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EFFETS ET DANGERS DES UQUEURS FORTES

La soif factice dont nous avions fait mention (Méditation YIII), celle qui appelle les liqueurs fortes comme soulagement momentané, devient, avec le temps, si intense et si habituelle, que ceux qui s'y livrent ne peuvent pas passer la nuit sans boire, et sont obligés de quitter leur lit pour l'apaiser.

Cette soif devient alors une véritable maladie, et quand l'individu en est là, on peut pronostiquer avec certitude qu'il ne lui reste pas deux ans à vivre.

J'ai voyagé en Hollande avec un riche commerçant de Dantzick qui tenait» depuis cinquante ans, lapremière maison de détail en eauxide-vie.

« Monsieur, me disait ce patriarche^, on ne se doute < pas en France de llmportance du xomaerce que

€ nous faisons^ de père en fils, depuis plus d'un siècle. « J'ai observé avec attention les ouvriers qui viennent « chez moi; et quand ils s'abandonnent sans réserve « au penchant, trop commun chez les Allemands, pour « les liqueurs fortes, ils arrivent à leur fin tous à peu « près de la même manière.

« D'abord ils ne prennent qu'un petit verre d'eau- « de-vie le matin, et cette quantité leur sufiSt pendant € plusieurs années (au surplus, ce régime est commun € à tous les ouvriers, et celui qui ne prendrait pas son « petit verre serait honni par tous les camarades]; en- € suite ils doublent la dose, c'est-à-<iire qu'ils enpren- € nent un petit verre le matin et autant vers le midi, f Ils restent à ce taux environ deux ou trois ans; puis « ils en boivent régulièrement le matin à midi et le € soir. Bientôt ils en viennent prendre à toute heure, € et n en veulent plus que de celle dans laquelle on a € fajt infuser du girofle; aussi, lorsqu'ils en sont là, il « y a certitude qu'ils ont tout au plus six mois à vivre; € ils se dessèchent, la fièvre les prend, ils vont à Thô- « pital» et on ne les revoit plus. »

Tai d^à cité deux fois ces deux catégories gourmandes que le temps a détruites.

Gomme elles ont disparu depuis plus de trente ans/ la pluSvgrande partie de la génération actuelle ne les a pas vues.

Elles reparaîtront probablement vers la fin de ce siècle; mais comme un pareil phénomène exige la coïncidence de bien des futurs contingents, je crois que

bien peu, parmi ceux qui vivent actuellement, seront témoins de cette palingénésie.

Il faut donc qu'en ma qualité de peintre de mœurs je leur donne le dernier coup de pinceau; et pour y parvenir plus commodément, j'emprunte le passage suivant à un auteur qui n'a rien à jne refuser.

« Régulièrement, et d'après l'usage, la qualification de chevalier n'aurait dû s'accorder qu'aux personnes décorées d'un ordre, ou aux cadets des maisons titrées; mais beaucoup de ces chevaliers avaient trouvé avantageux de se donner l'accolade à eux-mêmes^, et si le porteur avait de l'éducation et une bonne tournure, telle était l'insouciance de cette époque que personne ne s'avisait d'y regarder.

« Les chevaliers étaient généralement beaux garçons; ils portaient l'épée verticale, le jarret tendu, la tête haute et le nez au vent; ils étaient joueurs, libertins, tapageurs, et faisaient partie essentielle du train d'une beauté à la mode.

« Ils se distinguaient encore par un courage brillant et une facilité excessive à mettre l'épée à la main. Il suffisait quelquefois de les regarder pour se faire une affaire. »

C'est ainsi que finit le chevalier de S..., l'un des plus connus de son temps.

Il avait cherché une querelle gratuite à un jeune homme tout nouvellement arrivé de CharoUes, et on était allé se battre sur les derrières de la Chaussée-d' Antin, presque entièrement occupée alors par des marais.

À la manière dont le nouveau venu se développa sous les armes, S... vit bien qu'il n'avait pas affaire à un novice : il ne se mit pas moins en devoir de le tâter;

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