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HISTOIRE DE H. DE BOROSE

146. — H. DE BoRosB naquit vers 1780. Son p^ était secrétaire du roi. II perdit ses parents en bas âge, et se trou> 1 de bonne heure possesseur de quarante mille livres de rentes. C'était alors une belle fortune; maintenant ce n'est que ce qu'il faut tout juste pour ne pas mourir de faim.

Un onde paternel soigna son éducation. Il apprit le latin, tout en s'étonnant que, quand on pouvait tout exprimer en français, on se donnât tant de peine pour apprendre à dire les mêmes choses en d'autres termes. Cependant il fit des progrès; et quand il fut parvenu Jusqu'à Horace, il se convertit, trouva un grand plaisir à méditer sur des idées si élégamment revêtues, et fit de véritables efforts pour bien connaître la langue qu'avait parlée ce poète spirituel.

Il apprit aussi la musique, et, après plusieurs essais, se fixa au piano. Il ne se jeta point dans les difficultés indéfinies de cet outil musical \ et, le réduisant à son véritable usage, il se contenta de devenir assez fort pour accompagner le chant.

1 . Le piano est fait pour faciliter la composition delà musirae et pour aecom> pagner le chant. Joué seul, il n'a ni chaleur ni expression. Les Espagnols indiquent par bordonear Taction de jouer des instruments qui se pincent.

Mais, sous ce rapport, on le préférait même aux professeurs, parce qu'il ne cherchait pas à se mettre sur le premier plan; ne faisait ni les bras ni les yeux^; et qu'il remplissait consciencieusement le devoir imposé à tout accompagnateur, de soutenir et faire briller la personne qui chante.

Sous l'égide de son âge, il traversa sans accident les temps les plus terribles de la révolution ; mais il fut conscrit à son tour, acheta un homme qui alla bravement se faire tuer pour lui; et bien muni de l'extrait mortuaire de son Sosie, se trouva convenablement placé pour célébrer nos triomphes, ou déplorer nos revers.

M. de Borose était détaille moyenne, mais il était parfaitement bien fait. Quant à sa figure, elle était sensuelle, et nous en donnerons une idée en disant quç, si on eût rassemblé avec lui, dans le même salon, Gavaudan des Variétés, Michot des Français, et le vaudevilliste Désaugiers, ils auraient tous quatre eu l'air d'être delà même famille. Sur le tout, il était convenu de dire qu'il était joli garçon, et il eut parfois quelque raison d'y croire.

Prendre un état fut pour lui une grande affaire : il en essaya plusieurs; mais, y trouvant toujours quelques inconvénients , il se réduisit à une oisiveté occupée, c'est-à-dire qu'il se fit recevoir dans quelques sociétés littéraires; qu'il fut du comité de bienfaisance de son ainrondissement, souscrivit à quelques réunions philanthropiques, et en ajoutant à cela le soin de sa fortune, qu'il régissait à merveille, il eut, tout comme un autre, ses afi'aires, sa correspondance et son cabinet.

1. Terme d'argot musical : faire les bras^ c'est soulever les coudes et les arrière-bras, comme si on était étonfiTâ par le sentiment : faire les yeux, c'est les tourner vers le ciel, comme si on allait se pâmer; faire des briocheSf c'est manquer un trait, une intonation.

Arrivé à vingt-huit ans, il crut qu'il était temps de se marier, ne voulut voir sa future qu'à table, et, à la troisième entrevue, se trouva suffisamment convaincu qu'elle était également jolie,- bonne et spirituelle.

Le bonheur conjugal de Borose fut de courte durée : .à peine y avait-il dix-huit mois qu'il était marié, quand sa femme mourut en couches, lui laissant un regret éternel de cette séparation si prompte, et pour consolation une fille qu'il nomma Herminie, et dont nous nous occuperons plus tard.

M. de Borose trouva assez de plaisirs dans les diverses occupations qu'il s'était faites. Cependant il s'aperçut à la longue que, même dans les assemblées choisies, il y a des prétentions, des protecteurs, quelquefois un peu de jalousie. Il mit toutes ces misères sur le compte de l'humanité qui n'est parfaite nulle part, n'en fut pas moins assidu; mais obéissant, sans s'en douter, à l'ordre du destin imprimé sur ses traits, il vint peu à peu à se faire une affaire principale des jouissances du goût.

M. de Borose disait que la gastronomie n'est autre chose que la réflexion qui apprécie, appliquée à la science qui améliore.

Il disait avec Épicure * ; € L'homme est-il donc fait € pour dédaigner les dons de la nature ? N'arrive-t-il € sur la terre que pour y cueillir des fruits amers? Pour € qui sont les fleurs que les dieux font croître aux pieds € des mortels?.... C'est complaire à la Prçvidence que € de s'abandonner aux divers penchants qu'elle nous € suggère; nos devoirs viennent de ses lois; nos désirs, € de ses inspirations. » t

Il disait avec le professeur sébusien, que les bonnes choses sont pour les bonnes gens; autrement il fau-

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