‹ Ben-HurChapitre 21 sur 172 · SUPRÉMATIE DE L^HOMME · texte numérisé non relu

SUPRÉMATIE DE L^HOMME

4 4. — Nous avons été élevés dans la douce croyance que, de toutes les créatures qui marchent, nagent, rampent ou volent, Thomme est celle dont le goût est le plus parfait.

Cette foi est menacée d*être ébranlée.

Le docteur Gall, fondé sur je ne sais quelles inspections, prétend qu'il est des animaux chez qui Tappareil gustuel est plus développé, et partant plus parfait que celui de Thomme.

Cette doctrine est malsonnante et sent Thérésie.

L'homme, de droit divin roi de toute la nature, et au profit duquel la terre a été couverte et peuplée, doit nécessairement être muni d*un organe qui puisse le mettre en rapport avec tout ce qu'il y a de sapide chez ses sujets.

La langue des animaux ne passe pas la portée de leur intelligence : dans les poissons, ce n'est qu'un os mobile; dans les oiseaux, généralement, un cartilage membraneux; dans les quadrupèdes, elle est souvent revêtue d'écaillés ou d'aspérités, et d'ailleurs elle n'a point de mouvements circonflexes.

La langue de l'homme, au contraire, par la délicatesse de sa con texture et des diverses membranes

dont elle est environnée et avoisinée, annonce assez

^ MÉQISAJIÛM II.

la sublimité des opérations .auxquelles elle est destinée. I

J'y ai, en outre, dëcouvert au moins trois mouve- [ ments de spication^ de rotation et de verntîon \a verro^ lat., je balaye). Le premier a lieu quand la langue sort en forme d'épi entre les lèvres qui la compriment; le second, quand la langue se meut circulairement dans Tespace compris entre Tîntérîeur des joues et le palais; le troisième, quand la langue, se recourbant en dessus ou en dessous, ramasse les portions qui peuvent rester dansle-canal demi-cisculaire formé par les lèvres et les gencives. «

Les animaux sont bornes dans leurs ^oûts : les uns ne vivent que de végétaux, d'autres ne mangent que de la chair; d'autres se nourrissent exclusivement de graiaes; aucun d'eux ne cannait les saveurs composées.

Xi'homme, au contraire, est omnivore; tout ce qui est mangeable est soumis à son vaste appétit; ce qui entraîne , pour conséquence immédiate , des pouvoirs dégustateurs proportionnés à l'usage général qu'il doit en faire. Effectivement, l'appareil du goût est d'une rare perfection chez l'homme, >et pour bien nous en convaincre, voyons-le manoeuvrer.

Dès qu'un corps esculen t est introduit dans la bouche, il est confisqué, gaz et sucs, sans-retour*

Les lèvres s'opposent à ce qu'il rétrograde; les dents s'enemparent et le broient ; la salive l'imbibe; la langue le gâche et le retourne; un mouvement aspiratoire le pousse vers le gosier; la langue se soulève pour le faire glisser; l'odorat le flaire en passant, et il est précipité dans l'estomac pour y subir des transformations ultérieures, sans que, dans toute cette opération, il se soit échappé une parcelle, une goutte ou un atome, qui n'ait jjfâs été soumis au pouvoir appréciateur. *

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C'est aussi par suite de cette perfection que Ja gourmandise est Tapanage exclusif de Thomme.

Cette gourmandise est même contagieuse, et nous la transmettons assez promptement aux animaux que nous avons appropriés à neutre usage, c(t qui font en quelque sorte sûciéië avec nous^ tels que les él^bants, les dûens^ les chat^ ei même les perroquets.

Si quelques animaux ont la langue plus grosse, le palais plus développé, le gosier plus large, c'est que cette langue., agiâsant icomme muscle, est destinée à renmer de grands poids, le palais à presser, le gosier à avaler de plus grosses pûrtionsi; mais toute analogie bien entendue s'oppose à ce qu'on puisse en induire que le sens est plus parfait.

D'ailleurs, le goilt ne devant s'estimer que par la nature de la .sensation qu'il porte au centre commun, l'impression reçue par l'animal ne peut pas se comparer à .celle qui a eu lieu dans l'homme j cette dernière, étant à la fois plus:claire et plus précise, suppose nécessairement une qualité supérieure dans l'organe qui la transmet.

Jlniin, ^ue peut-on désirer dans une faculté susceptible d'un tel point de perfection, que les gourmands de Rome distinguaient, au goût, le poisson pris entre les ponts de celui qui avait été péché plus bas ? N'en voyons-nous pas, de nos jours, qui ont découvert la saveur particulière de la cuisse sur laquelle la perdrix s'appuie en dormant? Et ne sommes-nous pas environnés de gourmets qui peuvent indiquer la latitude sous laquelle un vin a mûri tout aussi sûrement qu'un élève de Biot ou d'Arago sait prédire une éclipse? j Que s' ensuit-il de là? qu'il faut rendre à César ce qui est à César, proclamer l'homme le grand gourmand de la nature^ et ne pas s'étonner si le bon docteur ^'a\\

quelquefois comme Homère : Auch zuweilér schlaffert der guter G'

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