‹ Ben-HurChapitre 2 sur 172 · II BRILLAT-SAVARIN · texte numérisé non relu

II BRILLAT-SAVARIN

goûty si plaisamment analysée par Hoffman. Nous ne saurions mieux faire que de donner ici quelques échantillons de ce joli article, publié dans le Journal des Débats^ en ce temps-là le plus littéraire des journaux :

« Accourez , aimables gourmands ; un savant universel va vous enseigner l'art de vivre

« Venez écouter le professeur en gastronomie transcendante, et apprenez à bien dîner.

ce Dîner est tout : le reste n'est qu'un trop long entr'acte d'une représentation toujours trop courte; dîner est le but des actions humaines

c< Mais avant de vous faire initier aux mystères de la gueule, consultez bien vos forces et vos dispositions naturelles ; examinez sans présomption quid valeat stomachus^ quid ferre recuset. La nature vous a-t-elle donné ce goût exquis et sûr qui fait distinguer les moindres nuances entre les molécules sapides et les substances alibiles ? Les houppes nerveuses, les papilles, les suçoirs qui tapissent d>ez vous Tappareil dégustateur, sont-ils doués de cette sagacité élective qui fait éprouver un orgasme délicieux au contact le plus léger d'un condiment cfeis-

sique? Quand vous avez croc[ué un becôgue cuit à point, avez-vous senti votre bouche s'inonder d'un

torrent de délices inconnues au vulgaire ?

« Si vous pouvez répondre affirmativement à ces questions, vous êtes dignes du professeur, et vous pouvez dîner avec lui. Si, au contraire, la nature marâtre vous a donné un estomac de papier mâché, si votre appétit n'est qu'une velléité toujours près de s'éteindre, fuyez, profanes; quittez le paradis des gouimands; parcourez les provinces qui n'en sont encore qu'au moyen âge de la gastronomie, et gorgez-vous des pommes de terre de la Flandre ou de la Lorraine, du Sauer-kraut de Strasbourg, des gaudes de la Franche-Comté, des gros de la Bretagne, ou de la polenta de la Corse.

« J'éprouve un grand embarras en écrivant cet article : je crains qu'on ne confonde le livre que j'annonce avec ceux de tous les marmitons qui ont écrit sur l'art culinaire. . . Non, il n'y a aucune analogie entre l'auteur des Méditations gastronomiques et tous les faiseurs de daubes et de hochepots. Non, ni l'ignoble Cuisinière bourgeoise^ ni le prétendu Parfait cuisinier^ ni le Cuisinier royal de MM. Viard et

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