VI^ BRILLAT-SAVARIN
Douze ou quinze ans après la publication du piquant article d'Hof&nan, un écrivain appartenant à une tout autre famille littéraire, Balzac, qui avait fait, à l'imitation de Brillât-Savarin, mais lourdement et sans charme, une Physiologie du mariage^ trop malséante pour rivaliser avec la Physiologie du goût, parla de TiUustre gastronome avec beaucoup de verve et d'esprit. Quelques passages de cette appréciation originale méritent d'être conservés, et nos lecteurs les retrouveront ici avec plaisir :
« Brillât-Savarin offrait une des rares exceptions à , la règle qui destitue de toutes hautes facultés intellectuelles les gens de haute taille. Quoique sa stature presque colossale lui donnât en quelque sorte l'air du tambour-major de la Cour de Cassîrtion, il était grand homme d'esprit, et son ouvrage se recommande par des qualités littéraires peu communes. La Physiologie du goût fut une œuvre faite à petits coups, lentement élaborée à des heures choisies. Brillât-Savarin la caressa longtemps et s'en occupait avec assez de tendresse pour la porter au Palais où, dit-on, il en égara le manuscrit, qui fut retrouvé fort heureusement
BRILLAT-îSAVARlN. lU
« Le temps et la réflexion ont pu seuls révfler au génie gastronomique les maximes convîyiales, sociales et autres dont ce lÎTre est comme bariolé, maximes si bien formulées, que la plupart sont aussitôt devenues proverbes pour les gourmets
« La raison du succès rapide de la Physiologie du
goûtent dans la saveur du style Aussi plait-elle
encore plus à la seconde lecture qu'à la première.....
« Pour mieux savourer les jouissances de son art favori, pour en mieux démontrer la théorie, l'auteur a rendu toutes les sciences tributaires, car les sciences ne valent que par ce qu'elles donnent à cet art. Botanique, zoologie, chimie, agronomie, médecine et hygiène, Brillât déguste tout en passant, sur d'en rapporter pied ou aile au feu étemel de ses four* neaux; et comme il sait toujours rendre intelligible
ce qu'il exprime, chacun, en le lisant, se croit savant
a Le mérite de la Physiologie du goût était donc
réel et incontestable. Elle devait plaire aux gens de
haut goût par le vis comicUf si rare â notre époque,
où la littérature à images l'emporte sur la littérature
à idées, où la phrase empiète sur la pensée ; puis elle
devait plaire à la masse par l'élégante nouveauté de