les garde!... et ce n’est pas assez !... j'en veux encore... aux bras, au corsage, dans les cheveux, partout!... Des diamants!... mais c'est notre vœu, notre rêve, notre ambition, notre bonheur !... Que cherchons-nous dans le mariage ?... le mari?... fi donc!... les diamants, rien que les diamants !... Et vous voudriez m’enlever mon collier !... Ah ! vous m’arracherez plutôt la vie ! ( Elle le regarde d'un air menaçant.) * brancador, un peu interdit.
. Il paraît... qu’elle y prend goût.
ÎIONESTA .
Mais ce n’est pas tout... il me faut des robes de brocart... des dentelles... des...
BRANCADOR.
Je t’en couvrirai, bel ange... mais, permets... à quoi bon ici, dans cette villa solitaire?
HONESTA
Comment îàquoi bon?... mais pour briller au bal... car nous donnons un bal ce soir...
BRANCADOR;
Nous donnons un bal ce soir?
HONESTA
Et un autre demain... c’est convenu!
BRANCADOR.
Quelle folie!... un bal, à nous deux!... La société sera choisie, mais peu nombreuse.
HONESTA
Par exemple !... vous inviterez tous les jeunes gens des environs... (Vivement.) N’oubliez pas surtout le o® régiment de carabiniers, qui est en garnison àCaserte ! ** brancador, bondissant.
Elle Connaît le 5 e carabiniers!... (Avec ménagement.) Tu connais le 5 e carabiniers, douce colombe ?
HONESTA
C’est le régiment qu’on invitait aux fêtes du couvent... un corps superbe.
BRANCADOR.
Ah! le couvent reçoit?...
HONESTA. . *
Tous les ans... à la distribution des prix...
* H., Br.
** Br., H.
Air : Cette baigneuse fugitive. (Le canotier.)
Ce régiment, plein d’élégance,
Nous fournit tous nos cavaliers,
Et les grands prix, pour récompense,
Dansent avec messieurs les officiers.
Au gros-major, par politesse,
Le prix d’honneur...
brancador, riant forcément. VJ.
C’est donc alors
Le colonel qui, comme chef du corps,
Fait danser le prix de sagesse?
(Se contenant.) Mais toi, cher ange, toi?
HONESTA
Ah! moi, je dansais toujours, toujours, toujours avec Alberto.
BRANCADOR.
Ah! tu dansais toujours, toujours, toujours avec Alberto!..
Et quel est ce drôle?
HO.NESTA.
Ce drôle!... Alberto, le petit lieutenant, qui venait tous les jours au parloir, pour voir sa sœur... et qui ne voyait que moi... il m’aime tant!... Et il m’aimera toute sa vie, voyezvous... Aussi, quand il a su notre mariage, il était désespéré, furieux; il voulait vous massacrer !
BRANCADOR.
Alberto avait l’intention de me massacrer!
HONESTA
Oui... mais il vous a vu, et... il s’est mis à rire... (Elleritaux éclats.) Ha ! ha I ha !
BRANCADOR.
J’aime mieux cela... c’est-à-dire, non!... Continuez donc, marquise.
Eh bien! nous l'inviterons, avec tous ses camarades... tout l’état-major... Oh! comme nous nous amuserons!
BRANCADOR.
Et moi?
HONESTA
Vous, vous ne vous amuserez pas... vous resterez dans un coin...
brancador, riant forcément.
Dans un coin?... tout seul?... sur ma banquette?...
HONESTA
N’est-ce pas votre place... votre rôle... puisque vous êtes le mari... Allez donc! allez donc!
BRANCADOR.
Comment! mais je saisis parfaitement la combinaison... Pendant que vous danserez avec les quatre escadrons, je resterai bien tranquille dans mon petit coin... on se dira : «Quel est ce vieux maussade, là, sur sa banquette? — C’est le mari. — Ah !